Les antivaxs : le grand retour de l’individualisme

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Les complotistes au sein de la pandémie que nous traversons, la raison et le rationalisme tendent à se structurer pour apporter des éléments matériels afin de répondre de façon scientifique aux différentes questions, mais aussi de trouver des solutions afin que nous puissions revivre comme avant (sans le capitalisme bien sûr).

Du néolibéralisme au libertarianisme

Il s’avère que nous sommes confrontés à un mouvement totalement obscur qui refuse : la vaccination, le port du masque, le confinement, les gestes barrières (comme nous le verrons plus bas), bref tout ce qui semble nuire aux libertés individuelles en premier apparence. Ainsi, nous sommes pleinement dans la vision libertarienne :

Les libertariens prétendent fonder la propriété privée dans la propriété de soi. Elle n’est alors plus seulement une règle (aussi prégnante soit-elle) en usage dans nos sociétés, elle acquiert une véritable nécessité1.

La question fondamentale qui se pose au sein de la mouvance complotisme que l’on retrouve d’ailleurs chez QAnon s’inscrit parfaitement dans une vue de l’esprit ultra-conservateur ne croyant plus dans les informations officielles, mais aussi s’inscrivant dans les théories du complot les plus farfelues. Il ne fait guère de doute qu’à partir de ce moment-là, les manifestations en faveur des “libertés naturelles” qu’il faut comprendre comme les “libertés économiques” et non les autres “libertés fondamentales”, je pense à celle au “droit de la presse”, mais aussi aux “libertés collectives”. De ce fait, les antivaxs sont des libertariens.

Les libertariens de droite identifient la pleine propriété de soi à la liberté. Pour s’en convaincre, il suffit de constater qu’ils considèrent toute atteinte portée à la propriété de soi comme une atteinte à la liberté et réciproquement toute atteinte à la liberté des individus comme une atteinte à la propriété qu’ils ont sur eux-mêmes2.

On constate également que dans cette mouvance, la vision clairvoyante d’une liberté garantie par le droit vis-à-vis d’une liberté d’une formelle se construit autour du mythe que cette dernière reste entièrement doctrinale. Il ne fait guère de doute que les questions juridiques au niveau de la loi tendent à leur rendre de l’urticaire. En effet, il n’apprécie pas la contrainte d’où qu’elle vienne.

La liberté formelle garantit l’absence de contrainte exercée par autrui, qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe ou d’une institution3.

Le “saint-graal” est une vision élargie de la description de ces dernières se comprenant comme des “libertés naturelles” (alors qu’elles n’ont rien de naturelles, mais sont une construction purement chimique). L’égoïsme se sacralise comme une réponse de l’individu absolu comme réponse à tous les comportements de la société. Les piliers des “droits fondamentaux” sont ainsi considérés comme “liberticides” par ces partisans d’un individualisme entièrement débridé. Les questions vaccinales comme d’autres tombent ainsi sur la volonté du choix de l’individu au mépris de sa responsabilité devant la société dans laquelle il vit. En effet, l‘individualismo et le conspiratio font bon ménage.

Le cas du SARS-CoV-2

Les thèses avancées par l’avant-garde conservatrice se transcrivent par une sorte de “fake-news” et une forme d’interprétation plus ou moins sordide. Ainsi, le “Point Godwin” est souvent utilisé par les vaccino-sceptiques (pour parler le politiquement correct) en utilisant comme le souligne des personnalités comme Jean-Marie Bigard. La théorie du complot est avancée comme une théorie alternative et simpliste dépourvue surtout de rationalisme.

Il en faudra un certain temps pour que le temps se rende compte que derrière ces mouvements a priori “apartisans” se cache l’ensemble du gratin antisémite, relativiste, révisionniste et négationniste. En effet, en utilisant une “dialectique” propre au discours “antivaccin“, nous sommes dans une dynamique dangereuse. Dès lors, les partisans de ces croyances font d’eux des résistants face à un système qu’il conspue. Ils se sentent oppressés et réalisent en même temps qu’ils s’orientent vers un chemin totalement irrationnel. Dans les faits, ce qui attend ces personnes-là n’est autre que de terminer les “pieds devant”.

Pendant que Francis Lalanne se prend pour un résistant du FTP ou des FFI contre le nazisme. La réalité réside dans le fait que cette maladie tue et son virus mute afin de devenir incontrôlable. Ainsi, au lieu de combattre le virus, les personnes qui pensent qu’un génocide et que les thèses malthusiennes sont mises en application pour réduire la planète au nom du “Nouvel Ordre Mondial” tout en soutenant les “puces RFID 5G” sous-cutanées. Ainsi, dans le cadre des mesures gouvernementales (et Dieu sait que ce gouvernement n’est pas ma tasse de thé), ils utilisent l’étoile jaune afin de démontrer la discrimination qu’ils subissent qu’ils estiment être la même que les juifs sous le nazisme. Personne ne leur met un pistolet sur la tempe.

