Un regard croisé sur la cause animale

Dans le futur, nous marcherons sur la dette

vendredi 22 mai 2020 par Pierre Le Bec

Nous attendons une seconde vague hypothétique selon certains scientifiques. C’est un moment redoutable puisque le confinement pourrait être reporté. Nous en avons bavé, nous ne sommes pas prêt à donner une partie de notre liberté contre un ennemi invisible et meurtrier.

Nous vivons dans une société parfaitement anxiogène. Le fait qu’une partie des différents médias principaux soient détenus par les capitalistes amplifient ce phénomène. Nous sommes l’un des pays à consommer le plus d’antidépresseur et d’anxiolytique. La population est malade du capitalisme. Or, on ne peut continuer avec un système rendant l’individu patraque au point qu’il est obligé de se soigner pour se rendre plus performant. Cette société façon Walking Dead ne peut perdurer dans l’infini. À un moment donné, elle se crache en plein vol.

Nous sommes dans une triple crise : la crise sanitaire cache deux crises, l’une étant la crise économique qui était prévue pour la fin 2020 et l’autre réside dans la crise du réchauffement climatique. Il y aura bel et bien une deuxième vague, mais peut-être pas dans le sens que nous pensions. Si certains épidémiologistes mettent en avant cela, la vague pourra prendre une autre forme. En effet, l’abstraction de la crise sanitaire met en avant une récession d’une ampleur comparable à celle de 1929. Le PIB s’est effondré de 8 à 9 % actuellement, et même selon les prévisions de plus de 15 % au second trimestre. S’il ne faut pas raisonner qu’en terme d’accroissement de richesse, le confinement lié à la consommation de produit carné a provoqué la plus grande destruction de richesse. Alors que les mesures d’Emmanuel Macron commençaient doucement à produire des effets sur le plan structurel de l’économie. Les efforts demandés à la population n’auront visiblement servi à rien. Pire, il s’agit de ce mécanisme qui produit l’accélération de la récession.

La question réside dans le questionnement de l’effondrement de l’Union Européenne à travers une autre crise. Elle risque de faire son apparition : une crise généralisée des dettes souveraines pour l’ensemble des États. Dans le monde dans lequel nous vivons pour être pragmatique, on ne peut éternellement sous le poids de la dette. Elle étouffe les différents États jusqu’à l’os. De même, nous sommes obligés de la rembourser avec des taux d’intérêt qui risque de s’envoler dans les prochains mois et les prochaines années plombant les budgets nationaux creusant ainsi les déficits et obligeant les différents dirigeants à mettre en place des politiques d’austérité pour arriver à soutenabilité de la dette publique. Toutefois, le monde dans lequel nous vivons est rempli de paradoxe.

La « société du spectacle » de Guy Debord affirmait que « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ». Un plan de relance keynésien est en train de voir le jour à l’échelle européenne. Il sera financé sur la dette publique. La dette française va dépasser les 115 - 116 % du PIB au moins à la fin de l’année si ce n’est pas plus. Le dogme de la règle d’or s’est éparpillé façon puzzle. On nous a vantés que les déficits étaient quelque chose de mauvais pendant des années. Face à la pression des différents Etats, la règle d’or semble être suspendu momentanément. Même si, Valdis Dombrovskis, le bras droit de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen déclare que le « Le pacte de stabilité n’est pas suspendu. Une fois que la relance aura démarré, l’accent sera mis sur le retour aux positions budgétaires prudentes et à une dette soutenable ». Les lignes sont en train de bouger à Bruxelles et à Francfort. Mais on n’aura pas le communisme pour demain.

Il faut se rappeler de la gestion de la dernière par le président Nicolas Sarkozy, l’endettement public s’est soldé par une politique austéritaire de grande ampleur. Il faut s’attendre à ce que le monde dans lequel nous vivons à l’avenir soit plus difficile et plus cruel que le monde actuel. La France risque d’être un nouveau laboratoire des politiques de rigueur budgétaire. Emmanuel Macron risque de se transformer dans un François Fillon avec comme obsession de rembourser la dette publique, mais aussi de mettre en place une logique de libéralisation de la société. Le plan de relance keynésien, lorsqu’il n’est pas pratiqué par des keynésiens, se transforme en véritable cauchemar. Keynes pensait que la dette publique était nécessaire pour faire redémarrer une économie. Au vu de la crise qui se profile, ce n’est pas un simple plan de relance qui permettra de refaire démarrer une économie faiblarde. L’Union Européenne trouve des solutions rapide à court terme, mais elles ne sont pas soutenables dans le dogme libéral.

La dette publique doit servir l’investissement public et notamment productif. L’investissement des entreprises est la clef pour sortir de ce marasme. Plusieurs idées s’opposent pour relancer l’investissement des entreprises. Hoover disait que « la reprise est au coin de la rue » . Le « laisser-faire » du libéralisme, parviendra-t-il à résoudre la crise économique, sociale et climatique que nous allons vivre ? Pour ma part, je pense qu’il s’agit d’un chiffon bleu agité dans le cadre d’une reprise économique par « la politique de l’offre ». « La politique de la demande » à l’aube de la plus grande crise du XXIème siècle si elle est amenée jusqu’au bout peut rebattre les cases de l’échiquier politique en renforçant l’Etat en tant que gardien de l’économie, mais aussi de renforcer les droits des travailleurs à l’inverse des différentes propositions des politicologues et éditorialistes. On nous demande de « travailler toujours plus », mais « pour gagner autant ». Les politicologues nous lancent des idées dans une logique de promotion de la révolution libérale. Nous sommes devenus des spectateurs de notre propre destin. La responsabilité individuelle tant vantée par les néolibéraux a laissé place à la « nationalisation des pertes et la privatisation des profits ». Nous entrons dans une société parfaitement décadente. Alors qu’il va manquer du travail pour des centaines de milliers de personnes, on nous demande de prendre le travail de ceux qui n’en n’ont plus ou qui n’en n’auront pas.

Le recul des libertés fondamentales sous prétexte qu’elles sont nécessaires dans cette période de crise nous conduit finalement à un renforcement du virage autoritaire de la part du parti présidentialiste. Il semble nécessaire de voir que les différentes ordonnances concernant la codification de l’état d’urgence dans le droit commun ne vont pas dans le sens de la défense des libertés de tous. Lorsque la liberté est placée sous l’autel des marchés, le virage n’est pas libertaire, mais plutôt entaché de néonconservatisme.

Nous sommes en train de nous noyer. Le modèle de pensée que les puissants de ce monde, c’est-à-dire les capitalistes pensaient être, s’écroule. Si nous ne possédons pas de radeau, nous risquons de couler dans le raz-de-marée. Sauf que les dégâts provoqués par ce dernier ne seront pas nuls. Dans le futur, nous marcherons sur la dette.