Le temps du squat

Temps de lecture : 12 minutes

Cet article est extrait d’une série d’articles (en l’occurrence le deuxième) mettant en avant mon parcours militant et mon cheminement intellectuel pour en arriver à ce que je suis devenu au travers d’une vision clairvoyante. Les analyses peuvent être subjectives et objectives.

J’étais partie avec mon “sac à dos dans le dos” comme je le soulignais dans le premier article. J’allais vers un monde inconnu. En effet, je sortais de ma “zone de confort” afin d’avoir mon “autonomie”. Le chemin fut particulièrement compliqué. Or, la solution s’enracinait d’aller dans un logement “ni droit, ni titre”. Dans le même temps, je continuais à travailler dans le foyer pour personnes âgées. Il fallait bien que je puisse survivre avec mon maigre salaire. L’image donnée du squatteur n’était pas celle qui est véhiculée dans les médias traditionnels. Nous étions des personnes comme monsieur et madame tout le monde.

Nous étions comme dans la chanson des Berurier Noir, ainsi squattent-ils ! Au départ, les premières nuits, nous faisions des pâtes cuites dans la cheminée. Tout indique que les premières nuits furent difficiles. Puis il a fallu organiser des veillées la nuit. Une journée où nous étions parties : le propriétaire enleva les fenêtres afin de nous faire déguerpir rapidement avec l’aide d’un des voisins. Plus tard, le voisin est venu nous dire qu’une équipe de “barbouzes” allaient venir nous dégager manu militari. La peur envahissait notre vision, les milices d’extrême-droite et autre de propriétaire ne faisaient pas dans la dentelle. Nous nous sommes barricadés une nuit, mais ce fût du bluff comme dans un jeu de poker menteur. Rien ne se passa. Nous avons récupéré nos fenêtres et l’histoire d’un lieu de vie ne pouvait que commencer.

Il apparaissait qu’il était bien glauque au fond de la rue Sadi Carnot à Bagnolet. Déjà trois squats habillaient le quartier afin de lui redonner un goût populaire. Avec des compagnons de lutte que je ne nommerai pas “camarade” pour la plupart, nous sommes rentrés dans un bar inoccupé depuis des années. Il était foncièrement insalubre. Il aurait fallu faire de “grands travaux” à l’intérieur. Il fallait faire des choix afin de redonner vie à ce bar et ancien restaurant. Oui, il fallait charbonner pour laisser entrer la lumière. Les cloisons artificielles pour rendre le lieu inhospitalier ont dû être abattues. Mais il y avait des voisins foncièrement mauvais. Ils payaient leurs loyers et se croyaient les maîtres des lieux. Ces derniers appelèrent la “Police”. En tant que squatter, nous risquions gros : l’expulsion sauvage.

L’huissier et le propriétaire ne connaissaient pas vraiment les procédures en matière d’expulsion de locataire ou encore d’occupant “sans droit, ni titre”. Il ordonna à certaines personnes de partir. Et voilà, un constat d’huissier fait n’importe comment. Il aurait dû saisir la justice afin d’avoir un constat en “bonne et due forme”. Qu’importe, cela était du folklore. Il savait très bien que nous ne partirions pas jusqu’à ce que la procédure soit réellement enclenchée.

Ismaël, un gourou qui s’inscrivait particulièrement dans le cadre de la “tribu K” de Kemi Seba, voulait avoir le leadership dans cet endroit. En parlant de cette vision, il voulait faire un lieu à son image, à son idéologie, mais surtout à ses délires aigus concernant le “peuple peuhle“. La nostalgie de la construction d’une identité en disait long. Connaître ses racines, son origine, ses biens, cela a de l’importance, mais en faire un argument comme “mode de vie”, cela ne passait vraiment pas pour ma part. Je trouvais ses discours dangereux ethno-différentialiste et clairement antisémite sur la plupart des cas. Peut-être que c’était une des raisons pour lesquels, ses congénères regardaient régulièrement du Alain Soral toute la journée au nom de l’instruction. Cela se résumait concrètement à un abrutissement du cerveau par des théories dangereuses au nom du fait que toutes ces dernières se valaient. Le “socialisme des idiots” avait frappé.

Il s’inscrivait dans une ligne écologiste clairement bohémienne. L’économie de l’eau reste certes un enjeu fondamental pour la planète. Il faut économiser les énergies. Il avait mis des drôles de mousseurs. Cela ne servait foncièrement à rien du tout. Mais l’écologie individualiste à la sauce colibri diffusait cette vision que les petits gestes de chacun font les grandes révolutions écologistes de demain. Puis un jour : une engueulade sévère éclata dans ce lieu collectivisé. Il décida de repartir dans sa collocation. Depuis, plus de nouvelles et ce n’était pas plus mal.

