Un regard croisé sur la cause animale

Pologne : le PiS à l’assaut du welfarisme

samedi 26 septembre 2020.

Dans le même temps, nous avons la Pologne qui s’inscrit à rebours puisqu’elle va interdire « l’élevage d’animaux pour leur fourrure et arrête les exportations de viande halal et casher. » [1]. On saluera la fin de l’élevage des animaux pour leurs fourrure. On s’intéressera en particulier à la suspension de l’abattage rituel. Évidemment que l’abattage rituel reste « une monstruosité » au même titre que les « abattages traditionnels ». D’autres utilisent le terme « d’abattage conventionnel ».

En ce qu’il me concerne, je ne fais de différence entre les deux. On constate qu’il y a une volonté de s’attaquer à des minorités : les Juifs et les Musulmans. C’est peut-être une « victoire » pour les welfaristes, mais cela ne changera pas véritablement la condition de l’animal puisque dans sa finalité : il est égorgé et le sang ruisselle dans l’abattoir.

Il y a un travail sérieux qui a été fait dans les différentes revues de sociologie et d’anthropologie ces dernières années sur l’abattage rituel. La droite radicale et l’extrême-droite (à travers les différentes ligues antisémites) depuis le début du XXe siècle se sont emparées de ces sujets pour s’attaquer aux Juifs.

Les différentes lois nazis vers le bien-être animal s’inscrivaient dans ce cadre [2]. Le Casher était considéré comme une barbarie. Dans l’esprit des antisémites surgissait une volonté de démontrer que la véritable nature des Juifs était de la même nature que leur comportement dans l’abattage des animaux.

Dans les années 70, le Halal [3] qu’il faut comprendre par ce qui est « licite » apparaît en même temps que le néolibéralisme et la montée de l’islamisme dans les sociétés islamiques, puis dans les sociétés occidentales [4]. Le Halal soulève les foudres de nombreuses personnalités comme l’héritière d’une multinational du CAC40 tel que Brigitte Bardot ou encore Franz Olivier Giebserg [5]. Pourtant, l’abattage Halal n’est pas si différent que l’abattage dans les campagnes que défendent encore les ruraux, tout comme les carnistes. Il existe une certaine forme d’hypocrisie tant sur la forme que sur le fond.

Lorsque les opposants aux produits Halal argumentent ou réalisent différentes actions clairement racistes, ils ne s’attaquent pas en réalité aux différents labels puisque ces derniers n’ont pas compris qu’ils font le jeu de la prétendu vague de subversion qu’ils condamnent. Le Halal est une tradition née de nul part.

En ce qu’il concerne, les différentes polémiques concernant l’abattage rituel [6], il y a une volonté populiste, démagogique et loin de l’aspect éthique de ceux qui s’intéressent à travers les Animals Studies. La question de la « sentience » de tous les différents animaux semble être mise de côté pour un débat sur l’étourdissement. Dans le même temps, la critique de l’abattage rituel se réalise le plus souvent dans des clichés sans remise en cause du « soi » et du « je ». En effet, une large partie des opposants à l’abattage rituel continue de manger de la viande sous différents labels considérés comme davantage progressiste, mais entre le cahier des charges et la réalité, se trouve le chemin des chaînes, des rails, des égorgements sans deuxième étourdissement, etc.

Le welfarisme reste certes la social-démocratie du mouvement animaliste, mais les raisons utilisées par le PiS ne sont pas véritablement progressistes. Ce welfarisme sert en réalité de caution aux différents mouvements racistes et xénophobes.

[2Arluke Arnold, Sanders Clinton R. Le travail sur la frontière entre les humains et les animaux dans l’Allemagne nazie. In : Politix, vol. 16, n°64, Quatrième trimestre 2003. La question animale, sous la direction de Nicolas Dodier, Pierre-Benoît Joly et Cyril Lemieux. pp. 17-49.

[3En opposition à ce qui considéré comme « Haram », ce qui est illicite et n’est pas autorisé dans l’Islam

[4Nizard Sophie, « Florence Bergeaud-Blackler, Le marché halal ou l’invention d’une tradition. Paris, Éditions du Seuil, 2017, 259 p. », Archives de sciences sociales des religions, 2018/4 (n° 184), p. 199-201. URL : https://www.cairn-int.info/revue-archives-de-sciences-sociales-des-religions-2018-4-page-199.htm

[5Franz-Olivier Giesbert, L’Animal est une Personne, 2014