Extrait n°2 du Livre Chapitre III : La révolution végétale

, par  Jean Edouard , popularité : 0%
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Durant la crise que traverse le capitalisme, il convient de souligner que l’impact de l’élevage et du transport de l’élevage s’avère être la première cause du réchauffement climatique devant toutes les différentes industries. Il n’y a guère d’alternative à affirmer que nous devons orchestrer une transition végétale. Dans cette dernière, il y a manifestement une volonté de passer d’une société où l’animal est considéré comme une machine à une société où l’animal possède des « droits de bases » pour ne pas dire fondamentaux.

Il s’avère qu’il y a manifestement une contradiction qui se porte sur notre société. On ne cesse pas de mettre en avant la question du progrès, mais nous assistons à une grande régression depuis près de quarante ans. La période qui a ouvert le néolibéralisme comme philosophie d’émancipation a en réalité poussé vers une série de crises à répétition. Or, nous sommes entrés dans une crise majeure qui est celle de la « crise démocratique », mais surtout de la « crise écologique ». L’anthropocène apparaît comme une évidence comme nous l’avons décrit plus haut.

La crise écologique va de même avec la crise sanitaire notamment avec le COVID-19. Cette pandémie d’une grande ampleur a semé le chaos parmi les différents États-nations entraînant des mesures extraordinaires ralentissant l’économie.

Nous analyserons dans un premier temps le néo-écologisme, puis la transition animaliste végétale et enfin la nécessité de mettre un Green New Deal.

Le néo-écologisme

Le néo-écologisme s’ancre profondément dans la question du « droit des animaux ». Toutefois, il semble nécessaire de faire attention au suffixe « néo » puisque nous avons dans l’Histoire que lorsque celui-ci est ajouté à un « radical », il y a de façon irrémédiable une tentation conservatrice et réactionnaire. Par exemple, nous avons : le néolibéralisme, le néosocialisme, le néoconservatisme, etc.

Il faut comprendre que l’écologie se targue de transformer l’ensemble de la société. Mais, cette société ne sera être transformée sans prendre en considération les différentes questions animales. De plus, nous l’avons évoqué à plusieurs reprises, les différents élevages émettent une proportion de GES assez flagrantes. Or, l’écologie actuelle ne prend pas en compte les différents éléments du réchauffement climatique sans qu’elle ne s’attaque à l’élevage. Dès lors, il convient de renouveler la question et les différentes problématiques écologistes. Tant que les « populations occidentales » et les pays émergents continueront de manger de la chaire animale alors il y a manifestement une vision politique qui se résumera à une « écologie de pacotille ».

L’écologie comme tous les différents courants à ses différents courants internes : écologie libérale (Greenwashing), l’écologie pragmatique, l’écologie marxiste, l’écologie radicale, etc. Le renouveau de l’écologie passe également par l’appellation d’un nouveau courant au sein de l’écologie. Le néo-écologisme s’inscrit dans la prise en considération des animaux non-humains en tant qu’être sentient, mais aussi en tant qu’individus émettant une grande partie des GES, mais aussi poursuit la déforestation.

Le néo-écologisme se veut être le courant qui permettra de fédérer l’ensemble des courants écologistes actuels sous la bannière de la baisse des GES. Or pour baisser drastiquement les GES, il n’y a pas des solutions anodines. Cela nécessite des propositions radicales. Les solutions les plus claires résident dans l’abolition de l’élevage. En effet, il faut revenir aux sources même des différentes émissions des GES.

Dans le même temps, nous sommes confrontés à des climatosceptiques. Le terme est d’ailleurs mal-employé puisque ceux ne sont pas des sceptiques, mais des révisionnistes vis-à-vis de la Science. À un moment donné, il s’avère qu’il y a risque de voir les tenants du pouvoir d’intégrer une dose de révisionnisme. Or, le révisionnisme se doit d’être constructif et non-basé sur une remise en question d’une « doctrine » pour aller vers des courants dangereux qui frisent avec l’extrémisme. On l’a vu à différente reprise avec le président des États-Unis d’Amérique (Donald Trump) affirmer qu’il n’y a eu qu’un ouragan en catégorie 5 alors qu’il y en a déjà eu de nombreux à frapper les États-Unis d’Amérique sous son mandat.