Un autre congénère : Frédéric que je devrai plutôt appeler un “dégénéré”, patriote dans l’âme comme l’extrême-droite se voulait être un “grand résistant”. Il ne savait ni lire, ni écrire. Aucun jugement de ma part. Toutefois, il savait très bien utiliser un ordinateur. Mais il répétait à longueur de journées le fait d’être bloqué par la lecture. Une réelle hypocrisie en somme. Il se servait de cela pour ne rien faire. Il était fier d’être allé en Espagne avec son drapeau “Bleu, Blanc, Rouge”. On comprendra qu’il était un “patriote” comme certains courants nauséabonds. Il avait inscrit l’article 35 de la seconde Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793. Il faut souligner la date, car il y a eu deux déclarations différentes. Il se vantait d’avoir été filmé par … Russia Today : une chaîne du Kremlin pour ne pas dire d’extrême-droite. Il se disait ancien parachutiste de l’armée. Peut-être que le fait que ses idées venant du roman national avaient été le symbole de ce passage hypothétique dans l’armée. Pourtant, tout cela n’était qu’une invention de sa part. Il vivait du RSA (loin sans faute, il ne s’agit pas d’une critique.), mais son égoïsme en lien avec son “mode de vie” en disait long.

Il était dans la “résistance”, mais ne savait pas vraiment contre quoi, contre qui. Il luttait contre le “système”. Il écoutait du “rap conscient” pour reprendre les termes à la mode. Ils le mettaient à fond et en boucle comme un disque rayé. Cela faisait un barouf pas possible en lien avec les enceintes et un caisson de basse. Pourtant, ce valeureux résistant n’était finalement qu’un pion dans ce qu’ils appelaient la “matrice”. À aucun moment, il n’était question de poser un mot dessus : le capitalisme. Étonnant non ?

Un jour, un “after”, comme on l’appelle dans le milieu de la nuit, s’était déroulée dans un squat à la “clinique des arts BIS”. J’avais fait la java toute la nuit. Mais, au nom des valeurs de fournir de l’argent matériel dans la caisse collective, j’ai pris sur moi malgré mes deux heures de sommeil pour aller vendre des sandwichs. Rien, d’extraordinaire en somme. Il devait avoir une logique liée à la sécurité de l’entrée. Frédéric a voulu faire le mariolle. Il ne comprenait en rien le concept de “propriété privée”. Oui, même chez les squatters : la propriété privée avait aussi un sens. Ainsi, il s’est assis au milieu de l’aller en pensant qu’il était chez lui partout. Doux rêveur en somme. Mais l’utilisation de la propriété privée ne pouvait être accordée à tous. Il n’était pas chez lui, pas dans son squat. Le ton est monté entre le responsable du squat et lui. Dommage, c’était de l’argent qui partait en fumée. Il était foncièrement individualiste, mais le rejetait sur les autres. Avec la fatigue qui montait progressivement, j’accumulais l’argent, le business fonctionnait très bien. L’argent ne tombe pas du ciel. Il s’agit du “temps libre” que l’on donne pour vendre sa capacité pour gagner son gagne-pain vis-à-vis de son patron. Nous avions acquis une petite fortune pour nous, fruit d’un dur labeur. Je proposais à partir de ce moment-là de mettre dans le “pot commun”. L’égoïste et l’inculte m’accusa d’égoïsme. Ironie non ? L’égoïsme pour ce réactionnaire fut de collectiviser l’argent et le partage, c’était de privatiser les ressources. Bref, c’était la démonstration ultime qu’il était un valeureux soldat du capitalisme et plus précisément du néolibéralisme. Fou de colère face à une situation, je décidais de collectiviser ce que j’avais acquis.

Dans le même temps, je décidais de faire la manche afin d’avoir un peu plus de sous, mais aussi de ramener pour le squat. Pendant que certains vivaient comme des rois, d’autres charbonnaient. Oui, ce fut une expérience difficile, mais il a fallu mettre son ego de son côté. Les sommes n’étaient pas mirobolantes. Mais cela permettait d’une façon ou d’une autre de mettre du “beurre dans les épinards”.

