Un regard croisé sur la cause animale

Le langage est éminemment politique

E2
lundi 20 janvier 2020 par Pierre Le Bec

La langue que nous utilisons dans notre pays reste le français. Pourtant, la sémantique suit la logique d’une bataille des mots et des expressions. Dans toutes les luttes, des mots en prennent pour leur grade. La question n’est pas tellement « le mot » ou « groupe de mots » que nous utilisons, mais le sens que nous lui donnons. La bataille des idées s’inscrit dans l’utilisation d’un certain « vocable » que nous lui donnons. À partir du moment où nous écrivons certaine expression ou quelques mots dans une conversation alors il s’avère que le choix des mots résume notre pensée politique.

Le monde du travail

Cela peut paraître anodin, mais prenons un exemple à propos du monde du travail. Il existe un débat dans l’aspect mélioratif et péjoratif des différents prélèvements de l’État sur la question du travail. Les conservateurs et les libéraux ont tendance à utiliser un langage péjoratif alors que les progressistes utilisent un langage mélioratif. Les premiers parlent de « charges sociales » alors que les autres l’assimilent à des « cotisations sociales ». Si sémantiquement cela se révèle être à peu près la même chose, dans les lignes, les connotations diffèrent énormément.

Les bourgeois affirment entre autres à travers l’utilisation du terme « charge ». Ils affirment qu’il y a entre autre une oppression sur le « travailleur » comme sur « l’employeur » ou l’entreprise et que cela les pénalise. En d’autres termes, il semble tout à fait cohérent pour ces derniers d’inscrire une vision pour dégraisser l’État. De façon insidieuse, celui qui affirme que les différents prélèvements sont des « charges » se positionne du côté des différentes politiques d’austérité.

Les seconds ont plutôt intérêt à utiliser le terme de « cotisations sociales », cela permet de souligner derrière cette simple apparence qu’il s’agit d’une « cotisation » c’est-à-dire une somme versée d’une certaine manière sous l’idée de la solidarité. Dans les faits, il s’avère qu’il y a une solidarité entre les travailleurs et les patrons pour arriver à un système où chacun contribue selon ses moyens afin d’avoir accès à une certaine assurance qu’elle concerne la maladie, le chômage ou encore les retraites. Celle-ci est mutualisée dans l’idée même de la fraternité à la Française. L’idée qui se retrouve sous le signe de la « cotisation » s’avère être l’idée de nationalisation d’un système ou encore d’un système autogéré par les travailleurs eux-mêmes.

La dialectique chez les antispécistes

Dans l’antispécisme, cet aspect sémantique et dialectique s’inscrit dans un large épouvantail. La question même de notre approche pousse de nombreuses personnes à emprunter le chemin des différents néologismes. Il y a une pleine satisfaction dans la logique qui se construit à travers ces dernières par les personnes qui les utilisent. Cependant, les néologismes s’inscrivent dans une bataille assez frontale vis-à-vis des carnistes. Pour qu’une « expression » ou un « groupe de mots » puisse progresser au sein d’une population, il semble évident qu’il soit nécessaire qu’il trouve un large consensus au sein du camp qui l’utilise.

Pourtant, il y a de nombreux collectifs qui utilisent les néologismes de façon régulière et inlassablement au point de noyer le poisson sans que cela fasse consensus. Dès lors, la bataille des idées se retrouve non plus contre les carnistes, mais au sein de son propre camp afin de trouver une certaine hégémonie. Il y a également d’une certaine manière à créer une certaine forme d’intelligentsia ou d’élite au sein d’une mouvance pouvant amener certains à une forme de sectarisme beaucoup plus évoluée.

Pourtant, lorsque nous formulons des idées ou des théories, nous nous plaçons de façon évidente dans un certain champ lexical. La sémantique et la sémiologie nous permettent de rester dans un cadre pour satisfaire les différentes idées que nous énumérons.

Dès lors, il convient de se satisfaire avec la richesse de la langue que nous avons à notre disposition. Cela permet entre autre d’intégrer les Animals Studies en y incorporant les différentes expressions qui s’inscrivent comme étant une norme quasi-absolue dans les études sur les animaux non-humains. Par exemple, lorsque nous utilisons l’expression ci-dessus, nous insistons sur le fait de façon implicite que l’être humain reste un animal. Certains utiliseront l’expression « Humanimal », mais il y a déjà une redondance.

Le langage est un outil politique

Le langage est évidemment un outil politique. Il se construit dans une forme d’avant-garde pour certains mots ou certaines expressions. Manier cet outil politique avec brio permet de se construire une certaine forme concise d’une véritable bombe intellectuelle. Dans le spécisme, nous avons de redoutables adversaires qui ne se refusent rien dans le cadre de ces différentes attaques. Or, il semble cohérent de désarmer l’adversaire, non pas en utilisant différentes tactiques tel un stratège, mais en sortant de sa zone de confort.