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Qui va payer la facture du Brexit ?

Episode 5

dimanche 8 avril 2018, par Caroline Fouchard

Illustration des marchés financiers vis-à-vis de la dette Britannique

Une question cruciale demeure reste la facture du « Brexit ». Qui va payer la facture douloureuse qu’impose « le solde de tout compte » ? Les Britanniques vont devoir passer à la caisse pour accéder à une liberté relative, notamment vis-à-vis de l’Union Européenne.

L’Union Européenne réclame « I want my money back » au Royaume-Uni

Les partisans du « Brexit » rediront une nouvelle fois : « I want my money back » à propos du budget alloué à l’Union Européenne. La référence au slogan du Margaret Thatcher prononcée le 30 novembre 1979 et scandée à Dublin aurait pu prendre un tout autre sens.

Il manque un facteur, le Brexit a considérablement fragilisé le rapport de force entre le slogan initial et les modalités du Brexit. Les néoconservateurs ne manqueront pas l’adage que « les bons comptes font les bons amis ». Pour préserver les liens diplomatiques et économiques du meilleur qu’ils soient, le Royaume-Uni devra s’acquitter de « ses dettes » vis-à-vis de l’Union Européenne. Nul doute que la somme sera conséquente, mais le paiement de cette dernière permettra des relations cordiales voir rapprochés pour l’avenir.

Il est vrai qu’à la suite de la signature d’un accord entre le Royaume-Uni et les 27 pays qui fondent l’Union Européenne, le Royaume-Uni ne payera plus aucun écu pour le mastodonte qui siège à Bruxelles. Pourtant, l’Union Européenne, notamment via la Commission Européenne demande aux Britanniques de payer la facture, non par vengeance comme certains commentateurs l’affirment, mais par souci d’équité vis-à-vis des autres pays. Les partisans d’un « Hard Brexit » risquent de se retrouver face à certains pays membre de l’UE qui n’hésiteront pas à réclamer « I want my money back » à Teresa May.

Un rapport de force se traduit immédiatement dans les discussions où le Royaume-Uni et les Britanniques seront quoi qu’il en soi, les grands perdants. Seul face au 27 pays, la seule manière de maîtriser la négociation reste l’acceptation ou non d’une signature

Nigel Farage, membre de l’UKIP a affirmé que « même l’absence d’un accord serait toujours préférable pour le Royaume-Uni à l’accord actuel, pourri » en juin 2016 [1]. Cela met en évidence que leur vision du « Brexit » et de ce que cela impliquait n’était pas sérieux, ni même anticipé. Ce n’est pas un hasard si Jean-Claude Juncker déclarait récemment que « le temps viendra où la Grande-Bretagne regrettera le Brexit » [2]. N’est-ce pas déjà le cas ? Une étude de l’institut BMG Research datant de décembre 2017 [3] affirme que près de 51% des Britanniques interrogés souhaitent rester dans l’Union Européenne contre 41 % à s’accorder sur le « Leave ». Face à ce sondage mettant mal à l’aise le gouvernement et l’UKIP, Nigel Farage a affirmé promouvoir un second référendum. [4]. Toutefois, le porte-parole officiel du Premier ministre a déclaré que « Nous ne procéderons pas à un deuxième référendum » [5].

L’Office for Budget Responsibility (OBR) a estimé que le Royaume-Uni devra emprunter près de 122 Mds de livres, soit 137 Mds c’est-à-dire près de 140 Mds d’euros sur les marchés financiers d’ici 2021 [6] en plus du charge et du service de la dette actuelle.

Dans le cas présent, il s’agit toujours du budget alloué à l’Union Européenne, non pas une partie, mais son ensemble destinée aux porte-feuilles nécessitant des enveloppes colossaux pour soutenir entre autres la croissance britannique. Pourtant, ils se trompent dans la logique du slogan « I want my money back ».

En effet, ce n’est pas Theresa May ou les militants de l’UKIP qui disent cette formule, mais la Commission Européenne et le Conseil Européen. Theresa May se positionne avec son gouvernement dans un état de faiblesse majeure.