Je voyais aussi la question de l’usage de la drogue dure (combien même, elles le sont toutes). Je craignais de tomber là-dedans. Je restais à l’écart et je voyais très bien que malgré l’aspect convivial, les personnes accrochaient très rapidement certains produits, dont les opiacés. Je me rends bien compte qu’il s’agissait d’un traquenard. Certes, j’étais dans le cannabis. Je fumais beaucoup trop toujours dans un aspect récréatif. Peut-être que cette consommation m’a évité de tomber trop tôt dans les maladies psychiques.

Puis, il y eut aussi Mickaël, un ami dans mon militantisme. Un parcours de vie qui en disait long avec une richesse incroyable et également une intelligence débordante. Il était spécialisé dans l’administration réseau. Il était aussi très fortement doué dans l’électricité. Je crois que sans lui : pas d’électricité et encore moins l’accès à l’eau. Le seul bémol résidait dans le fait que nous n’avions pas d’eau chaude. Mais grâce à lui, le squat pouvait fonctionner comme une habitation normale. Je ne remercierai jamais d’avoir rencontré une personne brillante. Nous étions devenus amis et pas de simple colocataire sous un même toit.

Nous étions proches de l’un et de l’autre, nous faisions la manche ensemble à Nation. Cela agaçait les commerçants de voir des pauvres près de leur business. Il faut dire que la petite-bourgeoisie entend prospérer, mais ne souhaite pas voir la réalité de la situation économique. François Hollande était peut-être passé, mais les signaux économiques étaient déjà présents : la crise n’allait pas disparaître d’un coup de baguette magique. Il fallait montrer une “place propre”. Voilà la gentrification qui vient.

Très vite, il a fallu baptiser le nom du squat, nous avions décidé de le nommer le M5R. Une idée originale qui était venue de Bemba Gueye Lindor. En effet, si j’ai beaucoup de critiques à faire vis-à-vis de lui, notamment dans le fait qu’il nous a endoctriné afin que notre mouvement reprenne les tactiques liées entre autres par l’organisation terroriste : Action Directe ou de la Bande à Baader. Oui, il nous a poussés à commettre des attentats terroristes. Une ignominie quand c’est que la doctrine blanquiste ne fonctionne pas. Puis lorsque l’on gratte plus profondément, on s’aperçoit que le modèle de “Jean-Marc Rouillan” brise des familles et ne fait guère avancer le chemin pour abolir le capitalisme. Autant dire qu’après du recul, la stratégie de Bemba était clairement dangereuse. Il nous manipulait pour que nous enlevions la vie à des personnes qui n’ont rien demandé. Oui, il y a tout de même une accusation fondée. Je reviendrai plus tard, mais j’ai pu acquérir des livres rares sur ce sujet quelques années.

Dans le même temps, j’écrivais sur un blog avec un Français illisible. Il faut que je l’avoue : j’étais illettré. Je savais lire, mais je ne savais point manière manier la langue de Molière. J’avais la volonté d’écrire, mais avec une langue clairement appauvrie. Il faut dire que j’étais un cancre à l’école, notamment en ce qu’il concerne le domaine littéraire. Je n’étais pas formé pour être dans cette logique d’apprentissage forcé. Les articles que j’avais commencé à écrire en 2011 sur “Révolution et Libertés” étaient clairement illisible et manquait d’une structure tout comme d’une ossature. Ainsi, il me fallait de la théorie afin que je puisse me familiariser avec la lutte que je voulais faire. Lutter, c’est dans les actes, mais aussi dans la lecture. Autant dire que le travail de militant reste un travail à plein temps.

Je savais très bien que j’étais de “gauche” et “altermondialiste“, mais je ne savais pas encore sur quelle doctrine j’allais me lancer. En effet, il existait une multitude de théories au-delà de la scission entre le marxisme (et marxienne) tout comme l’anarchisme, mais aussi à d’autre mouvement comme le blanquisme (dont je parlais plutôt). La théorie apparaît comme foncièrement très difficile en termes d’approche, mais elle permet d’en déduire l’aspect dialectique dans l’écriture. Je savais très bien qu’il ne fallait pas forcément une grandeur, mais une rigueur dans l’analyse changeait toute la donne. Lire, c’est écrire, écrire, c’est lire comme on pourra le dire si bien. Il n’en fallait pas plus pour voir que la grande partie du militantisme se résumait dans l’analyse. Il fallait bien démarrer par quelque chose. Bemba bien les accusations que j’ai colportées ci-dessus : il m’a fait ouvrir une “porte d’Overtone” sur l’aspect radical. En effet, mon “réel” premier livre fut une anthologie de Léon Trotski. Une vision qui a pu me permettre d’aller vers les lectures de Karl Marx tout comme d’Engels et du Lénine.