Dans ce sens, les comparaisons vis-à-vis de ces “glorieux résistants” qui se font retourner la cervelle par leurs différents leaders que l’on peut appeler des gourous font en sorte qu’ils se radicalisent sur la toile avec leurs “vérités alternatives”4. Dès lors, la “presse” est vue comme des “organisme collaborateurs” et pour eux, les journalistes seront tondus au sens figuré comme au sens réel à l’heure de la libération. Une libération qui en somme attend toujours. En effet, la dichotomie entre le discours et la réalité se passe clairement de leurs discours dangereux puisqu’ils portent en eux une forme exacerbée de la rhétorique néonazie. Dès lors, le discours hygiéniste et eugéniste5 qu’il faut comprendre par le fait que “l’épidémie ne tue que les faibles”, s’inscrit dans une manière de glorifier la puissance du système immunitaire. Or, partout où ces thèses sont appliquées, on constate un taux de mortalité très important, mais aussi une augmentation du nombre de variants. Ainsi, le variant delta (indien) et gamma (brésilien) sont le fruit des politiques vaccino-sceptiques alliées au néofascisme. De ce fait, la question de la “santé publique” ne fait guère de doute pour ces personnes qui sont biberonnées aux théories les plus farfelues les unes que les autres reste un véritable danger pour la population. Les enjeux sont grands. L’individualisme ne sert pas à marquer les libertés individuelles, mais bien celui d’un égoïsme clairement obscurantiste. La question réside dans le fait de savoir : la société va-t-elle prendre en charge ces personnes s’ils tombent malades, dont la plupart ne croient d’ailleurs pas dans le Coronavirus ?

AFP (c)

Puisque le gouvernement décide de prendre des mesures sérieuses et concrètes afin de lutter contre la pandémie au niveau national, les idiots utiles et les anti-sciences6 hurlent à la dictature. Dans la pensée, il ne s’agit en aucun cas de souligner que leur méthode est de retrouver un “air de liberté”, mais elle s’accompagne dans la pensée complotiste la plus crade des groupuscules de Réinfo-COVID ou encore au sein de la mouvance Gilet-Jaunisée. Dans ce contexte, il ne s’agit en aucun cas de combattre les différentes mesures autoritaires prises par le Sénat par les néoconservateurs sous l’étiquette du parti “Les Républicains” tout comme la “majorité” présidentielle.

Certains y voient le retour fantasmagorique d’un “totalitarisme” en gestation, dont les sources ne seraient finalement qu’une volonté également au niveau de la vaccination. Toutefois, le sujet étant bien large et les théories très abondantes que d’autres personnes mieux en connaissance que moi pourront élaborer un tel sujet. Toutefois, je pense que l’obligation vaccinale reste l’une des meilleures solutions quand on voit à quel point la “vaccination volontaire” rame dans notre pays. La méfiance s’installe, mais que faire face au consensus scientifique et aux résultats présents ?

Extraite d’un groupe facebook

Il ne fait guère de doutes que nous voyons pulluler également des soignants (qui se revendiquent ainsi) en colère de devoir se vacciner. Ils se sentent trahis, méprisés, humiliés, etc. Mais sont-ils des soignants pour l’argent ou pour la vocation ? Ne leur a-t-on pas soumis aux vaccins obligatoires pour être soignants ? Faut-il rappeler les prises de sang de l’Hépatite B avec jusqu’à 5 rappels ? Cela en dit long sur la dichotomie de ces derniers. Le pire étant que l’on retrouve des soignants préférant le chômage.

Ainsi, on comprend qu’il y a une forme de dichotomie sur fond de défense des libertés économiques, mais pas des libertés individuelles. En effet, ils assument pleinement de n’être que des “valets” du capitalisme et en l’occurrence des laboratoires pharmaceutiques, dont les traitements pour soigner le SARS-CoV-2 coûtent extrêmement cher à la société et enrichissent ce qu’ils appellent “big pharma”. En effet, pour qu’une dictature sanitaire puisse avoir lieu, il semble nécessaire d’avoir un dictateur. Jusqu’à présent, bien que je sois en position d’émettre des réserves sur l’aspect purement économique du programme du gouvernement actuel tout comme de la politique sécuritaire.