Les « eurosceptiques » et les « europhobes » voient dans les négociations une manière de « punir » le vote britannique. Dans ce cas de positionnement, il s’agit d’une affabulation absolue. Pour cause, la solution retenue à l’issue du Brexit devra être « la meilleure » au niveau des relations diplomatiques, politiques et économiques entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni et plus spécifiquement entre l’Éire et l’Ulster. Puisque l’Irlande du Nord n’appartiendra plus à l’Union Européenne, alors que l’Irlande (du Sud) appartiendra à l’Union Européenne. Au niveau du conflit entre les deux parties de l’Irlande et la volonté de réunification, des questions se poseront à moyen terme.

L’argument du National Health Service aboutira à sa destruction

La droite radicale a soutenu que le budget concernant l’Union Européenne serait attribuer à la NHS (National Health Service). Sa contribution dans le budget de l’UE en 2014 se situait à 14,072 milliards d’euros. Le Royaume-Uni veut récupérer sa contribution brute vis-à-vis de l’Union Européenne pour l’injecter dans son économie directement ou réaliser une économie budgétaire.

Les agriculteurs et paysans : les grands perdants du « Brexit »

La contribution brute doit se démarquer de la contribution nette. Une partie de la somme est redistribuée sous la forme d’aides ou de crédits aux entreprises ou encore aux agriculteurs dans le cadre de la PAC. L’agriculture britannique reçoit tous les ans plus de 4 milliards d’euros, soit chaque agriculteur britannique perçoit en moyenne 34 000 euros. Theresa May pourrait mettre en place une politique agricole nationale de soutien à l’agriculture pour faire face à cette perte nette pour les agriculteurs. Une autre question se porte sur les exportations : deux tiers des ventes partent en direction de l’Union Européenne. Un problème majeur se pose puisque la proportion moyenne en faveur du Brexit correspond à 58 % des agriculteurs britanniques.

Notes

[1Le Monde.fr avec AFP et Reuters, Au Parlement européen, Jean-Claude Juncker à Nigel Farage : « Je suis surpris de vous voir ici », Le Monde, 28 juin 2016, consulté le 17 mars 2018, [En ligne] | URL : http://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2016/06/28/farage-se-vante-au-parlement-europeen-et-s-attire-les-foudres-de-juncker_4959773_4872498.html#o2BFWoSCPqWkyMU1.99

[2James Crispn, ’The time will come when Britain regrets Brexit’, warns Jean-Claude Juncker, le 13 mars 2018, Telegraph, consulté le 17 mars 2018, [En ligne] | URL : https://www.telegraph.co.uk/politics/2018/03/13/time-will-come-britain-regrets-brexit-warns-jean-claude-juncker/

[3BMG/Independent Poll : Shift towards Remain at height of Brexit negotiation tensions, BMG Research, 17 decembre 2017, consulté le 17 mars 2018, [En Ligne] | URL : http://www.bmgresearch.co.uk/independent-poll-shift-toward-remain-at-height-of-brexit-negotiation-tensions/

[4« So maybe, just maybe, I’m reaching the point of thinking that we should have a second referendum on EU membership … I think that if we had a second referendum on EU membership, we would kill it off for a generation.[...] It may not be what we want, but it could be unavoidable. In the next few months, committed leavers must prepare for a second poll and get ready to start campaigning. » in Rowena Mason, Farage’s call for second Brexit vote greeted with glee by remainers, The Guardian, le 12 janvier 2018, consulté le 17 mars 2018, [En ligne] | URL : https://www.theguardian.com/politics/2018/jan/11/nigel-farage-backs-fresh-brexit-referendum-to-kill-off-issue

[5Idem

[6Eric Albert, Le coût du Brexit sur les finances publiques britanniques fait polémique, Le Monde, le 24 Novembre 2016, consulté le 8 avril 2018, [En Ligne] | URL : http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/11/24/face-au-brexit-londres-laisse-filer-les-deficits_5037029_3234.html

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