Puis vient le moment où nous avions eu la lettre de l’Huissier nous assignant en justice de la part de la part des propriétaires du bar. Il s’agissait d’une indivision avec une voie juridique de tout ce qu’il y a de plus standard. Nous avons eu dès lors une stratégie pour défendre notre vision. Mais personne ne voulait vraiment se mouiller. Ainsi, avec Mickaël, nous avons essayé de monter une stratégie. Il fallait défendre une période assez réaliste. Nous n’avions pas d’avocats. Je savais que nous n’étions pas expulsés dans l’immédiat. J’ai demandé un mois de délai. Bien sûr, cela allait mettre tout le monde en furie. Qu’importe, il fallait faire un choix. Nous avons reçu la décision de justice bien plus tard. Pour ma part, je suis partie dans la vie quotidienne en ayant un appartement. J’avais un point de chute.

Il fallait trouver un nouveau lieu en urgence. Un Secours populaire se tenait non loin de là. Nous avions pour objectif de l’occuper. Nous avons bien fait les choses. Un soir, alors que nous venions pour voir si nos cadenas tenaient la route, nous sommes tombés près des dealers. Personnellement, je n’avais rien vis-à-vis d’eux. Ils faisaient leur job pour pouvoir vivre. Mais on nous a tendu un guet-apens. Ce fut particulièrement difficile. On s’est pris un coup de gazeuse de très près. Les dealers protégeaient leur business, c’était compréhensible comme n’importe quel business. Mais voilà, Frédéric au premier coup de gazeuse est parti en courant. La virilité en prenait un coup. Il ne suffit pas d’écouter “Furax” à longueur de journée pour avoir du courage. Avec Mickael, nous n’avons pas bougé d’un seul coup. Oui, nous étions plus endurcit. Nous avons pris un second coup de gazeuse. Le problème, résidait dans le fait que ce n’est pas du gaz, mais du gel. Cela brûlait les narines, la gorge, les yeux. Nous étions en terrain hostile. Rapidement, deux histoires se mirent en place : l’une concernait sa version héroïque, la mienne plus rationnelle et raisonnée.

Nous sommes allés également dans un autre lieu pour ouvrir un commissariat abandonné. Tout était retourné. C’était une époque où nous pouvions faire des choses. J’avais pris toutes les clefs par mégarde, une chose qu’on m’a retournée dans la tête. J’ai commis des erreurs à ce moment-là. Nous sommes restés un peu. Puis, nous sommes partis. Tant que le lieu était ouvert, cela permettait d’avoir une solution de secours et de repli.

Je me suis retiré progressivement pendant quelque temps de ce monde incertain. Mais voilà, un jour : le futur squat qui avait été préparé de longue haleine se faisait attaquer et encercler par les forces de l’ordre. On ne me dit point cette raison. On prétexta une infection du squat par un parasite bien connu : la gale. J’avais dit que c’était moi qui l’avais transmis alors que c’était faux. Il fallait agir dans l’urgence. Or, quelle erreur ai-je faite ! La personne l’a raconté à tout le monde alors que c’était elle qui était la primo porteur de ce véritable fléau. Entre temps, je voyais des efforts de plusieurs semaines se faire réduire à néant. Les policiers prirent la bâtisse en utilisant le marteau de Tor ou un bélier. Mais, la porte ne céda pas. Ils allèrent dès lors dans un mur pour expulser les squatteurs. Une véritable honte. C’était la politique propriétariste en somme qui se déroulait sous nos yeux. Aucune personne ne fut arrêtée ce jour-là. Cependant, en rentrant du squat : je me pris un savon. Frédéric, une grande gueule savait hurler. J’avais compris que les personnes n’avaient aucune vision réaliste. L’égoïsme régnait. Bref, je suis partie et je ne suis plus revenu. J’étais en colère.

J’étais installé de l’autre côté de Paris dans un appartement à Maisons-Laffitte. Un studio pour commencer une nouvelle année avec des études. Je m’étais inscrit dans une capacité en droit afin d’avoir un diplôme similaire au Baccalauréat en termes d’échelon de diplôme. En effet, je voulais pouvoir accéder à des études. Certes, le droit n’était pas dans une vision que je pensais : je faisais du droit constitutionnel et du droit civil, notamment ancré sur le “droit de la famille”. Nous étions en pleine loi sur le “mariage pour tous”. Le sujet était intéressant, notamment au travers des critiques et des réserves émises par le professeur de droit. J’avais presque oublié de là où je venais : le squat.

