Le travail sur dans le tissu associatif

Temps de lecture : 6 minutes

Cet article est extrait d’une série d’articles (en l’occurrence du cinquième) mettant en avant mon parcours militant et mon cheminement intellectuel pour en arriver à ce que je suis devenu au travers d’une vision clairvoyante. Les analyses peuvent être subjectives et objectives.

La vie ne se résume guère à militer, il faut mettre du beurre dans les épinards afin de pouvoir survivre. Dans ce sens, j’ai régulièrement assumé mon parcours professionnel dans un univers associatif. Cela se résume d’une façon ou d’une autre par le fait que la “force de travail” reste la marchandise que nous vendons à l’employeur contre une indemnisation qui se nomme le “salaire”. Si la question ne se résume pas à disserter sur l’approche de la question de la marchandise, il convient d’assumer pleinement que j’ai choisi des associations de loi de 1901 afin de pouvoir choisir un moyen pour financer mes activités. Ainsi, j’ai fait le choix de parfaitement assumer ma position : ma “force de travail” devait être aux services de la collectivité.

Je sortais d’un BEP Carrières Sanitaires et Sociales que j’avais réussis comme je le montre dans le troisième volet. Cela fut pour moi certes un choix assez salvateur. J’étais dans une vision où me projeter vers un salaire digne en lien mon caractère qui diverge foncièrement de mes capacités. En effet, la question de soumission vis-à-vis de l’autorité devenait un véritable problème. Je ne supportais guère la tutelle de qui que ce soit. Le fait de redoubler une année qui ne m’aurait rien apporté comme l’a démontré ma seconde Troisième. Il me fallait de la maille, de l’oseille et du pognon. Je savais très bien que les conditions n’avaient guère été faciles. Toutefois, on me ficherait complètement la paix durant le travail que j’allais devoir faire. La “confiance n’exclut pas le contrôle” disait un certain Lénine. Ce fut d’ailleurs la dernière promotion du BEP puisque celui-ci a été transformé vers un “Bac Pro”.

Durant un stage que j’avais parfaitement réussi en opposition avec celui de la crèche de Bihorel, on m’avait proposé un emploi à temps partiel en CDI. Auparavant, j’avais enchaîné les CDD’s dans des différentes structures de chez AREFO. Mais voilà, il me fallait de la stabilité. C’était une époque où je faisais également des gardes de nuit sous forme d’astreinte. C’était vraiment compliqué de dormir d’un seul œil. Je veillais également aux différents systèmes d’alarmes ou encore au fait de surveiller la “présence” des personnes et lever le doute. Cela me permettait d’avoir une responsabilité importante.

En d’autres termes, je me retrouvais pleinement épanoui dans un “foyer pour personnes âgées” à Carrières-sur-Seine. Je travaillais dans l’entretien de surface tout comme dans la restauration collective. Certes, cela ne fait pas vraiment rêver, mais cela m’a donné une autonomie. Ce fut une époque où je croyais pleinement aux différentes valeurs liées au travail. Le travail me permettait de croire dans un meilleur avenir. J’y suis resté finalement près de quatre ans. J’en démords pas moins qu’il s’agit d’une expérience riche, gratifiante, mais aussi humaine. Contrairement à d’autres emplois humanistes, dont les cadences se retrouvent à travailler à chaîne comme dans les usines, il convient d’ajouter que ce n’était pas le cas quand bien la tâche était clairement répétitive. Je pourrai raconter différentes anecdotes, mais le “secret professionnel” m’en empêche.

Au fil du temps, j’ai remarqué que ma situation n’évoluait pas et cela devenait compliqué en lien avec la “crise économique”. Je suis vite arrivé à l’idée qu’il me fallait un deuxième job. Ce n’était guère par plaisir, mais il fallait absolument que je puisse joindre les deux bouts afin de boucler mon budget comme de nombreux habitants de ce pays. Le marasme arrivait clairement, la période était austère.

Durant un “village des associations” dans la ville dans laquelle j’habite, je suis tombé sur une association qui se nomme “2AD Yvelines”. Il s’agissait de réaliser des soins (même si je n’en connaissais pas le fondamental), du repassage, du nettoyage, etc. Qu’importe, j’ai compris sincèrement ce que veut dire courir entre deux clients. Je pensais que cela me permettrait d’accroître mon salaire. Toutefois au travers d’un “CDI à temps modulable”. Cela me permet de souligner d’une manière ou d’une autre que les différents contrats étaient déjà très souples. Les différentes mesures de flexibilisation du marché du travail s’inscrivaient dans une obsession constante à la libéralisation du pays.

Le temps était chronométré pour chaque prise en charge. C’était la course contre la montre. Je ne parle pas du faible temps que j’avais entre chaque client. J’étais assujetti aux transports en commun, à la marche ou encore au vélo. J’y suis resté près d’un an et demi. J’avais compris une chose cette fois-ci : je souhaitais un poste stable dans un seul lieu au lieu de cavaler. Je devenais épuisé par la tâche dans des “beaux métiers”, mais si mal payé. Mais j’entendais drastiquement une chanson de la part des “boomers” : la jeunesse ne veut plus de métiers pénibles, car elle est fainéante ou bien qu’elle ne veut pas travailler. Je commençais sincèrement à douter même de mon rôle.

