Un regard croisé sur la cause animale

Les trophées de chasse

dimanche 26 avril 2020 par Pierre Le Bec

De nombreux chasseurs et chasseuses [1] n’hésitent pas à mettre en avant leur « trophées de guerre » tel un butin qu’ils ont ramené de loin. Dans cette guerre impitoyable qu’ils mènent vis-à-vis des animaux, on ne peut que se contenter d’affirmer qu’il y a manifestement une certaine gloire de leur part. Ils ont la fierté de tuer un animal non-humain, dont ils savent très bien que le combat ne se fait pas à armes égales. Le sadisme est poussé à l’extrême. Or, dans l’Homo Sapiens Sapiens, la question du Sapiens souligne la sagesse. On peut dire que les chasseurs ont raté quelque chose dans l’évolution moderne puisqu’ils sont restés au stade de « l’Homme des cavernes ». On peut dire d’une certaine manière que ce sont des Homo Préhistoricus [2]. S’il ne faut pas jeter la pierre sur les nomades qui résistent sur l’ensemble de la planète face à l’occidentalisation du monde. En France, le nomadisme a disparu au profit d’un semi-nomadisme.

La sédentarisation a justement permis l’élevage. S’ils étaient cohérent avec la notion même de ce changement d’époque entre le paléolithique et le néolithique, il pourrait mettre en évidence les intérêts de l’élevage dans les sociétés que nous connaissons actuellement. L’élevage que nous critiquons qu’elle soit industrielle ou paysanne a justement permis aux êtres humains de ne plus partir à la « chasse » dans l’objectif de se nourrir. La quantité de protéines présentes dans les « animaux dits de ferme » suffisent justement à permettre la survie des hommes du néolithique. Or, ces comportements font justement passer par leur spécisme exacerbé pour des personnes sadiques.

Dans un monde en pleine évolution et portant de plus en plus sur le « droit des animaux », leurs exploits apparent créent une vive émotion chez de nombreux citoyens. Ce « narcissisme sadique » n’est plus adapté au XXIe siècle. Au contraire, les « trophées » sont de plus en plus mal vu au sein de notre société et de la société occidentale de façon générale. La réaction si elle n’est jamais vraiment très saine dans toute société, elle permet de concevoir un phénomène qui devient de plus en plus anachronique. Les mœurs évoluent progressivement vers le « bien-être animal ». L’argument du premier écologiste ou naturaliste ne tient pas vraiment la route. Au contraire, ils dérégulent des écosystèmes. Il y a une certaine volonté de maîtrise de l’être humain sur la nature. Lorsqu’ils posent devant des cadavres d’animaux fraîchement tués, les chasseurs se posent également le problème de la conscience. Or, certains animaux en ont, mais on peut se demander si certains chasseurs en ont une. Si, ils en ont, on peut dire qu’elle est illusoire.

La psychologie de ces « meurtriers » fait qu’ils ont un dérangement vis-à-vis des animaux non-humains les plus faibles. Les espèces qu’ils considèrent comme des nuisibles ou en surpopulation sont à abattre et pour cela tous les prétextes sont bons. On peut dire qu’ils sont comme des toxicomanes, la première fois c’est trop, mais au bout de 1 000 fois, ce n’est jamais suffisant. Ils ont le besoin de tuer pour réguler artificiellement certaines espèces. De ce fait, ils glorifient le meurtre. Pour tenter de se justifier, ils n’hésitent pas à utiliser des « pirouettes argumentatives ».

En considérant à tout prix, une nature soumise aux désirs de l’être humain, ils s’inscrivent dans une tradition très biblique [3]. La nature a été soumise en partie par les êtres humains au fil des époques. La maîtrise de cette dernière se fait par une certaine intelligence. Or, l’intelligence ne se résume pas à être la sagesse. L’intelligence collective [4] se développe de plus en plus tout comme les sciences sociales. Or, la sagesse du philosophe [5] prend conscience de cette permutation dans notre société.

La question de la soumission de la nature à l’égard des animaux non-humains se remet en cause à travers les Animal Studies . Dès lors, on peut s’apercevoir qu’il y a manifestement une rengaine à se croire tout puissant, mais les frustrations qu’ils peuvent avoir se transforme dans de véritables meurtriers en série, mais il existe un paradoxe fondamental notamment sur la question de l’amour que les chasseurs portent sur leurs animaux [6]. Malgré les différentes pressions des lobbys, il y a une évolution réelle de la législation au fil des années [7]. Ils existent une vision qui met en péril la chasse est celle de l’appel des scientifiques. Ils deviennent une tiers-personne à entrer dans le débat entre les chasseurs et les environnementalistes [8].

Finalement, ils ne tuent pas des êtres humains, mais tuent des animaux. Or, la barrière qu’ils franchissent s’inscrit dans une vision qui peut dérouter de nombreuses personnes. On peut dire qu’ils sont comme les partisans « pro-life », mais sont pour « la peine de mort » [9].

