Un regard croisé sur la cause animale

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Qu’est-ce que le néolibéralisme ?

E3
vendredi 16 octobre 2020 par Pierre Le Bec

En 2020, la crise économique et sanitaire a laissé place à une aggravation de la crise démocratique et de la remise en cause du modèle néolibéral présent depuis les années 1970.

Plusieurs signes attestent néanmoins d’une évolution dans le regard porté sur ces contemporains de « la fin du laissez-faire » (Keynes, 1925), de la crise des démocraties, de l’avènement des régimes totalitaires et enfin de l’affrontement de deux « Supergrands » promouvant des modèles socio-économiques antagoniques. [1]

On peut dire que « la croissance exponentielle du recours à ce vocable, depuis maintenant plus de vingt ans, n’a pas été seulement observable dans les débats qui se déroulent au sein de l’espace public : le néolibéralisme s’est aussi peu à peu imposé dans l’espace académique comme un objet d’étude désormais légitime. » [2]

Les libertés économiques n’ont jamais été aussi grandes dans l’Union Européenne et les États-Unis d’Amérique. Pourtant, la crise sanitaire conjuguéues à une crise systémique nous intérroge sur la survie du néolibéralisme tel qu’il est construit à l’heure d’aujourd’hui. De ce fait, cette question nous pose à nous plonger dans les entrailles même du néolibéralisme.

En se radicalisant sans cesse sans prendre en compte l’aspect démocratique, le néolibéralisme poursuit son chemin vers un libéralisme radical sans se renouveler et sans prendre en compte les différents paramètres actuels : augmentation du chômage de masse, augmentation des inégalité, augmentation du réchauffement climatique, etc. Ainsi, nous analyserons le néolibéralisme de ses origines à travers les différentes écoles (Chicago et Autrichienne) pour s’intéresser finalement au néolibéralisme à la Française.

  • Aux Origines du Néolibéralisme

En 2020, la question du néolibéralisme a tendance a créé de gigantesques polémiques puisque nous vivons dans une société largement libéralisée. Le terme néo renvoie à nouveau, c’est le renouveau du néolibéralisme qui apparaît avec la synthèse néoclassique. Pourtant, lorsqu’on « emploie souvent l’expression « néo-libéralisme » pour qualifier un « ultra-libéralisme », qui se manifesterait en France et dans la plupart des pays occidentaux depuis la fin des années 1970. Rarement, est posée la question de la nouveauté, nécessairement problématique, que renferme le préfixe « néo », autrement que sous l’angle d’un renouveau du libéralisme dans la vie politique et les pratiques étatiques » [3].

Frieriech Hayek développait plus précisément un néolibéralisme avec des valeurs morales. La percée du néolibéralisme se réalise également dans le sens où la lutte contre le socialisme étatique qu’il faut comprendre comme le Stalinisme reprend de façon vigoureuse. Le modèle de relance par l’État lors d’une crise économique s’inscrivait dans une vision antagoniste du « l’économie de marché » à savoir le capitalisme. Ceux qui refusent d’accueillir cette idéologie comme « l’horizon définitif de l’humanité, commettent, comme aurait dit Friedrich Hayek, « l’erreur de la raison » la plus dangereuse qui soit. » [4]

La révolution néolibérale des années 70 [5] a sacralisé la rupture étatique. Ce vigoureux tournant néolibéral « pris dans les années 1970 qui vient saper les bases de l’État social marque sans conteste une nouvelle période du capitalisme en déployant ses effets sur la scène mondiale » [6]. En effet, l’un des objectifs consiste à « pouvoir agir sans peser sur l’argent des contribuables » [7], « seule une foi absolue dans le marché est digne d’être défendue, car l’État est potentiellement liberticide, ce qui entraîne des restrictions qu’il est censé assigner au marché – conformément à ce qui est prescrit par les libéraux – induisent nécessairement une confiance aux pouvoirs publics qui a peu à voir avec l’héritage libéral » [8].

Il faut comprendre que chez les partisans du néolibéralisme, « la confrontation entre l’offre et la demande » [9] ne s’inscrivait pas dans une loi sociale, mais dans une loi physique à l’état pur sans prendre en compte les individualités et les particularités au sein de la société. Ainsi, « la preuve en était que les crises et les dysfonctionnements de l’économie étaient supposés provenir des interventions intempestives soit des politiques, avec des lois faussant les règles du marché, soit des mouvements sociaux troublant le jeu des affaires » [10].

Le libéralisme radical de Friedrich Hayek se fonde sur la « liberté économique » laquelle est basée sur « une théorie de la connaissance ». Hayek rejette le constructivisme cartésien à travers l’un des éléments clef de l’économiste : réaliser « une table rase » du capitalisme étatique pour la montée en puissance du capitalisme de marché [11].

La grande révolution s’inscrit dans le fait que le marché est porteur de « progrès » et d’une « société ouverte aux évolutions » [12].

Le discours libéral-libertaire se trouve également confronté au discours libéral-autoritaire au travers d’un illibéralisme. Le paradoxe de certains libéraux-libertaires comme la présidence d’Emmanuel Macron tend à asseoir progressivement une démocratie en une démocratie fermée et bâillonnée. L’illibéralisme se trouve aux Etats-Unis d’Amérique sous Trump, au Brésil sous Bolsonaro, en Hongrie sous Orbàn, etc.

