Le mouvement des indignés

Temps de lecture : 6 minutes

Cet article est extrait d’une série d’articles (en l’occurrence le premier) mettant en avant mon parcours militant et mon cheminement intellectuel pour en arriver à ce que je suis devenu au travers d’une vision clairvoyante. Les analyses peuvent être subjectives et objectives.

Le malaise de l’austérité lié à la crise financière des subprimes en disait long. Il fallait se serrer la ceinture. Il fallait réaliser des politiques structurelles, car le marché était impur et pas assez libéralisé. En cette fin de quinquennat, la volonté de barrer la route à ce qu’il se nommait le “Parti Socialiste” devenait très forte avec une certaine forme de Maccarthysme. En effet, le “social-libéralisme” avait été un échec comme le “néolibéralisme”. Mais il fallait continuer dans ce chemin, car comme le disait si bien Margaret Thatcher, il n’y avait aucune alternative. Cela ne fonctionnait pas, mais on devait quand même continuer quand cela ne fonctionnait pas. Il s’agissait d’un dogmatisme de fond, voir une doctrine religieuse.

Je voulais m’engager en politique. J’avais une réticence des partis politiques. Peut-être que j’avais déjà peur d’être trahis. Dès lors, ma réelle première expérience militante a été dans le mouvement des “Indignés” entre 2011 et 2012. J’ai découvert les dessous d’une volonté de vouloir changer le monde. Les assemblées générales, les commissions, les manifestations sauvages. Les arrestations à tout-va pour terminer dans des cars direction la vérification d’identité dans un commissariat dans le Nord de Paris. Ce fut déjà le cas sous Nicolas Sarkozy. Une chose qui s’est radicalisée sous François Hollande et s’est banalisée sous Emmanuel Macron.

On débattait jusqu’à tard dans la nuit autour d’une bière ou d’un café. On refaisait le monde sous une ligne altermondialiste. Réformer le monde : voilà le grand dilemme dans un monde irréformable. Pourtant, je fus assidu à ma tâche : j’étais dans la commission juridique. Je parlais de révolution et de réformisme, mais je n’étais pas encore communiste. Je pensais à ce moment-là, la magie du mouvement social. On pensait qu’on allait faire grandir notre mouvement. Le seul problème dans cette logique : nous nous revendiquions apolitique alors que nous faisions de la politique. Étrange, mais cela permettait d’agglomérer de nombreuses personnes venues d’un peu partout.

Nous étions des “doux rêveurs”, mais l’aspect bohémien en disait long sur cette émanation, dont l’origine s’inscrivait dans le livre de Stéphane Hessel : “Indignez-vous !”. Je me suis indigné, une simple émotion très subjective en ressortait. On faisait des actions, des happenings, des occupations, mais sur une notion émotionnelle, nous ne pouvions qu’être une réaction par rapport à une situation donnée. De plus, Stéphane Hessel, s’il avait été un grand résistant pendant la Seconde Guerre Mondiale, il incarnait la “gauche caviar”. Nous devenions les enfants politiques d’une personne d’une personne ayant œuvré pour l’Humanité, mais aussi pour la pérennité du capitalisme. Dès lors le gage réformiste que nous distillions devait faire rire de nombreuses personnes sur la crédibilité du mouvement.

J’aspirais à ce que la “gauche” telle que je la concevais à l’époque loin des écrits et de la littérature pourrait fonctionner. Je constatais que je n’avais pas le support intellectuel qu’il me fallait. Or, le fait de ma première expérience aurait dû me permettre de m’instruire afin d’avoir des arguments. Au lieu de cela, j’ai perdu près d’une année à faire des tracts, à les distribuer, à enchaîner les différentes commissions en fonction des roulements. Toutefois, le spectre altermondialiste n’englobait pas réellement la “lutte des classes”. Le prolétariat contre la bourgeoisie, valeur fondamentale de pouvoir permettre d’analyser la société ne prenait pas corps dans mon logiciel. Que de temps perdu !

Il ne suffisait plus de s’exclamer que le modèle social en cours depuis 1983 n’était pas viable. Il créait certes de la richesse, mais ne pouvait en aucun cas diminuer les inégalités de richesse et baisser la pauvreté. Les salaires stagnaient (ou plutôt il diminuait en fonction de l’inflation.), et nous devions faire le “Calimero”. Nous regardions sur ce qu’il se passait dans les autres pays comme en Espagne au travers du mouvement de la “Puerta Del Sol”. Pourtant, nous ne voulions pas le voir, mais le mouvement social lié au 15 Mai s’inscrivait dans l’émanation d’un long mouvement social construit en amont et en aval. Nous étions très loin de ce travail.

L’un des slogans du mouvement espagnol était “si se puede”. Il s’agit entre autres d’une variante du slogan de la campagne de Barak Obama “Yes We Can”.

J’ai pu voyager à Rome et à Bruxelles de par cette expérience. J’ai eu la joie de voir la solidarité européenne à l’œuvre loin de la xénophobie ambiante qui montait crescendo. Je voyais la joie et la vision d’une société antagoniste par rapport à la doxa dominante. Je me souviens également dans la capitale de l’Union Européenne, les policiers de les avoir vu couper les tentes les unes après les autres comme ce qu’il se fait actuellement de par les différents fonctionnaires de police ou encore les sous-traitants des préfectures en France à Calais. Deux idéologies s’opposaient foncièrement la “haine” et la “solidarité”. Nous avons marché, nous avons voyagé. Nous étions dans l’utopie. Peut-être que nous étions dans le “socialisme utopique” que décrivait si bien Engels ? Nul ne pourra savoir.

