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Les enjeux de la journée du 22 mars 2018

jeudi 22 mars 2018, par Pierre Le Bec

Le gouvernement à travers ses ministres nous répète qu’il a été élu pour mettre en place un programme de « réformes structurelles » de la société. L’élection lui donne, selon lui, tous les droit quitte à piétiner les droits sociaux les plus fondamentaux.

La version d’Emmanuel Macron de la lutte des classes se fait sous le signe de la violence et de l’autoritarisme

Les attaques répétées sur les travailleurs ont abouti à une grève sans précédente. Le « monde du travail » tend à démontrer sa détermination face au « monde du capital ». La lutte des classes ne reste pas une abstraction ou d’une théorie quelconque. Elle est le processus historique d’interaction entre différentes classes sociales, dont les enjeux restent diamétralement opposés.

Les classes moyennes subissent d’une certaine manière cette lutte, mais elle est tiraillée entre les classes populaires et les classes aisées, ce qui en fait une classe hétérogène, dont les marqueurs restent particulièrement flous. Une chose est certaine, elle se bat contre les classes populaires, mais aussi contre la classe dominante. Cet imbroglio s’ajoute à une « révolution néoconservatrice » pratiquant ouvertement la lutte des classes, mais d’un point de vue « néoclassique ». La théorie du ruissellement en est une traduction profonde. Le pouvoir d’achat des classes les plus aisées augmente de manière exponentielle, auquel s’ajoute la transformation de « l’impôt sur la fortune » et la « flat tax » (taxe à taux unique), tandis que les plus démunis voient leur pouvoir d’achat augmenter de manière marginale à travers la baisse des cotisations sociales c’est-à-dire la baisse du salaire différé. Mais, en aucun cas, le salaire brut augmente. Bien au contraire, celui-ci est prévu pour qu’il soit le plus souple et le plus possible afin que celui-ci soit soumis à une stagnation profonde. Compte tenu de ces paramètres, de la hausse de l’inflation, on en déduit facilement que les hausses marginales du pouvoir d’achat sont rognés par l’inflation. Autrement dit, le pouvoir d’achat des classes populaires n’augmentent jamais et tend même à diminuer.

La méthode d’Emmanuel Macron traduit également cet esprit de lutte des classes. Les ordonnance se font dans une rigueur très profonde et dans une violence sans nom lorsqu’il s’agit de s’attaquer frontalement au « monde du travail ». Cet autoritarisme propre au libéralisme met en évidence une certaine crainte du pouvoir vis-à-vis des questions qui concernent la société. Sous le signe des « privilèges », Emmanuel Macron et « sa clique » tendent à abaisser l’ensemble des travailleurs vers le bas. La « moins-disance » sociale met en évidence le choix d’une société où la « paupérisation » des droits est exaltée au nom d’une « égalité des chances » et d’une « méritocratie illusoire ». Les deux phénomènes sont issus du pétainisme [1] et de la version classique du libéralisme poussent les salariés dans un retranchement et à partir à l’assaut des ordonnances.

Le 22 Mars : le pouvoir teste la capacité de l’opposition à s’organiser et à se mobiliser

Le pouvoir semble être en roue libre et plus rien ne l’arrête. Le bulldozer du parti « La République en Marche » (LREM) écrase les droits sociaux les uns après les autres sans trouver sur son chemin une opposition digne et à la hauteur des enjeux actuels.

Il avait fait sortir les forces de l’ordre pour la Loi Travail XXL. Les mobilisations furent vite réprimées sous le nuage des lacrymogènes et des grenades de désencerclement. « Il n’y a rien à voir selon le pouvoir, vous pouvez circuler et cela rapidement » disent les forces de l’ordre quitte à frapper les journalistes et « l’esprit Charlie ».

Le point de rupture est atteint, les travailleurs ont encaissé des coups sans répondre sous prétexte d’un dialogue social entre les partenaires sociaux. Or, il ne s’agit pas de discussions tripartites, mais des entretiens entre le gouvernement et chaque syndicat (patronaux et salariés). Autrement dit, il n’y a pas de dialogue social, mais des discussions où le sort est déjà scellé. L’enrobage des mesures avec le « dialogue social » tend à euphémiser la nature des mesures que prend le gouvernement. Discuter de manière factuelle n’est pas un dialogue où les idées sont disputées et parfois des compromis se trouvent. Pour le gouvernement, imposer une marque de fabrique pour détourner le sens des mots afin de créer un certain « vernis social » et des « accords » illusoires entre les différentes parties, alors qu’il s’agit du projet du gouvernement, et que les discussions se résument à une perte de temps.

Le sort du projet de loi sous la forme d’une ordonnance est déjà acté. Les syndicats donnent des solutions, mais cela se résume à jeter des feuilles contre un mur : elles rebondissent. Autrement dit, il s’agit d’une discussion de sourd n’utilisant pas le même langage. Cela se résume à une perte de temps. Le « vernis social » se dissout facilement avec un dissolvant comme le « vernis à ongles ». Il peut-être très bien posé par des professionnels de la politique ou des esthéticiennes diplômées, mais cela n’est qu’un enrobage destiné à embellir le projet ou la personne, sans changer le contenu. Il s’agit d’une perte de temps incroyable pour le gouvernement. Le « paraître » et « les bonnes manières » permettent de faire passer des projets en force, et cela, d’une manière inouïe.

L’ensemble du « vernis social » sert à briser l’ensemble de l’opposition et à briser les luttes . Le contexte de la crise sociale se résume par fractionner les luttes et tenter d’amener un cadre de langage faisant passer les droits des uns pour des privilèges. Nous ne sommes plus en monarchie, mais le « Roi Macron Ier » se représente la République comme une Monarchie.

En période de crise, ceux qui ont plus de droits sont vus comme des privilégiés, alors que dans le cadre de l’exemple des cheminots, la sécurité du rail dépend de leur statut.

Le jour où le statut est supprimé avec une rémunération au « mérite illusoire », alors la sécurité du rail se retrouvera diminuée, puisque la sécurité du statut de cheminot permet jusqu’ici au cheminot de refuser les ordres de son supérieur. Le nouveau statut ne lui permettra pas de refuser. Le supérieur aura toujours raison. Le « privilège » de dire « non » sans être inquiété d’un licenciement interroge de nombreuses personnes. Le cheminot est le premier à connaître ce qui est bon en matière de sécurité ou pas, à l’instar des commentateurs de télévision et des polémistes de bas-étage.

Le cheminot est le premier à travailler par tout type de temps y compris sous la neige, le vent et la pluie. La sécurité permet la ponctualité, l’insécurité comme chez nos voisins britanniques se traduit par des retards, des accidents très nombreux, dont des déraillements mortels.

Le pouvoir teste l’opposition pour savoir jusqu’où il peut aller sans être inquiété. Mais, la rue peut répondre notamment à l’approche de l’anniversaire des 50 ans du mouvement ouvriers et étudiants de Mai 68. La « France en marche » risque fort d’atterrir violemment sur le tarmac voir d’exploser en plein vol. Le vote Macron peut-être considéré à celui d’une bulle spéculative. Au bout d’un moment, la bulle explose.

Notes

[1N’est-ce pas un hasard si Emmanuel Macron à travers le CSE essaye de remettre en marche le processus des corporations ?

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