Une sortie de crise par la dette publique

, par  Pierre Le Bec , popularité : 0%
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Le monde que nous vivrons dans cette époque post-confinement sera-t-il pire que le monde d’avant le confinement ? On le sait : les capitalistes créent de la dette pour étouffer les travailleurs nécessitant une rigueur budgétaire drastique afin de rééquilibrer les comptes publics. La dette en soi n’est pas mauvaise si elle utilisée dans le cadre d’une augmentation de la productivité, mais aussi pour réaliser des investissements sur la compétitivité des entreprises ou des « grands projets » d’infrastructure. Or, nous ne sommes dans un aucun cas des cas : il s’agit de sauver la faillite du pays et des entreprises. Autrement dit, il s’agit de l’argent balancer par la fenêtre. Il n’y ni investissement productif, compétitif ou encore de « grands projets » comme le « Grand Paris ». On ne peut fonctionner éternellement sur un système qui « nationalise les pertes » et « privatise les profits ». De nombreux éditocrates et politicologues prétendent que le « dogme austéritaire » est en train de voler en éclats. Ils se trompent. Il s’agit de la suspension temporaire. Lorsque la reprise de l’économie se fera : l’austérité reviendra comme si de rien n’était. Puis, les traités européens ne peuvent être modifiés de l’intérieur. La dette publique liée au « coronavirus » ne crée aucune richesse. Puis, il faut réinventer un autre monde. Que se passera-t-il si nous avons une deuxième voir une troisième vague ? Est-ce l’Etat à savoir le contribuable qui va payer le salaire des salariés. Il n’y aura pas d’autres solutions qu’une opération massive visant à licencier les salariés.

Le chômage n’est pas un problème puisqu’il est structurel et conjoncturel. Il est lié à « la crise du COVID-19 » et un ajustement structurel des marchés dans un pays qui se financiarise de plus en plus. L’opération publique visant à payer sur la dette publique les salariés en chômage partiel prendre fin en juin prochain. Que se passera-t-il également pour les trésoreries des entreprises : elles n’auront pas d’autres moyens pour tenir malgré une aggravation de la dette privée à travers un prêt garantie par la République c’est-à-dire par les citoyens. Au moment où les réformes de l’assurance-chômage devaient être mises en place et entrées en vigueur, elles n’ont été que reporter dans le temps. Or, le modèle que semble suivre la France s’accompagne par une montée très rapide du chômage, mais aussi par une baisse plus rapide. Or, les chômeurs doivent être mieux indemnisés. La question du « savoir-faire » des travailleurs doit être mise en valeur. Les futures formations professionnelles devront accroître et perdurer ces connaissances sinon nous allons vers une baisse de la productivité et de la compétitivité à moyen et long terme.

Paradoxalement, les différentes technocraties qui demandent sans cesse des ajustements structurelles à travers une dévaluation interne des économies nationales, une flexibilité du marché du travail, une libéralisation de l’économie, etc. Si la France n’est pas réputée pour être un régime libéral : il convient de souligner que dans l’ADN de notre pays se trouve la question omniprésente de la révolte. De la révolution française, à la révolution de 1848, la Commune de Paris de 1871, le Front Populaire de 1936, le mouvement étudiant et ouvrier de 1968, les manifestations contre le « plan Juppé », etc. La contestation des libéralisations à marches forcée sans l’approbation de la population génère une colère qui ne s’éteint plus. On peut dire qu’une partie de l’âme de la France réside dans la contestation. Pacifier la société réside dans l’autoritarisme. À travers les nouvelles technologies, nous sommes entrés dans le big-data et la cybersurveillance. On peut dire que le futur risque d’être compliqué pour les jeunes générations. Ceux qui n’ont connu aucun de ces mouvements n’ont plus la « mémoire des grands mouvements sociaux ». Il faut dire que notre société à travers les différents éditoriaux et les différents médias peu importe leur format tendent à nous faire accepter progressivement l’inacceptable. La dystopie profonde qui se joue oppose ceux qui sont pragmatiques et matérialistes. La « contre-utopie » réside dans le fait de promouvoir sur la forme un libéralisme-libertaire, mais sur le fond d’installer progressivement un libéralisme autoritaire pas à pas. Le stalinisme voulait imposer le « socialisme par étape ». Le libéralisme d’Emmanuel Macron tend à nous installer un régime liberticide de façon progressive. Ils coupent progressivement les mécanismes de défense de la population contre les lois qu’ils votent au parlement. Les penseurs libéraux auraient sursauté de leurs fauteuils respectifs. Adam Smith aurait critiqué cette société où le libéralisme philosophique est dévoyé pour servir un capitalisme hybride pris en étaux entre l’ultra-libéralisme économique et le néofascisme.

