Les reportages dans les manifestations

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Cet article est extrait d’une série d’articles (en l’occurrence du sixième) mettant en avant mon parcours militant et mon cheminement intellectuel pour en arriver à ce que je suis devenu au travers d’une vision clairvoyante. Les analyses peuvent être subjectives et objectives.

Je vois bien qu’avec le temps, mes indécisions, mes questionnements, j’avais admis une chose : Je n’étais pas un “mordu” de l’anarchisme. Les livres se lisaient comme du “petit-lait”. J’étais dans une phase de construction de ma pensée politique. Je crois sincèrement que le quinquennat de François Hollande m’aura donné des pistes de raisonnement et celles-ci ont été démontrées par le quinquennat d’Emmanuel Macron. Dans ce sens, je vois très bien différents éléments qui en ressort : le capitalisme marchait à l’envers. Il accumulait le capital au profit d’une bourgeoisie qui ne voulait pas que ça ruisselle. Les premiers de cordée ont coupé la corde depuis bien longtemps. Les mesures en milliards pour les riches n’ont guère eu d’effets majeurs sur une amélioration nette de notre pays.

Photographie de manifestation – Pierre Le Bec ©

J’ai milité dans différents endroits, dans différentes organisations comme le MJCF, le PCF, le Parti Animaliste, etc. Toutefois, le caractère légal d’une révolution m’étonne encore. Je ne crois qu’à l’heure d’aujourd’hui : les deux formes sont nécessaires. Toutefois, la bourgeoisie souhaite reprendre la Bastille. Combien d’ailleurs ai-je fait de trajet au départ de la “prison monarchiste” en direction de République ? Il semble nécessaire de voir que ces dernières étaient clairement soumises à des déclarations étatiques. Le “droit de manifester” disparaissait progressivement au profit des “libertés économiques”. Ces dernières n’étaient pas pacifiques. Cela se caractérisait comme le montre les différents clichés ci-dessous par une certaine hargne contre l’Etat.

Face à Etat violent, la réponse ne pouvait qu’être la violence, du moins je le croyais fondamentalement en prenant régulièrement des photographies de manifestation qu’il se passait quelque chose. Nous étions dans une épreuve de tension révolutionnaire. Or, la réaction de la classe dominante afin d’user plus rapidement pour être jeté à tout moment. Je me souviens très bien des différends qui avaient lieu dans ces manifestations. La violence devenait terrible tout comme la répression. Certains semblent l’avoir oublié au moment où le gouvernement séparatiste bourgeois s’enfonce sciemment dans une dérivation claire et net afin de dissoudre tous les collectifs qui chatouillent le pouvoir, mais le sang réprimait. La violence du néolibéralisme en disait long.

Photographie de manifestation – Pierre Le Bec ©

Cela me rappelle très bien que les différents éléments qu’on disposait clairement s’inscrivaient dans le fait que nous voulions en terminer avec la République actuelle. Les élus de la majorité n’étaient que des “caisses enregistreuses”. Il semble nécessaire de voir qu’avant les ordonnances Pénicaud qui s’inscrivaient a fait le “Blitzkrieg législatif” à la François Fillon, nous avions eu le vote au travers de l’article 49.3 de la part de Manuel Valls (aujourd’hui soutien de Valérie Pécresse et Emmanuel Macron). Il s’agit des deux procédures les plus antidémocratiques de la Cinquième République. Le problème résidait clairement que cette “violence législative” se retrouvait confronter sur le terrain dans des scènes de guérilla urbaine, et même des guets-apens (comme celui de l’Hôpital Necker) afin de susciter l’émotion au sein de la population. À partir de ce moment, nous savions que l’objectif résidait dans le fait de scinder la population afin de demander plus de répression, plus d’autoritarisme et d’abandonner l’Etat de droit afin de se positionner dans l’Etat légal.

