Le début d’une réflexion communiste

Temps de lecture : 7 minutes

Cet article est extrait d’une série d’articles (en l’occurrence le quatrième) mettant en avant mon parcours militant et mon cheminement intellectuel pour en arriver à ce que je suis devenu au travers d’une vision clairvoyante. Les analyses peuvent être subjectives et objectives.

La pensée après la suite du squat s’inscrivait dans la recherche et la volonté de comprendre le monde au travers d’une notion théorique. J’écrivais à l’époque sur Révolution et Libertés. Je savais que j’avais de grosses lacunes. J’avais de pétrole, mais j’avais des idées. Or, vouloir écrire sans maîtriser les fondamentaux m’interrogeait régulièrement. J’avais commencé à écrire en 2011 (les articles ont été perdus) et certainement en 2010 sur un autre nom, dont je me souviens plus. Toutefois, le premier article était concentré autour de la consommation de viande. Une ironie, n’est-ce pas ? Autant dire que cela fait plus de 10 ans que je fais de l’écriture et de l’analyse sur l’actualité.

Comme je le terminais dans l’article sur le squat, le livre contenant des extraits choisis de Léon Trotski a été pour moi une porte ouverte sur le monde. Je n’avais que quelques livres par ci, par là. Très peu politisé en somme. Pourtant, la lecture s’avérait comme l’alpha et l’oméga afin de comprendre le monde sous un angle précis. Pourtant, une problématique s’instaurait au moment où la lecture commençait à être imprégnée dans mon monde. Quelle théorie choisir dans le marxisme choisir ? Marxisme-léninisme, maoïsme, luxemburgisme, trotskisme, stalinisme, castrisme, etc. J’avais d’ores et déjà une idée, je m’orientais vers des théories clairement révolutionnaires. Je croyais (je continue à penser également) que le capitalisme ne se renverse pas uniquement en claquant des doigts. Il fallait une stratégie révolutionnaire et rationnelle.

Entre anarchisme et communisme

Certes, j’ai pu lire des livres de personnes qui ont commis des crimes contre l’Humanité afin de mettre une “pseudo” dictature du prolétariat. Oui, l’Union Soviétique tout comme la Chine était une dictature sanglante et bureaucratique. La question d’une “démocratie réelle” afin de paraphraser tonton Marx ne pouvait s’inscrire dans le fait qu’une poignée de personnes décide pour l’ensemble du peuple. Il est vrai qu’il y a eu la “loi Gayssot” qui a permis de réprimer le négationnisme. Mais cette dernière ne prenait pas en compte les crimes du stalinisme. Il semble nécessaire de différencier le stalinisme du communisme. Le “capitalisme d’Etat” afin de paraphraser Lénine et Trotski n’était même pas dans une vision d’aller dans la transition vers le socialisme. Il est vrai qu’Hannah Arendt a fait une démonstration dans le “système totalitaire”, mais sa démonstration s’inscrit dans le fait que les “extrêmes” se rejoignent. En effet, la mise en place de théorie au travers du “socialisme dans un seul état” en disait long sur la volonté d’être contre la véritable “révolution socialiste”. Je me pensais trotskard. Mais la réalité était différente. Il m’aura fallu lire des dizaines de livres pour comprendre l’aboutissement d’un chemin intellectuel.

Entre temps, on m’a ouvert un livre d’Alexandre Skirda (récemment décédé) sur Nestor Makhno. En effet, je me renseignais de façon dont s’était construit la fin de la “grande guerre” sur le front de l’Est tout comme la prise du pouvoir par les bolchéviks et les mencheviks. La situation ukrainienne de 1917 à 1921 reste clairement influencer de cette époque. Pour la situation actuelle, j’y reviendrai dans un autre article.

La question de l’anarchisme ou d’un communisme libertaire. Le confédéralisme entaché par l’expérience étatsunienne au niveau de la guerre de Sécession s’est transformé dans une vision malsaine de cette forme d’organisation de la société. En effet, le confédéralisme de la Makhnovtchina s’inscrit pleinement dans ce qu’il peut se passer au Rojava. Toutefois, je regrette d’avoir donné ses mémoires à une ancienne amie où les parcours liés au chemin de vie nous ont séparés. Il y avait aussi la révolte de Kronstadt. Au moment où l’on faite les 150 ans de la commune de Paris, les Versaillais ne comprennent rien à rien en termes d’Histoire et essaye de la réécrire afin d’avoir un autre regard : celui des capitalistes. Je ne vais pas en venir sur la guerre civile et impérialiste qui s’est déroulé en Russie pour faire taire la Révolution Bolchévik et la mise en place progressive des “thèses d’avril“.