Je me souviens également du contre G7 ou G20 à Nice, la ville de Christian Estrosi, monsieur sécurité de l’Union pour un Mouvement Populaire. J’ai vu le dessous de l’aspect altermondialiste. J’étais arrivé en train, tout était extrêmement bien gardé à la gare de Lyon à Paris. J’ai pris un tortillard en TGV. Si l’ambiance était intéressante, je me souviendrais d’une chose : je me suis fait voler mes affaires sur la promenade des Anglais alors que c’était noir de CRS. Conclusion : les caméras ne servent à rien, ce n’était que du populisme et de la démagogie. Or, le plus dramatique n’était pas tellement ce délit anodin hormis qu’il y eût des affaires importantes dedans et des contenus stratégiques. Mais cela soulignait que les forces de l’ordre ne servaient à rien du tout. Ils n’étaient pas là pour garantir leurs missions, mais pour protéger les intérêts de la classe dominante. Une belle démonstration en somme. Nous sommes restés avec mes camarades quelques jours.

Le lendemain, je savais très bien que Benjamin Ball (le même qui organise la primaire populaire) avait organisé une occupation sur le parvis de La Défense. C’était un coup d’éclat. Une vision mûrement réfléchie en somme. Pourtant, l’occupation dans son cadre pacifique a subi les hordes d’assauts des forces de l’ordre afin d’en terminer rapidement avec cette action pacifique. Les charges comme dans un “jeu de guerre” étaient d’une violence inouïe. Le but était de déloger rapidement les activistes. L’occupation ne devait pas durer dans le temps, mais elle s’est profondément éternisée sur la durée. Nous avons dès lors déposer une plainte avec initialement une vingtaine de requérants contre l’Etat. En effet, le droit de manifester pacifique en disait long et nous allions vers un bras de fer avec la Loi. Nous défendions une vision clairvoyante sur le fait que la déclaration était caduque en raison des différents traités internationaux. Beaucoup se sont essoufflés devant la machine juridique. Il a fallu se porter “partie civile”, etc. Au final, nous n’étions plus que quatre. Nous nous sommes perdus. Initialement, cela devait être une révolution au niveau de la jurisprudence, mais la Justice a décidé d’un “non-lieu”. Circulez, il n’y a rien à voir. Dans ce contexte, le mouvement des indignés n’existait quasiment plus. La lenteur de la Justice en disait long. Il aura fallu des années pour aboutir à la décision. J’étais vraiment frustré. Pourtant, j’aurai dû savoir que la Justice marchait main dans les mains avec le pouvoir exécutif, c’est-à-dire le préfet de Police et sous alternes.

La question d’une solution transnationale dans le cadre d’une solution européenne devenait nécessaire. On se regardait les uns et les autres. Mais nous n’avions pas peur de trouver des solutions à bras-le-corps. Oui, nous combattions l’austérité. Oui, nous combattions le monstre de la Troïka. Oui, nous combattions la Commission Européenne. Est-ce que cela faisait de nous des europhobes ou des eurosceptiques ? Non. Notre concept de l’Europe Sociale et Solidaire n’entrait pas dans les clous de la doxa macroéconomique. Le tous contre tous apparaissait comme la seule solution. Les impôts des riches diminuaient sous forme de niches fiscales, de baisse des taxes, de crédits en tout genre, etc. Les salaires des pauvres étaient voués à stagner voire à baisser.

La compression salariale en disait long : le travail était vu comme un coût alors il fallait le baisser. Je ne comprenais pas vraiment les choses, mais il s’agissait en réalité de baisser les cotisations sociales au nom de la compétitivité. Pourtant, le travail générait la richesse, mais les travailleurs dans cette rhétorique étaient accusés de peser sur la société et en ricoché sur l’économie. Une doctrine libérale visant à maximiser les profits qui se répercuta de quinquennat en quinquennat.

La France ne vivait pas sous la Troïka. Pourtant, le quinquennat de Nicolas Sarkozy s’achevait sous une note aigrie. La dette explosait, le déficit budgétaire brisait le plafond, le chômage augmentait brutalement, la croissance stagnait… Tous les paramètres économiques n’étaient plus dans le rouge, mais dans le violet écarlate.

Il fallait construire le mouvement social. Or, nous ne pouvions pas le faire sans les syndicats, les associations et les partis politiques. Puis François Hollande est passé au second tour. Tout s’est essoufflé. Le mouvement des Indignés se désintégrait de lui-même. Le “socialisme” tant vanté risquait de sombrer comme celui d’un quinquennat de renoncement.

Dans ma famille, cela ne se passait pas forcément bien alors un jour, j’ai décidé de prendre mon “sac à dos” et je suis parti comme dans les films vers l’inconnu, mais surtout vers la liberté. 

Auteur/autrice : Pierre Le Bec

Aide-Soignant en #EHPAD, Marxiste et Communiste ✊

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