AFP / Alain JOCARD

Or ces mêmes personnes qui n’ont que la fibre populo-poujadiste comme Jean-Marie Bigard (que l’on peut voir avec la photo ci-contre) qui était à la manifestation des putschistes souhaitant renverser l’état de droit. Ainsi, le lien apparaît très clair entre ces personnes qui manifestent contre les restrictions sanitaires avec leur approche en termes de défense des droits fondamentaux. En effet, tout est fait pour en finir avec le “modèle Républicain” et de la “séparation des pouvoirs. Ainsi, il existe un lien très clair entre les putschistes et le mouvement antivaccin.

Cela en dit long de leur vision démocratique : une dictature suivant le modèle des “Chicago Boys”. Macron apparaît être un petit joueur. Autrement dit, ce sont des ultra-libéraux comme les Trump, les Òrban ou encore Bolsonaro.

Pourtant, les éléments de langage tendent très clairement à mettre en avant une forme de dichotomie. Ils sont pour un système ultra-répressif, mais contre la “dictature sanitaire”. Les pauvres, ils ne peuvent plus contaminer comme ils le veulent. Ils parlent sans cesse de “covidiot” pour sous-entendre que les partisans de mesures hygiénistes et sanitaires seraient “idiots” et “stupides”. La rhétorique se traduit dans les faits par une pensée clairement individualiste et égoïste. En effet, les complotistes pensent à eux et non aux autres.

La question également du port du masque fait également une sacrée opposition au sein de la mouvance alternative et progressive. Une fois de plus, les arguments pseudo-rationalistes témoignent dans les faits d’une approche réellement pseudo-scientifique. En effet, l’ancienne généticienne Alexandra Henrion-Caude va jusqu’à nous expliquer que les tests PCR contiennent des nanoparticules. On se demande dans les faits à un moment donné : où cela a bugué pour une ancienne directrice de l’INSERM. Elle vocifère ses théories sous fond d’argument d’autorité à défaut d’avancer des preuves suivant une méthodologie scientifique.

Jean-Louis Fouché, cofondateur de Réinfo-COVID

D’autres gourous comme Jean-Louis Fouché ne cessent de faire la peur, mais aussi sur le “point Godwin” quitte à reprendre la défense Eichmann dans sa diatribe d’une vision contre le totalitarisme. Dans les faits, ce médecin anesthésiste et réanimateur est devenu une égérie au sein de la toile. Pourtant, on se rend compte qu’avec ses acolytes, il n’apporte aucun élément médical et scientifique. Dès lors, nous [les personnes qui luttent contre le complotisme et l’extrême-droite – NDLR] sommes en mesure de comprendre s’il a réellement sa thèse de doctorat en médecine.

Conclusion

Dans les faits, les personnes dotées d’un semblant de rationalité vis-à-vis du taux de mortalité seraent en mesure de satisfaire ces revendications. Pourtant, nous sommes face non pas à un individualisme méthodologique, mais une forme d’anarcho-capitalisme (c’est-à-dire du libertarianisme) et une vision individualiste de l’anarchisme. En effet, l’idée de placer la “liberté individuelle” devant les “libertés collectives” tend à se traduire par le grand retour et le triomphe finalement du courant néoconservateur et du mouvement antiscience comme Trump, Bolsonaro ou encore Òrban. Ainsi, la structuration d’une pensée tend à se matérialiser comme partant du triomphe de l’individu vers le triomphe de l’obscurantisme. N’est-ce pas étonnant que ces “résistants” et ces “insoumis” à l’idéologie scientifique (et à son consensus) sont devenus les idiots utiles des pseudo-sciences. Devra-t-on faire un décret pour les empêcher d’accéder aux soins s’ils attrapent le Coronavirus même si c’est contre l’universalité de la République et de la Constitution ? Mais il faut assumer l’individualisme à l’extrême et l’homo egoïstus.

  1. Gharbi, Jean-Sébastien, et Cléa Sambuc. « Propriété de soi et justice sociale chez les libertariens », Cahiers d’économie Politique, vol. 62, no. 1, 2012, pp. 187-222.
  2. Idem 
  3. Id
  4. Dauphin, Florian. « Les Fake News au prisme des théories sur les rumeurs et la propagande », Études de communication, vol. 53, no. 2, 2019, pp. 15-32.
  5. Becquemont, Daniel. « Darwinisme social et eugénisme anglo-saxons », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 183, no. 2, 2005, pp. 143-158.
  6. Ward, Jeremy K, Paul Guille-Escuret, et Clément Alapetite. « Les « antivaccins », figure de l’anti-Science », Déviance et Société, vol. 43, no. 2, 2019, pp. 221-251.

About the Author

Pierre Le Bec
Je suis aide-soignant diplômé en EHPAD depuis 2018. Je suis un militant luxemburgiste, dont l’ambition s’inscrit dans le fait de renverser le capitalisme par la force dans un contexte de tension exacerbée de la lutte des classes.