L’autoritarisme néolibéral levait les bras pour lancer ses grenades dans les airs. On entend toujours les “bien-pensants” de la droite de gouvernement et de ses alliés néofascistes sous-entendre que le pouvoir ne réprimait pas assez. Nous y voilà dans le néofascisme. Il est soft pour démarrer puis il montre son vrai visage afin d’intimider les manifestants. Or, il est vrai qu’un licenciement s’inscrit dans une extrême violence. Le capitalisme s’inscrit comme le règne par la violence, mais dans le droit.

Photographie de manifestation – Pierre Le Bec ©

Nous étions dans une société de plus en plus violente. La concurrence entre les individus soulevait une colère réelle. Elle s’exprimait de façon cohérente au travers des “luttes sociales”, mais aussi via la mise en place d’un “cortège de tête”. Je croyais comme nombre de personnes que nous allions faire plier la majorité social-libérale. Les grenades étaient un peu partout tout comme les gazs lacrymogène et les différentes grenades. La répression s’organisait au travers du Vallsisme. Les machineries ont clairement fait sombrer le pays dans une vision autoritaire. Nous connaissions progressivement la fin de l’Etat de droit. Je sais que mes propos dérangent.

Pourtant, il faut être rationnel : manifester est un danger pour tous. Combien de milliers de blessés sous le Hollandisme et le macronisme ?

Dans une manifestation avec un équipement de protection contre les gazs lacrymogènes.

Puis les manifestations entre 2012 et 2022 se sont multipliés comme les attaques contre le prolétariat et la classe laborieuse. La violence législative laissait place de façon rationnelle à une violence étatique qui ne pouvait que se trouver dans une opposition entre deux blocs : les forces de l’ordre et le prolétariat. Les manifestations étaient clairement violentes. L’époque Vallsienne rimait avec répression, et nous, chantait la Varsovienne.

Au moment où j’écris ces lignes, la Russie commence à se cloisonner sur elle en allant vers le totalitarisme libéral. J’entends de nombreuses personnes claironner que si je ne suis pas content, je n’ai qu’à partir chez “Tintin aux pays des Soviet”. La référence réside de façon drastique qu’Hergé était un antisémite tout comme Vladimir Poutine. Mais cela ne permet de réaliser la dimension qu’il se passe depuis près de vingt ans : le fichage, le flicage, les exceptions sont devenus une norme. Le summum réside dans la loi inique du présumé violeur et antisémite Gérald Darmanin à savoir la “loi contre le séparatisme”.

À l’heure d’aujourd’hui, le prétexte de séparatisme et de terrorisme peut être appliqué à n’importe qui, sauf au vrai séparatiste qui organise le terrorisme de l’intérieur. En même temps, Gérald Darmanin trouvait trop molle Marine Le Pen ce qui place La République en Marche entre le Rassemblement National et Reconquête. Ainsi, les prétextes de l’Etat se fondent rationnellement pour caporaliser la jeunesse telle qu’elle le fait avec le SNU afin de la bâillonner et de la soumettre au pouvoir.

Photographie de manifestation – Pierre Le Bec ©

Le problème de ces manifestations réside dans le fait qu’elle laisse un goût profondément amer. La violence des grenades ne laisse pas indifférent et provoque dans mon cas un “syndrome de stress post-traumatique”. J’ai fait de mon mieux pour y réaliser une documentation. Parfois en prenant de grands risques. Georges Brassens affirmait dans sa chanson “mourir pour des idées” : “mourir d’accord, mais de morts lentes”. Les traumatismes liés à la violence m’ont poussé à ne plus pouvoir faire ce genre de manifestation.

Rien ne se passait pas comme nous l’aurions souhaité. Il semble nécessaire de rappeler que cela s’est poursuivi sur tous le quinquennat d’Emmanuel Macron. Rien ne pourra rappeler que la compromission avec le capitalisme d’une manière ou d’une autre ne peut qu’aboutir sciemment sur un dérapage sérieux. Or, les personnes qui votent pour des personnes comme Manuel Valls ou encore Emmanuel sont en réalité les retraités et les personnes assidues à une méritocratie. La litanie d’une rhétorique au travers de la phrase : “c’était mieux avant” en dis long. Il semble nécessaire de revenir à la base du marxisme afin de continuer d’analyser les éléments.

