Le« néospécisme » a-t-il un sens ? E5

, par  Pierre Le Bec , popularité : 0%
Temps de lecture estimé : 5 mn

Certains collectifs utilisent le terme de « néospécisme » pour tenter de caractériser une nouvelle forme de « spécisme ». Or, le « spécisme » existe et le courant du renouveau du spécisme se construit sur le fait qu’au sein du courant spéciste, il existerait des spécistes. Un ensemble peut-il appartenir à un autre ensemble ?

Derrière le « néospécisme » se cache une nouvelle forme du spécisme au sein des antispécistes, il intervient dès lors que l’antispécisme se retrouve dans deux états simultanément à travers le chat de Schrodinger. Dès lors, l’antispécisme se retrouve non plus à être raisonné comme de l’algèbre de Bool, mais comme de la physique quantique. Or, l’antispécisme est un courant philosophique et relève des sciences sociales et non des sciences dures. Nous sommes dès lors confrontés à un paradoxe d’une grande ampleur : définir un antagonisme que se veut être l’antispécisme spécisme que l’on peut traduire comme étant . Dès lors, la synthèse que soulève le « néospécisme » se retrouve confronter à un problème de logique interne.

Le néospécisme a-t-il un sens de nos jours ou est-il en avance sur son propre temps ? Il s’agit d’une question fondamentale puisque tous les êtres sentients ne pourront être libérés de leur cage et la quasi-totalité d’entre eux meurt au moment où nous écrivons ces lignes. Sommes-nous responsables par notre inaction ? Oui, il y a du vrai. Mais la réalité est bien plus cruelle, il faudrait plusieurs planètes pour sauver tous les animaux et cela serait exponentiel d’année en année. Autant dire que la colère qui peut animer certains militants est totalement légitime. Que faire face à cette rengaine qui nous consume de l’intérieur ? Cette question intervient dans le champ méta-philosophique – il est presque impossible d’y répondre. Cette combustion intervient dans le plus profond de sa chaire. Chaque seconde, des milliers d’animaux sont égorgés au quatre coins du monde. Que faire face à une situation révoltante, dont nous sommes impuissants ?

Il y a une certaine hypocrisie puisque nous ne pouvons pas sauver l’ensemble des espèces, mais dans le même temps en sauvant un·e individu·e, nous faisons face à un certain réflexe paternaliste. La bataille ne se situera pas de savoir qui est le plus ou le moins spéciste, mais dans les faits de savoir combien de personnes ont été convaincues et en ricoché le nombre d’individu·e·s qui a été sauvé. La question de « convaincre » s’inscrit comme la « mère » des stratégies pour faire changer progressivement les personnes. Le « néospécisme » est dans les faits une bataille intellectuelle pour les « jusqu’au-boutiste ». Elle est dans les faits une bataille perdue d’avance. Les acharnés de la « libération animale » clame libérer les animaux non-humains, mais si c’est pour qu’il soit confronté à leur « propre sort », cela n’a aucun intérêt.

Le paternalisme est le mal d’une société ne pouvant plus assumer ses conditions. Il existe une vision où la patte de l’Homo Sapiens doit impérativement sauver ce qui n’est pas sauvable. Je sais que je me contredis, mais un changement radical de la société à travers le droit peut permettre de mieux avancer sur la question de l’abolition définitive de la zoophagie. Sauver un animal non-humain sous prétexte qu’il s’agit d’un acte héroïque ne fera pas changer la donne. En face de nous se trouve une mafia et une corporation néofasciste qui n’hésite pas à pratiquer la politique de la terreur par tous les moyens possibles imaginables. Christiane Lambert, éleveuse et patronne de cette corporation que l’on pourrait qualifier de « terroriste » n’hésite pas à vanter les bien fait de la viande et des boucheries. Pourtant, ce discours ne tient que par la répression d’un mouvement social l’empêchant de prendre de l’ampleur. Christiane le sait : sa bataille est perdue sur le long terme. Les guérillas juridiques qu’elle met en place avec les différents pouvoirs permettent de faire taire les opposants à la zoophagie. Un jour dans le futur, elle sera considérée comme l’une de ces exploitrices. Les éleveurs peuvent mettre les incendies ; déverser du purin un peu partout ; n’empêche que ses descendants la jugeront sur pièce dans trois, quatre ou cinq générations. Pendant ce temps-là cette mafia, la mafia du crime organisé continue son bonhomme de chemin comme l’était les propriétaires d’esclaves.

La synthèse que soulève le « néospécisme » se retrouve confronter à un problème de logique interne. Pourtant, le « néospécisme » continue d’être utilisé par les adeptes de l’appel de la nature qui réglera l’ensemble des soucis que pose le spécisme. Or, les libérations animales de certains animaux massivement en les laissant à leurs libres sorts fait intervenir la mécanique redoutable du « Darwinisme ». En effet, la sélection naturelle permettra de savoir qui vivra en fonction de ses capacités d’adaptation à survivre. Or, il y a une proportion infime des animaux non-humains libérés survivront. L’habitat que les exploiteurs leur donne n’étant pas naturel, lorsque les animaux non-humains retrouvent le goût de la liberté, il s’ensuit un taux de mortalité important. Dans le même temps, on peut se poser des questions de fond concernant le fait d’absolument faire des libérations sauvages puisqu’il y aura jamais assez de refuges pour tous les animaux non-humains. Ainsi, « vivre libre ou mourir » prend tout son sens. Faut-il une mort libre et lente. Les animaux non-humains sont livrés à eux-mêmes. Une proportion infime retrouvera la liberté réelle à travers la survie face aux conditions rudes de la nature.

Le RWAS prend son sens dans le sens où il y a manifestement une nature cruelle. Or, il ne s’agit pas de la réduction de la souffrance des animaux sauvages, mais de la réduction de la souffrance des animaux non-humains tout cour. Les animaux qui vivent enfermés dans des cages retrouvent un semblant de bien-être lors de leur libération, mais ce sentiment de bien-être n’est que de courte durée. Puisque face à eux se retrouve une nature indomptable dont ils n’ont pas été préparés à l’avance. Dès lors, il convient naturellement de réduire la souffrance de ces mêmes animaux en les plaçant dans des refuges. Or, une problématique se glisse entre les lignes. Évidemment, cela suggère de réaliser des actions clandestines. Mais en sauvant une dinde et en la plaçant dans un refuge, on envoie un message fort au monde spéciste.

L’appel à la radicalisation devient nécessaire. Mais la radicalisation se doit d’être crescendo et adaptée par rapport à son époque. Il serait totalement hasardeux de croire que l’on va abattre les frontières du spécisme en claquement de doigt. Elle se fera sur plusieurs générations, mais sera comme un tsunami.