Oui, je lisais ce livre dans les vieux wagons du RER A lorsque j’allais au travail. Cela avait du charme, ça parlait de Révolution Permanente, de Révolution Trahie, de réforme agraire… Oui, je rêvais de voir le capitalisme se renverser et migrer vers une autre société. Ce monde était inégalitaire, rabougri et haineux. Certes, cela aurait pu être mieux, mais la crise économique était passée par là. Le Projet de Loi des Finances de 2009 avait été une véritable bombe économique. L’économie française était une locomotive à vapeur. Elle s’arrêtait lentement et démarrait lentement. Le “communisme” tel qu’il était théorisé avait été construit dans une société où l’industrialisation restait la pierre angulaire de la révolution. Dans une société mondialisée où la désindustrialisation battait son plein en lien avec la notion fondamentale de “l’économie politique” (loin de la vision bourgeoise).

Pourtant, cette histoire de gale perdurait et toute l’ancienne équipe y était contaminée. Avait-il fait le choix de se soigner ? Certes, les soins n’étaient pas vraiment la priorité. Il aura fallu d’un seul coup de téléphone pour voir que cette histoire se poursuivait. Il aura fallu assumer les conséquences. On me disait que j’étais partie comme un voleur, c’est vrai. Mais je fus la victime dans cette histoire-là. En effet, je fus également contaminé avec ce “maudit parasite”. J’étais allé un médecin exprès. Je m’étais soigné. Pour autant, il aura fallu que les autres comptent sur celui qui était parti. Certes, il y avait la précarité. Il faut dire que n’étais pas riche. Les différents sprays comme toutes les maladies ou parasites dermiques n’étaient pas remboursés. J’en avais eu pour très cher. Toutefois, j’étais droit dans mes bottes. Je ne voulais pas de problèmes et que cette histoire se résolve rapidement. J’avais donné également des bombes désinfectantes. Ils étaient dans le squat d’une Sécurité Sociale (la fameuse CPAM). Plus rien n’allait. L’âge d’or du squat s’écroulait et était révolu. Nous étions en hiver, les difficultés allaient bon train.

Au moment où il y a eu l’expulsion du squat de la Sécurité Sociale, il n’y eut qu’une seule et unique solution pour passer l’hiver : le commissariat de police abandonné à Houilles. Toutefois, le projet de transformation vers un local administratif de la Commune avait progressé. Le lieu était désaffecté. Le lieu servit à passer quelques nuits pour les membres de l’ancienne équipe. Vous vous doutez bien qu’un squat dans un commissariat il fut hors de question pour l’équipe municipale que nous restions. De plus, la corrida pédestre passait devant le bâtiment sous les yeux des caméras. Le drapeau de la Fédération Anarchiste avait remplacé le drapeau tricolore. Il s’agissait dans le fond tout un symbole. Sans procédure, il y eut une expulsion sauvage. Toutefois, les forces de l’ordre auraient indiqué un bâtiment dans Houilles. Logiquement et peut-être par vision abstraite, nous sommes arrivés chez un ancien local commercial de photographie abandonné depuis des années. Il s’avère que nous sommes rentrés dedans et nous nous sommes installés. Il manquait juste un détail : il n’y avait pas d’eau.

Un jour, alors que j’étais dedans, le propriétaire a voulu rentrer, mais le bâtiment était occupé. Oui, on me disait que je n’étais pas courageux du tout. La réalité reste que j’ai tenu bon face à une équipe complète des forces de l’ordre. J’ai pu mesurer le rapport de force. Seul face à une dizaine de personnes, ce n’était pas crédible. J’ai eu une frousse énorme lorsque j’ai dû ouvrir le lieu face à nos ennemis : les propriétaristes et les condés. Les forces de l’ordre ont admis qu’il s’agit d’une habitation. Le propriétaire a fait couper l’électricité afin que nous partions rapidement du squat. Les autres occupants étaient à Paris pour vaquer à leurs occupations. Les forces de l’ordre ont fait partir le propriétaire des lieux, dont le commerce était à 25 mètres du squat. J’alternais rigoureusement : squat et appartement. Puis, la procédure a été lancée. Nous sommes passés devant le tribunal d’instance et le lieu a été fermé au terme de la procédure. Ce fut pour moi une histoire que se terminait.

Auteur/autrice : Pierre Le Bec

Aide-Soignant en #EHPAD, Marxiste et Communiste ✊

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