Photographie à la fête de l’Humanité

Je participais régulièrement à la fête de l’Humanité. Cette organisation me permettait clairement de voir qu’un autre monde devenait possible. Il s’agissait de la plus grande fête populaire de France. La question de la solidarité, des partages en tout genre démontre de façon objective que la “droite radicale” obsédée par l’individualisme ne pourrait jamais le faire.

Puis, force est de constater que je me suis toujours retrouvé dans l’opposition. Je pensais bêtement que le mandat de François Hollande avait permis de bouger les lignes, de réduire les inégalités et augmenter le pouvoir d’achat en mettant fin au “bouclier fiscal” de Nicolas Sarkozy qui avait fait exploser la dette et le déficit public sans créer de véritables résultats. L’heure était aux cadeaux vis-à-vis des plus aisés afin de relancer la machine productive, mais c’était l’austérité pour les plus démunis, les précaires et les chômeurs. Ainsi, le “socialisme” vidé de son contenu ne peut qu’être un néolibéralisme que certains nomment le “social-libéralisme”.

Je commençais par comprendre réellement les œuvres que j’avais lues dans le passé. J’ai dès lors cherché de façon objective de savoir comment articuler des théories avec la pratique. Au départ, je n’avais que quelques livres, puis je suis devenu bibliophile au fil du temps. Je ne sais plus où mettre les livres que j’ai lu, que j’ai commencé à lire et, dont très peu sont terminés.

J’ai depuis énormément écrit sur Révolution et Libertés au point de dépasser la trajectoire des 1 000 articles. Ce n’est pas rien. Cela ne me donne pas pour autant une victoire totale dans ma vie. J’en suis satisfait. J’ai baissé les bras durant l’année 2020 pour des raisons de santé. Je ne pouvais être à la fois dans les soins et en même temps dans la lutte. Toutefois, cela n’a pas empêché d’écrire des articles, mais surtout d’autres plateformes comme Medium ou encore WordPress(.)com.

Nul ne pourra douter que la violence d’une société ne puisse s’exprimer qu’au travers d’une vision liée à l’ensemble de la société. Comme le dit si bien  Sarah Barnaud-Meyer dans sa thèse de 2008 (Marx et la question de la démocratie) :

La révolution est un bien un “événement”, mais elle ne surgit pas ni ne transforme le monde par quelques décrets.

Le communisme n’était pas une simple théorie visant à transformer progressivement la société, il s’agissait d’un moyen d’action pour arriver à transformer l’ensemble de la société.

Puis je pensais également à d’autres auteurs comme Paul Lafargue au nom du “droit à la paresse”. Cette dernière est dans le viseur des néolibéraux afin de forcer chacun au travail y compris au travers des contributions en dessous du SMIC. Mais je ne suis pas comme cela. J’ai travaillé dur, j’ai enchaîné des contrats. Toutefois, je pense sincèrement que le temps de loisir doit être augmenté afin de baisser drastiquement le ” temps de travail”.

Photographie lors d’un spectacle de Kool & The Gang

À un moment donné, il aura fallu sciemment voir que j’ai pris une certaine hauteur vis-à-vis du milieu militant au point de réaliser un recul de fond. La méthode violente ne fonctionnait pas plus que toutes les méthodes pacifiques y compris par les urnes. Ce n’est pas que j’ai renié une part de mes idées, mais j’ai vu la longue dérive du pouvoir tout comme du militantisme. Je reste foncièrement un communiste où il me semble que cette expérience d’avoir réalisé des articles et des photographies m’a permis de prendre conscience que nous sommes face à un “rouleau compresseur” que rien ne pourra arrêter. La crise sanitaire est passée par là, il semble nécessaire de voir que quelque chose a changé. Toutefois, nous le verrons dans un futur incertain.

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