Un regard croisé sur la cause animale

La « Shoah des Animaux » a-t-elle un sens ?

E8
samedi 16 mai 2020 par Caroline Fouchard, Jean Edouard

Pour commencer cette partie, il convient de dire que tous les arguments relativistes concernant l’holocauste sont caducs et appartiennent à la tradition révisionniste et négationniste. Le risque d’une telle dérive est omniprésent. D’autant que le « point Godwin » suggère dans le fond un antisémitisme sous-jacent. La lutte animaliste serait dans une contradiction importante si elle se laissait emporter par la haine d’autrui.

Alors, peut-on utiliser un « point Godwin » sans qu’il soit nécessairement traduit comme tel aux yeux de la population ? L’objectif s’inscrit dans le fait de convaincre. Vouloir la polémique pour créer un débat n’est pas sans élaborer une approche beaucoup plus radical dans le sens de la « racine ». Toutefois, il se pose la question de trouver une vision pragmatique. L’absolutisme d’une idée au dépens d’une autre à savoir « le spécisme ». L’une promeut l’égalité entre tous les individu·e·s, l’autre les hiérarchise selon des critères tombant à proprement dit dans l’exploitation des uns par les autres. Cet ordonnancement des individu·e·s selon le critère de l’espèce permet d’affirmer qu’il y a une pratique dangereuse.

Le langage est un outil politique, il convient de l’utiliser, de l’enrichir et de créer des néologismes lorsqu’il existe un vide sémantique. Le langage s’inscrit dans un combat quotidien, mais il définit aussi les idées et les concepts de l’individu·e. L’avant-garde animaliste aura toujours tendance à bousculer les différents codes et concepts, mais à quel prix ? La rupture didactique de l’animalisme risque également de créer une novlangue. Or, la langue française est assez riche comme elle est pour ne pas entrer dans le barbarisme intellectuel. Le développement sans cesse du barbarisme risque à terme de développer une dialectique propre à un certain courant de l’animalisme au risque de le voir renfermer sur lui-même au lieu de s’ouvrir aux autres.

La dialectique concentrationnaire fait référence in extenso au nazisme. Si cette idéologie mortifère dresse les poils de nombreuses personnes, l’approche complémentaire du spécisme au nazisme et plus largement au fascisme que l’on pourrait décrire comme anthropocentré, l’Humanopolis se traduit par une société où les individu·e·s non-humains n’ont pas le droit de cité et sont considéré·e·s comme des individu·e·s de seconde voir de troisième zone. L’Etat s’arrange un droit quasiment total sur ces derniers de vie et de mort. Derrière cette société se cache inlassablement des bourreaux et tortionnaires. Dans les élevages (leur taille importe peu), la métaphore du camp du concentration renvoie les éleveurs au rôle de kapos.

Nous faisons une approche rationnelle basée sur des éléments de comparaison. La Shoah signifie en Hébreux : la catastrophe. Nous pouvons scientifiquement considérer que le massacre actuel et ambiant des animaux non-humains constitue une « catastrophe » pour l’avenir des animaux. Au-delà de l’eugénisme pratiqué pour augmenter le rendement afin de satisfaire les profits des capitalistes [1]. Loin du système actuel, le néocorporatisme des différents syndicats agricoles nous démontre la démarche de rompre avec la tradition républicaine. De plus, les agriculteurs sont de plus en plus tentés par le vote d’extrême-droite entraînant un ancrage dans la tradition lepéniste et ultralibéral. L’État-Policier dont ils se réclament va dans le sens d’un État fort, mais libéralisé à l’extrême.

Comment construire un système de comparaison fondé sur l’approche rationnel ? Notre avis s’inscrit dans le fait de conjuguer une comparaison basée non pas sur la Shoah ou bien les autres génocides, mais sur l’approche d’aller au-delà de l’extermination. Il faudra sans doute créer un article sur un autre néologisme qui s’inscrit dans ce corpus sémantique comme « Zooholocauste », « Naixtermination », etc. Si tous les collectifs n’usent pas du corpus concentrationnaire, d’autres en font une marque de fabrique pour rappeler qu’il y a un Eternel Treblinka qui se réalise dans un assourdissement de la majorité des individu·e·s vis-à-vis des animaux non-humains. Le « point Godwin » se doit d’être utilisé à bon escient, non pas pour montrer que la personne l’utilise est en bout de course au niveau des arguments, mais qu’elle réalise une comparaison entre deux situations historiques se ressemblant et de ce fait peuvent être comparables. L’art réside dans l’ancrage de la comparaison et non dans le « point Godwin ».

[1Le patronat allemand a largement soutenu le régime nazi soit sous un apport direct au parti nazi, soit à travers les différentes commandes de l’appareil nazi.