Le néo-écologisme s’inscrit dans une vision de redonner un élément animaliste à l’écologie tel qu’elle est construite actuellement. La Révolution Végétale en cours s’inscrit dans un continuum de l’écologie actuelle.

Une transition écologique animaliste

Les crises écologiques que nous subissons les unes après les autres nous rappellent que nous avons perdu totalement la maîtrise sur la nature. Les différents appels de la nature se font de plus en plus pesant notamment chez les sceptiques. Les phénomènes climatiques deviennent de plus en plus intenses. Dès lors, il y a une certaine forme de distinction à réaliser entre ce qui est naturel et ce qui est amplifié par l’être humain et l’élevage. Les « droits naturels » sont et seront toujours un attachement pour les sociétés conservatrices comme un socle pour les « droits de base ». Pourtant, dans ces mêmes droits, il y a un « appel à la nature » de façon très évidente.

Il convient de souligner que la « végétalisation du monde » commence en premier lieu dans notre assiette. Il y a manifestement une conséquence importante puisque lorsque nous ingurgitons un aliment, il y a un caractère très intime entre aliment et le « moi ». Manger poursuit un parcours personnel. Or, il convient de souligner que l’alimentation relève d’une manière ou d’une autre d’une façon de vivre que l’on hérite progressivement de nos parents, mais aussi de la société et des différentes communautés dans lesquels nous vivons que cela soit la ville, la région ou même le pays. La viande ou encore le fromage fait partie intégrante de la culture culinaire française. Le frein qui se pose réside encore une fois dans un élan conservateur. L’Homo Sapiens a la capacité de s’adapter à chaque nouvelle situation. Or, il convient de situer que justement il y a un risque important que la « révolution conservatrice » emporte avec elle « l’Humanité » si elle n’est pas capable de relever les grands enjeux de ces dix prochaines années. Il ne s’agit pas de s’emporter dans une voix que l’on pourrait considérer comme apocalyptique puisque l’apocalypse est déjà présente dans certaines régions du globe.

La « révolution végétale » apparaît comme une utopie dans un monde où la dystopie règne en maître-mot. Il y a une logique qui défit la raison. Nous sommes dans une société irrationnelle. La raison a perdu son savoir. Il convient de souligner que le monde dans lequel nous vivons au travers de la croissance sans cesse infinie découle d’une logique productiviste. Or, la « transition écologique n’est pas compatible avec le modèle de production actuel, tout comme le mode de consommation. Il y a par ailleurs une véritable chimère qui creuse sa tombe. Les différents incendies catastrophiques en Australie, en Amazonie et en Afrique centrale ont démontré que le modèle agricole aujourd’hui s’inscrit dans une logique comparable au serpent qui se mord la queue. En effet, en s’attaquant aux différents poumons de la planète, nous sommes dans une logique où seule une « transition végétale » mettra fin à ces pratiques d’une autre époque. Dans la décennie qui suit, il faudra démontrer que nous avons passé le cap d’une certaine maturité.

Il convient de souligner que la vision néolibérale n’est pas compatible avec la « révolution végétale ». Son courant de prédiction à savoir le véganisme comme nous le verrons plus loin ne porte pas en lui les aspirations d’une « révolution végétale ». La « végétalisation du monde » s’enracine et s’ancre dans un changement individuel et collectif. Dès lors, l’individualisme ne peut primer comme la matière principale d’un changement sociétal majeur. Il convient de souligner qu’il y a une vision particulière et profonde. Il s’agit d’un changement global. On peut se poser des questions sur la notion même de ce que peut représenter l’individualisme philosophique.