Dans les différents écrits communistes, il était dit que l’anarchisme restait un courant “petit-bourgeois”. La structuration d’une telle réflexion devait d’une manière ou d’une autre se baser sur quel courant anarchiste. En effet, il y avait énormément de courants anarchisants. Je pourrais citer : Bakounine, Proudhon, Stirner, Spooner, etc. Karl Marx avait rencontré ces personnages pour la plus plupart sauf Spooner qui s’inscrivait dans le courant “libertarien” et “anarchocapitaliste”. Il y en avait bien d’autres, mais l’Association Internationale du Travail avait dynamisé les grands penseurs pour refaire le monde afin de mettre en avant les convergences tout comme les divergences. Je me suis cru longtemps “anarchiste”. J’ai certaines positions anarchistes et (en même temps) certaines communistes.

Le jacobinisme

Oui, j’étais dans cette dynamique. Il m’arrivait de lire également du Robespierre, une figure honnie de la bourgeoisie pour sa volonté de créer comme Gracchus Babeuf (au travers de la société des égaux) la nouvelle République. Certes, j’étais très loin du jacobinisme comme idéologie. En effet, la centralisation s’expliquait par une rupture large avec la monarchie absolue et parlementaire. La Première République était née d’une banqueroute en lien avec la guerre d’indépendance des colons américains pour fonder ironiquement une République. La géopolitique s’inscrivait dans une vision où les guerres par interposition battaient leur plein. Le Commonwealth voulait absolument garder sa colonie. L’Histoire n’a pas retenu cette dernière. Le commonwealth était un empire qui deviendra colonial plus tard.

Je lisais attentivement ces vieux discours écrits dans un Français de l’époque. J’espérais une “grande révolution” comme du bon vieux temps. Effectivement, la Révolution française a fait tourner la guillotine de façon mécanique et à la chaîne. Le contexte l’explique par deux éléments : 1/ il s’agissait d’une guerre civile ; 2/ il s’agissait d’une guerre entre patries. Vous comprendrez, il fallait sauver la monarchie en France et en Europe. Une vision comme je l’avais développé

Je ne dirais pas que les néoconservateurs sont bloqués dans le passé au travers d’une volonté de restaurer finalement les valeurs qui ont fondé l’axe “droite-gauche”. Il y avait certainement une part de monarchie très intense. Il aura fallu des centaines d’années pour que la “droite” se républicanise. Autant dire que la “droite républicaine” reste un oxymore initialement. Aujourd’hui, cette même droite, qui s’était rangée du côté du roi, se range du côté de l’Etat policier, la fin de l’Etat de droit et l’ultralibéralisme à foison. Autant dire qu’on ne change pas une recette qui gagne. La droite en disait long sur son modèle, l’expression du Kärcher n’était qu’une volonté pour en finir avec la République et bâtir un autre modèle de société, si loin de l’idéal républicain en somme.

Puis, il y eut une deuxième République : démocratique et sociale.

Le luxemburgisme

Cependant, j’ai compris très vite que le trotskisme n’était pas une idée viable, elle ne portait vraiment pas sur une construction d’un mouvement révolutionnaire, mais uniquement sur une critique du stalinisme. L’opposition de gauche s’enracinait dans le paysage. Le trotskisme était mal vu autant à droite et à gauche. Dans le fond, le trotskisme avait une certaine notoriété. Si les écrits de Léon s’inscrivaient dans une grande remise en cause de l’histoire officielle soviétique, il s’agissait entre autres d’une forme d’intelligence, mais ses écrits étaient justement illisibles à mon regard. Puis un autre élément s’engageait dans la bataille : les scissions respectives entraînaient un éparpillement rapide des différents groupes. Autant dire que ce n’était pas pour moi. Je rêvais du communisme, mais en aucun cas la division apportait un élément de pierre afin d’abattre le capitalisme.