Des personnes comme Viktor Orban, Jair Bolsonaro ou encore Donald Trump intronisent progressivement une pensée dangereuse. Les replis nationalistes et conservateurs sacrifient de façon crescendo les libertés individuelles. Au moment où se tiennent des « manifestations anti-confinement » de l’extrême-droite à travers l’occident sous l’œil du christianisme. On peut se demander si « Dieu » n’est pas mort ? Mais, on peut s’interroger de la façon dont nous regardons le christianisme et les autres religions : le fanatisme et la pensée sceptique au niveau des sciences dures comme la médecine, la physique, la biologie ou encore la chimie. Les sciences sociales permettent de mieux comprendre ce cheminement intellectuel qui pense que la nature immaculée de la « vierge Marie » et de « revenir à la croix » permettra de sauver l’ensemble de l’Humanité. Dans les faits, la pensée libérale qui a poursuivit la « liberté chrétienne » de Jean Calvin se retrouve confronter au prosélitisme d’une autre époque. Il paraît que « Dieu sauve l’Amérique » [1]. Au vu de la montée fulgurante du taux de chômage lié à la crise du « coronavirus » et des différentes mesures ultralibérales, Dieu ne « protège pas », ni même ne « sauve » l’Amérique. Dans une Amérique évangéliste et pentecôtiste, la prédestination de Jean Calvin fait des Etats-Unis d’Amérique une nation où en l’espace de quelque semaine, ce sont plus de 20 millions de chômeurs. Le chômage endémique en période de crise laisse des millions de personnes sur le carreau avec une crise économique. Est-ce que « Dieu » a voulu ce destin pour les Etats-Unis d’Amérique ? Donald Trump se pavanait des deux slogans : « America First » [2] et « Make America Great Again ». Pour l’instant, le néoconservatisme outre-Atlantique peut se définir la politique de Donald Trump comme : « Make America Losing Again » [3]. Pendant ce temps-là, les « Démocrates » réfléchissent à « Green New Deal ». Le néokeynésianisme commence à prendre de l’ampleur dans une Amérique à genou. Pour sauver toute une économie et un « way of life », la relance budgétaire apparaît comme une des solutions nécessaires. L’Amérique de Donald Trump s’effondre. Ses partisans peuvent hurler « Jésus est mon sauveur ». Pour le moment, la pandémie progresse de façon rapide dans une Amérique où la semaine d’hospitalisation coûte environ 70 000 dollars en unité COVID. Du côté du Brésil, la pensée sceptique ravage la population où la contamination tout comme le nombre décès augmente de façon exponentielle. Du côté de la Hongrie, nous avons eu à faire face à un coup d’Etat de Viktor Orban où ce dernier s’est octroyé les « pleins pouvoirs ». Le petit dictateur de l’Union Européenne a mis fin à une « démocratie hybride » pour une « démocrature ». On pourra y voir la façon dont Pétain a reçu les pleins pouvoirs à la fin de la débâcle de la guerre contre le régime nazi. Les conservateurs, dont les ultras se servent de la démocratie comme d’un outil pour prendre le pouvoir. Le problème est que lorsqu’ils sont installés au pouvoir, il est très difficile pour les « démocrates » et « les défenseurs des droits humains » de les déloger. Qu’on se rassure la prise du pouvoir par Viktor Orban de tous les « droits fondamentaux » ne créera pas vraiment de « soubresaut démocratique » au sein de l’Union Européenne, nous assistons exactement à l’inverse.