  • Du libéralisme-libertaire au libéralisme autoritaire

Le tournant majeur de la pensée libéral-libértaire provient entre autres des différents mouvements sociaux dans la fin des années 60. En France, cela se situe en 1968. « un berceau de la nouvelle société bourgeoise. Les divers mouvements culturels s’inscrivent dans une dynamique qui est celle de l’individualisme » si cette date fait figure de référence au vu des événements de mai 1968, il en reste pas moins que les conséquences de ces dernières furent une grande vague conservatrice [13]. Tocqueville aurait dit que le moment de 1968 s’agissait en réalité d’un « berceau de la nouvelle société bourgeoise. Les divers mouvements culturels s’inscrivent dans une dynamique qui est celle de l’individualisme ».

Il faut concevoir que « les penseurs du “nouveau” libéralisme vont donc remettre en chantier ses convictions centrales et promouvoir, à côté de la liberté individuelle, les valeurs de la responsabilité sociale, de la solidarité et de l’égalité, du bien commun, et ce à travers toute l’Europe et même aux Etats-Unis » [14]

Dans le même temps, la montée du national-libéralisme au triste résultat de la « montée en puissance des extrémismes [...] (d)es succès électoraux des partis xénophobes » [15]. Dans le même temps, on constate que « la bourse de Sao Paulo a atteint des niveaux historiques et n’a cessé de battre des records. Tout se passe comme si les milieux financiers saluent la victoire de Jair Bolsonaro ». [16]. Les « néo- » et « ultra-libéraux » qu’ils soient ou non d’extrême-droite s’inscrivent dans la logique de Foucault : « il faut gouverner pour le marché, plutôt que gouverner à cause du marché » [17].

Nonobstant ces faits, il convient de ne pas confondre avec la révolution néoconservatrice qui l’accompagne dans de nombreux pays. La vague néolibérale peut s’accompagner d’une vague progressiste dans certains pays, mais le renouveau du conservatisme s’enracine également très fortement dans le nationalisme. Ils sont radicalisés et la droite alternative (alt-right) [18] devient redoutable. Elle laisse place à un terrorisme suprématisme blanc comme à Christchurch ou Charlottesville.

L’une des problématiques réside dans le fait que le fait que le néolibéralisme s’inscrit dans un processus de plus en plus instable, mais il survit aux différentes crises notamment la crise des subprimes en 2007-2008 [19]

Il tend à se rigidifier, à se durcir qu’à laisser une nouvelle porte de sortie pour un nouveau système économique [20]. Dans le même temps, on peut dire que le « bon en avant entre 1982 et 2007 malgré les récessions de 1987, 1991, 1997 et 2000 (il s’agissait d’un simple cycle des affaires). Toutefois, la période entre 1948 et 1973 fût globalement plus longue et non-reproductible [21].

Les mouvements fondamentalistes chrétiens et la montée en flèche de l’alt-right étaient prévisibles depuis le basculement de la société dans le néolibéralisme. Fondé sur un anticommunisme triomphant et un refus de la « gauche démocratique », le Parti Républicain se base et assoie une ressource électorale de plus en plus importante. Les fidèles permettent une mobilisation sans faille pour les différentes élections [22]. L’élection à la présidence des Etats-Unis d’Amérique refera sortir un socle électoral : les évangélistes [23] en vue de réélire Donald Trump. .

  • De la social-démocratie au social-libéralisme ou néolibéralisme de gauche

Sous la présidence de François Hollande, le social-libéralisme a largement triomphé dans notre pays avec la libéralisation progressive du pays entre 2012 et 2017 poursuivant la doctrine de d’un néolibéralisme agressif de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012. De la doctrine à la mise en pratique sous un gouvernement auto-proclamé comme progressiste se sont écoulés près d’une vingtaine d’années. La social-démocratie s’est alors dissout dans le néolibéralisme (et le libéralisme) afin de créer le social-libéralisme. Il s’agit d’une doctrine hybride entre le socialisme et le néolibéralisme [24]. La droitisation de notre société change les lignes et les codes. Le néolibéralisme cède la place à l’ultra-libéralisme et la droite à l’extrême-droite. Dans cette circonstance, la gauche radicale est considérée comme une pensée extrême défendant une pensée totalitaire et dangereuse. L’opposition de gauche se retrouve confrontée au néolibéralisme [25].

Dans le même temps, le social-libéralisme reste aussi un pont entre le vieux socialisme et le néolibéralisme triomphant [26]. Lorsque s’écroule le social-libéralisme alors le néolibéralisme s’inscrit comme victorieux puisque le social-libéralisme est une de ses variantes. Sous la présidence actuelle d’Emmanuel Macron [27], la théorie du ruissellement permet de libérer les énergies à travers « la suppression de l’impôt sur la fortune, diminution des aides personnalisées au logement (APL), etc. » [28]. Toutefois, le président « ne se radicalise pas en raison des échecs du néolibéralisme en France, il se radicalise en raison de ses victoires » [29]. Mais, le néolibéralisme à la Française ne semble guère fonctionner sur la question des libertés individuelles. En effet, l’autoritarisme sous les différents ministres de l’intérieur laisse place à un maintien de l’ordre public de plus en plus musclé. La victoire du Néolibéralisme à la Française reste également une défaite des différentes juridictions dans leur mesure à protéger l’individu vis-à-vis de l’État.


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