Au printemps 2016, je pris la décision importante d’enclencher un processus de changement de métier afin de devenir aide-soignant. Je fis le dossier inscription puisqu’à l’époque, il y avait une sélection afin d’établir un tri aux candidats. La raison pour laquelle j’avais choisi cette nouvelle voie résidait clairement dans le fait de quitter deux jobs pour un emploi stable dans une structure. Le concours se passa parfaitement bien. J’avais travaillé un minimum mon sujet au travers de livres divers et variés. Je fus admis au concours avec une note de 19,50/20 et un classement sur tout l’APHP de 30. Certains me poseront la question suivante : pourquoi avoir choisi l’assistance publique que d’autres lieux ? J’avais l’expérience en oral de mon petit-frère et du fait qu’il était plus facile de trouver des “vacations” après y avoir travaillé. Si le diplôme était national, il en sortait pas moins que les stages permettaient réellement d’entrer dans le “vrai monde des soins”.

Après avoir eu la note sur le tableau, j’eus ressenti beaucoup de satisfaction. Je pensais que les conditions de travail allaient être meilleures. On dit souvent que l’herbe est plus verte ailleurs. Je voulais évoluer, m’adapter et voir la réalité d’un autre métier, mais dans une branche similaire : les soins et l’aide à la personne.

À l’été 2016, je me fis une douleur très importante dans mon mal de dos. Je ne pouvais plus bouger. La réalité résidait dans le fait qu’au travers de mes deux emplois, l’ergonomie n’était clairement pas appliquée. Je travaillais dans de mauvaises postures. La sanction fut irrémédiable. J’eus près d’un mois et demi afin de reprendre le travail. On me demanda de démissionner chez 2AD Yvelines et je fis la même chose chez AREFO. Il s’agissait d’une page pour ma part qui se refermait. J’étais maintenant à l’IFAS Saint-Louis.

J’entrais dans les premiers jours terminant un cycle de crise, je commençais une nouvelle vie, un nouveau tremplin vers autre chose. Je savais que j’avais quelques connaissances dans le domaine. Il me fallu clairement que je prenne sur moi. En effet, les Elèves Aide-Soignant (EAS) n’étaient pas rémunérés contrairement aux Elèves en Soins Infirmiers (ESI).

Un petit coca au Verre Taquin près de l’Hôpital Saint-Louis à Paris avec le DEAS entre les mains – 2018

Je voyais très bien que mon choix de transition vers une autre orientation allait être difficile. Contre vents et marées, je me suis accroché y compris dans les stages où cela ne se passa clairement pas bien au point d’être humilié comme il se le fait pour nombreux EAS (et ESI aussi). J’ai failli baisser les bras à plus d’une reprise. Nous faisions les tâches d’un soignant, nous remplacions régulièrement un soignant, mais n’avions rien. J’entends dire qu’aujourd’hui, les “mise en situation professionnelle” serait “facile”. Toutefois, j’ai subi le redoublement. Elles sont clairement ancrées dans la “théorie” des cours de l’IFAS, mais concrètement : il s’agit d’une impossibilité à les mettre en pratique.

Il fallu que j’admette à un moment donné que je devais me taire pour avoir le diplôme. C’est ce que j’ai compris et ce que j’ai dit une fois à une ESI. Je passais alors pour un tyran. Et c’est vrai que lorsqu’on n’a pas de diplôme, il faut courber l’échine. Le message clair en disait long : “quand tu seras diplômée, tu feras ce que tu voudras”. Vraiment difficile à entendre, mais c’est la réalité : pour valider un stage, il semble nécessaire d’admettre que le mieux c’est de répondre “amen” à tout y compris dans le fait de faire des fautes professionnelles ou du transfert de compétences devenues une norme selon les différents services.

Je me doutais bien que mon diplôme allât me permettre de grandir. Le jour où j’ai réussi la dernière épreuve, environ 15 minutes plus tard la Croix-Rouge m’appela pour me proposer un CDI à temps complet dans une unité protégée. Je pris la décision de le signer, car il fallait que je reprenne de là où j’en étais partie. J’avais vraiment apprécié travailler auprès des personnes âgées. Toutefois, le métier était répétitif, difficile et la chaleur devenait infernale. Toutefois, grâce au travail, j’arrivais à m’en sortir, mais il fallait admettre que le travail d’aide-soignant restait un métier difficile et très pénible en raison d’un problème systémique : Trop de patients et pas assez de soignants. Cela était vrai à la Croix-Rouge Française (CRF), mais cela est vrai aussi dans la globalité.

Me voilà désormais à la CRF dans une unité protégée. J’aime mon travail pour lequel j’avais fait de nombreuses vacations. Aujourd’hui, je suis toujours salarié de cette association. Toutefois, j’ai décidé de rendre mon tablier pour aller vers d’autres aventures. Je pense sincèrement qu’après une dizaine d’années dans le soin, il me paraît nécessaire de passer à autre chose. J’ai rendu un travail important pour la société, pour les personnes âgées et bien d’autres.

Auteur/autrice : Pierre Le Bec

Aide-Soignant en #EHPAD, Marxiste et Communiste ✊

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