Pendant ce temps, les partisans d’un « Nouvel Ordre National » se presse à mettre la Nation au cœur des programmes électoraux. La « révolution libérale » génère deux tendances bien distinctes : ceux qui sont partisans d’un repli identitaire et ceux qui sont pour une ouverture de l’économie. Or, la « mise en concurrence » des travailleurs entre eux au sein des différents états ne va dans le sens de l’intérêt de l’Union Européenne. La fragmentation de l’Union Européenne tend à générer une double division : économique entre le Nord et le Sud ; démocratique entre l’Ouest et l’Est. On peut dire que la « crise du COVID-19 » tend à éclaircir les lignes des différentes personnalités politiques, économique et juridiques. Il est temps de choisir son propre camp. Mais ces divisions s’ancre également sur la question du « droit des travailleurs » et de l’ouverture probable des frontières. Ceux qui se présentent comme des « libéraux-libertaires » n’en sont pas vraiment, ce sont des libéraux sur le plan économique, mais sur le plan des libertés individuelles : des adversaires du libéralisme. Pendant que j’écris ces ligne, la Méditerranée est devenue un véritable cimetière à ciel ouvert. La « crise des réfugiés » ne subit aucune trêve. Le président de la République et son ministre de l’Intérieur diminue les libertés individuelles sous prétexte de lutter contre un virus. Or, les « libertés individuelles » ne sont pas à vendre sur l’autel du capitalisme quelque soit sa nature. Au contraire, en période de crise : la défense des « libertés individuelles collectives » devient un enjeu fondamental. Emmanuel Macron peut se targuer avec la chancelière allemande d’un plan de relance budgétaire de 500 Milliards d’euros. Mais il y a une condition : l’austérité. Nous sommes dans une Europe de la finance où la coopération entre les Etats passent en dernier ressort. Si l’Union Européenne veut se fédéraliser ou créer une confédération : elle devra mutualiser les dettes ; revenir sous un contrôle démocratique de la Commission Européenne tout comme de la banque centrale européenne ; créer des lignes directrices qui permettent de donner un espoir. Il ne suffit pas d’aimer l’Union Européenne pour l’aimer réellement. Il faut en finir avec l’hypocrisie dominante.

La dette structurelle créée pour satisfaire les appétits des capitalistes notamment dans les politiques de rigueur budgétaire permet d’entrevoir que pour la France, il y a un risque notable à long terme de voir « la banqueroute », mais aussi d’autres pays. Sur ce sujet, les visions peuvent être pessimistes ou optimistes selon sa philosophie politique. Mais, nous serons d’accord par le fait qu’il faille relancer la croissance pour créer davantage de richesse, mais à condition d’une redistribution équitable au sein de la société. Or, l’Homo Egoïstus ne parvient pas à partager la richesse qu’il a créée. Il s’y accroche tel un « crustacés » à son rocher. Au moment où l’on nous vante « l’émancipation par le travail ». Il viendra certainement un moment où la reprise de ce travail risque particulièrement complexe. En effet, si nous nous ennuyions durant ce confinement, cela ne voudrait pas dire que le « travail rend libre » [4]. Or, nous allons vers une société qui privatise la richesse créée au profit de quelques-uns : l’accumulation du capital dans les mains d’une minorité de personnes se traduit in fine par une augmentation de millionnaires et des milliardaires. Les plus riches en période de crise deviennent plus riches et les plus pauvres deviennent plus pauvres. L’écartèlement ne devient pas soutenable à long terme.