Dans De la liberté [1], John Stuart Mill évoque une vision où l’individualité est mise au-devant de la scène, mais dans une certaine mesure où ce dernier ne nuit point aux autres. Il affirme entre autres que ce « qui ne concerne que lui, son indépendance est, de droit, absolue. Sur lui-même, sur son corps et son esprit, l’individu est souverain » [2]. Il convient de souligner que celui affirme également que « chaque époque ayant professé nombre d’opinions que les époques suivantes ont estimées non seulement fausses, mais aussi absurdes. De même il est certain que nombre d’opinions aujourd’hui seront rejetées par les époques futures, comme l’époque actuelle rejette nombre d’opinions autrefois répandues » [3]. Dès lors, la société spéciste et productiviste dans laquelle nous sommes sera considérées comme la même vision que l’esclavage d’hier. Les animaux non-humains qui sont élevés peuvent à juste titre être considérés comme des « zoo-esclaves ». L’Homo Sapiens du futur sera en mesure de comprendre que le lien entre l’esclavage et l’élevage.

Le contrat dans l’Humanopolis entre les animaux non-humains et les êtres humains doit tendre vers la Zoopolis. En effet, les individus doivent prendre en compte la question : la théorie du contrat. Jean-Jacques Rousseau disait que « « Trouver une forme dʼassociation qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, & par laquelle chacun sʼunissant à tous, nʼobéisse pourtant quʼà lui-même et reste aussi libre quʼauparavant ? » Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution » [4].

La problématique réside également dans la clef du bonheur. Or pour les animaux non-humains :

C’est ce dont étaient pleinement conscients les philosophes qui ont enseigné que le bonheur est le but de la vie, de même que ceux qui les persiflaient. Le bonheur dont ils parlent n’est pas une vie d’extase mais seulement certains moments de cette nature dans une existence faite de quelques souffrances passagères et de plaisirs nombreux et variés, avec une nette prédominance de l’actif sur le passif, sachant que la base de tout cela est qu’il ne faut pas attendre de la vie plus qu’elle ne peut donner. [5]

Le socialisme libéral intervient dans une large mesure où il est considéré par certains comme étant un caractère révolutionnaire [6]. Or, dans une large mesure où la « révolution libérale » s’installe progressivement dans chaque recoin de la société, on peut dire d’une certaine manière que l’écologisme tel que je le conçois ne peut être compatible avec ce genre de procédé.

Il faut un individualisme sinon, nous sombrons dans le totalitarisme comme nous le verrons plus tard. Or, les partisans de l’individualisme font primer l’individu sur la collectivité avec des thèses allant jusqu’au libertarianisme. La position utilitariste dès le XIXème siècle s’est inscrite de façon très manifeste dans la « maximisation du bonheur ». Le bonheur dans nos sociétés occidentales qui se libéralisent par moments à contre-courant de ce que souhaite la majorité de la population va de pair avec cette notion autoritaire qui se diffuse lentement en Occident. Dès lors, la « maximisation du bonheur des individus » ne doit pas primer sur la « maximisation du bonheur de la société ».

L’Homo Egoïstus s’inscrit pleinement dans cette dynamique puisque dans les faits, il s’avère qu’il est incapable de réaliser une « transition écologique ». La solidarité devient la pierre angulaire de toutes les sociétés puisque dans cette dernière, est formée sur la notion même de l’impôt. Or, il s’avère que la dialectique néolibérale tend à considérer l’impôt comme une charge et un vol pour reprendre les différentes thèses de Spooner [7].

[1John Stuart Mill, De la liberté (1859), trad. Laurence Langlet, Paris, Gallimard, coll. Folio Essais, 1990

[2Ibid., p. 75

[3Ibid., p. 87

[4Jean-Jacques Rousseau, CONTRAT SOCIAL, OU PRINCIPES DU DROIT POLITIQUE, in Collection complète des oeuvres, Genève, 1780-1789, vol. 1, in-4°.

[5John Stuart Mill, L’utilitarisme, 1871.

[6Carlos Gonzalez-Palacios, « Les paradoxes d’une prétendue révolution sociale », La Revue des droits de l’homme [En ligne], 5 | 2014, mis en ligne le 26 mai 2014, consulté le 10 mars 2020. URL : http://journals.openedition.org/revdh/722 ; DOI : https://doi.org/10.4000/revdh.722

[7Lysander Spooner, Outrage à chefs d’État, Les Belles Lettres, Iconoclastes 3, 1991