Lénine a d’ailleurs écrit un livre sur la maladie infantile du communisme (le communisme de gauche), il s’attaquait à Rosa Luxemburg et Antonio Gramsci. Une nouvelle porte s’ouvrit. Et ce serait un peu mon pilier théorique. La rigueur des démonstrations et la légèreté de l’écriture m’avaient convaincu. Je commençais à devenir admiratif et surtout vu une “véritable révolutionnaire”. En effet, Rosa Luxemburg défendait des idéaux qui étaient les miens : rejet du nationalisme, rejet du patriotisme, rejet de la guerre et de l’union nationale (ou union sacrée), etc. Au-delà du fait que je croie sincèrement aux textes, cela aboutit à la “Ligue Spartakiste“.

Rosa Luxemburg m’avait bercé dans les méandres d’une argumentation claire, rationnelle et précise. Nous n’étions pas dans du Lénine, du Trotski ou même du Karl Marx. Je lisais des articles, je fus littéralement passionné par la rigueur d’écriture. En effet, Rosa savait très bien que la dimension d’une telle démarche ne pouvait que conduire vers une révolution de fond. La pédagogie pour réaliser une forme de déconstruction du capitalisme se réalise au travers de ses articles, de ses essais et de ses livres. Plus tard, j’ai entrepris de m’acheter les œuvres complètes en Français afin de mieux comprendre le fond de sa pensée afin de ne pas rester dans une approche superficielle. Le luxemburgisme dans nos sociétés se traduit par une révolution, certes brutale, mais cela ne peut qu’aboutir à un renversement du capitalisme qui ne tient que par la force et la brutalité.

La question qui demeure après des années de militantisme dans les cercles dans la gauche radicale : Suis-je pour une révolution “violente” ? La violence dans nos sociétés se traduit inlassablement par une répression féroce et sauvage de la part des gouvernements au pouvoir. Le musellement de l’opposition dans la rue se réprime dans les rues, souvent sous les gazs lacrymogènes, sous les grenades, sous les canons à eau, etc. Cette dimension ne peut qu’aboutir dans les faits à prendre conscience également d’une véritable stratégie. À ce jour, je n’ai pas encore la réponse, mais il faudra la choisir rapidement afin de faire basculer vers un autre modèle où les moyens de production ne sont pas concentrés au sein de la classe dominante. Cette dernière correspond à une minorité de la population.

Le mouvement obscurantiste

Tout cela a l’air très beau sur le papier et les différents manuels de macroéconomies mettront en avant différentes formules. La lecture de mon processus a admis que je suis ancré dans une forme de défaitisme. Le Parlement représente uniquement la bourgeoisie. Il n’y a aucun ouvrier, aucune personne des classes populaires qui siège au Palais Bourbon. Les lois répressives et sécuritaires sont votées les unes après les autres avec l’aval des personnes antivaxs et antipass. Une réalité peut être brute comme cela, mais la cohérence réside ainsi.

Les lois sécuritaires ne sont pas faites pour protéger la “patrie” contre “l’insécurité” ou le “terrorisme”, mais pour protéger les détenteurs de titres liés à la propriété privée en tout genre. Ces gens-là ne sont pas à une incohérence près. Il me semble également nécessaire de mettre en avant que les idées d’une “révolution blanquiste” se targue de n’être qu’une “théorie révolutionnaire”. En effet, les masses doivent plancher sur le soutien d’une révolution violente dans ce contexte. Dans le pire des cas, nous revenons sur les pieds de la “ligue spartakiste”. Mais la commune de Berlin a cédé sous le pas des sociaux-démocrates et des nationalistes en termes du rapport de force.

Aujourd’hui, elle déborde et je ne sais pas où mettre tous les livres tellement il y en a. C’est peut-être abstrait, mais c’est une des raisons pour lesquelles j’avais acheté une liseuse pour avoir des livres numériques. Cela faisait certainement de moi un “idiot utile” sur des objets non-nécessaire. Si la liseuse était un investissement, il ne ferait guère de doutes qu’elle me permet de gagner de la place. Un objet inutile en apparence, mais tellement pratique également pour les différents travaux afin de citer les différents passages pour les articles tout comme pour le livre.

Auteur/autrice : Pierre Le Bec

Aide-Soignant en #EHPAD, Marxiste et Communiste ✊

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