La pensée libertarienne se développe progressivement, mais elle amène son lot de contradiction. Les « ze » se développent sur les réseaux sociaux promouvant un « libéralisme économique » de nature très « agressif ». La mise de ces joueurs de « poker » sur « l’hyper-individualisme » pour sortir du marasme économique se retrouve confronter à une stratégie contradictoire en période de crise. Pablo Servigne a démontré tout comme Kropotkine que la seconde loi la jungle résidait dans la solidarité et l’entraide en période de crise. Nous l’avons vu au plus haut de la période de « la crise du COVID-19 », de nombreux dons ont été réalisés vis-à-vis des hôpitaux publics. Les « libéraux-libertaires » peuvent promouvoir un libertarianisme, mais ce dernier porte en lui une sorte de marasme puisqu’il est face à une opposition factuelle. En effet, les libertariens portent en eux une société contractuelle où la décadence se traduit par le fait que pour que le nouveau contrat social soit respecté, une force doit unir un ensemble hétérogène. De plus, ce courant de pensée vise à « responsabiliser » l’individu, mais se retrouve impossible à se « responsabiliser » sur des questions d’éthiques. Le libertarianisme porte en lui une pensée parfaitement néofascisante. Ils ne veulent pas de « souverainisme », mais militent pour que l’individu soit le souverain de ses choix au sein d’une société ou plutôt dans les sociétés qu’il rencontrera. Cela sent le néoconservatisme à plein nez comme nous l’avons vu ci-dessus. Ces derniers se réjouissent évidemment des mesures puisque cela va dans le bon sens selon eux. L’anarchocapitalisme est la « libre-association des capitaux » alors que « l’anarchisme révolutionnaire » se traduit par la « libre-association des travailleurs ». De facto, si les deux traduisent par une « société sans lois » faisant primer les individus. L’un se traduit par une société faisant l’apologie de l’Homo Egoïstus l’autre s’inscrit dans une société d’ordre l’entraide sont des enjeux fondamentaux. Les travailleurs dans une société anarchiste seront émancipés alors que dans une société libertarienne, les travailleurs continueront d’être exploités, mais de manière plus féroce.

Les « libéraux-libertaires » comme les « libéraux-conservateurs » sont en train de fabriquer de la dette inutile. De façon hypocrite, ils demandent aux citoyens de la rembourser dans le temps au moment venu. Toutefois, il y a un problème fondamental en terme de démocratie. Le « grand emprunt national » pour relancer la croissance aura dû être soumis à un projet de loi et non par ordonnance ou encore par voix référendaire. Si les « libéraux » se targuent de construire un raisonnement sur le fait que la dette publique qu’ils créent seront rembourser par nos enfants et nos petits-enfants, ils n’hésitent pas en produire sans que nous ayons un moyen de contrôle efficace sur cette dernière. Sauver le bateau qui coule ne permettra pas d’éviter le naufrage. Le Titanic des « libéraux » sombrera dans un océan de dette qu’ils auront eux-mêmes créés au fil des années.

Quid du spécisme ? Cette question peut paraître passer en deuxième ressort. Pourtant, la question dont la société traite les animaux non-humains reste totalement mise de côté. N’est-ce pas les « libéraux-libertaires » et « libéraux-conservateurs » qui se plaignent aux Etats-Unis d’Amérique de la fermeture des abattoirs, d’une série de cas de contamination en France que les animaux ne peuvent plus être abattus dans des conditions sanitaires corrects. L’exploitation du vivant par la « caste capitaliste » ne peut perdurer où nous irons droit dans le mur de façon collective.

[1L’un des slogans des Etats-Unis d’Amérique est « God bless America ».

[2On pourrait traduire par l’Amérique d’Abord.

[3Il s’agit de la traduction de : Faisons perdre l’Amérique encore.

[4La devise nazie des camps de concentration a été largement reprise par les libéraux économiques pour promouvoir le travail comme seule source d’émancipation. Cette idéologie a été notamment remise au goût du jour sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

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