Pourtant, les « trophées de chasse » rappellent de façon évidente la façon dont l’Homme blanc s’est comporté avec ceux qu’ils n’étaient pas blanc. Le lien entre les photos liées à l’esclavage et à la colonisation constituaient également à certains égards des trophées pour les propriétaires d’esclaves et les colonisateurs [10]. Cette continuité décrit de façon significative que ceux qui ne considèrent pas comme des êtres vivants et leurs alter-égos peuvent faire subir les pires horreurs sous le prétexte justement d’une certaine civilisation. Dans les faits, la civilisation s’inscrit dans la continuité de celle qui a toléré l’esclavage et la colonisation.

La chasse en France s’inscrit également dans une logique de régulation, mais dans d’autres pays il s’agit d’abattre des espèces en voie d’extinction comme certains éléphants ou des lions [11]. La « sélections naturelles » de Darwin n’est dès lors plus respecter puisque l’être humain intervient non pas pour défendre les espèces les plus vulnérables [12], mais pour construire un monde à son image. L’image que renvoie que les amateurs de trophée en tout genre apparaît comme étant particulièrement détestable. Il ne s’agit évidemment pas d’un « appel à la nature », mais il est certain que la chasse n’existerait pas si les prédateurs n’avaient pas tous été exterminés les uns après les autres. Le déséquilibre des écosystèmes s’inscrit dans une certaine manière de la propre main de l’Être humain.

Au quatre coins du monde de nombreuses personnes postent des photos de « trophées de chasse ». L’exemple de la page de « Magalie Chasseresse Catalane » n’hésite pas à présenter ses trophées de chasse avec le sourire. C’est sur qu’il est facile d’abattre un animal avec un fusil de chasse. Il n’y a dans les faits aucune gloire à tuer. Le pire dans l’exemple ci-dessus est qu’elle se présente elle-même comme une naturaliste. D’autres n’ont pas eu cette chance puisqu’ils ont récolté une vague de harcèlement d’une envergure qu’ils ne pouvaient imaginer [13].

[1La chasse commence à passionner un univers de plus en féminin.

[2L’Homo Prehistoricus fait référence à la logique conservatrice qui consiste à reprendre l’argument que nous sommes ce que nous étions depuis la nuit des temps remettant de façon évidente la question du darwinisme encore bloqués du temps où ces hominidés étaient des nomades

[3Chapitre 1 et 2 du livre de la Genèse

[4Gérald Bronner, « L’intelligence collective : un enjeu politique », Revue européenne des sciences sociales [En ligne], 56-2 | 2018, mis en ligne le 14 décembre 2021, consulté le 27 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/ress/4454 ; DOI : 10.4000/ress.4454

[5Go, Nicolas. « La sagesse du philosophe », Le Philosophoire, vol. 20, no. 2, 2003, pp. 67-81.

[6Feit H. A., 2000, « Les animaux comme partenaires de chasse. Réciprocité chez les Cris de la baie James », Terrain, n° 34, pp. 123-142.

[7Xavier Perrot. Passions cynégétiques. Anthropologie historique du droit de la chasse au grand gibier en France. Revue semestrielle de droit animalier, Observatoire des mutations institutionnelles et juridiques, Université de Limoges, 2015, 1, pp.329-361.

[8Baticle, Christophe. « Le tiers scientifique, nouvel acteur dans les conflits de nature entre chasseurs et environnementalistes », Négociations, vol. 24, no. 2, 2015, pp. 117-130.

[9Claudine Castelnau, « Pro-life (contre l’avortement), pro-peine de mort… », Evangile et liberté [En ligne], le 4 mars 2014, Consulté le 27 janvier 2020, URL : https://www.evangile-et-liberte.net/2014/03/pro-life-contre-lavortement-pro-peine-de-mort/

[10David Chauvet, « Et pourtant, ils sont nos esclaves ! », L’amorce [En ligne], Le 7 novembre 2018, Consulté le 27 janvier 2020, URL : https://lamorce.co/et-pourtant-ils-sont-nos-esclaves/

[11Emeline Férard, « Biodiversité : 1 million d’espèces menacées, la nature décline à un "rythme sans précédent" selon l’IPBES », Géo [En ligne], le 6 mai 2019, Consulté le 27 janvier 2020, URL : https://www.geo.fr/environnement/biodiversite-1-million-despeces-menacees-la-nature-decline-a-un-rythme-sans-precedent-selon-lipbes-195517

[12Estiva Reus, « Chapitre 4 – Mouvement RWAS et mouvement de libération animale », Cahiers Antispécistes [En ligne], n°41, Consulté le 27 janvier 2020, URL : https://www.cahiers-antispecistes.org/chapitre-4-mouvement-rwas-et-mouvement-de-liberation-animale/

[13Emilie Tôn, La chasse aux trophées contribue-t-elle à la conservation des espèces ?, L’Express [En ligne], Le 20 Juillet 2019, Consulté le 27 janvier 2020, URL : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/la-chasse-aux-trophees-contribue-t-elle-a-la-conservation-des-especes_2090179.html


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