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(2) Le danger de la dette publique américaine

mercredi 28 février 2018, par Pierre Le Bec

Le niveau de la dette américaine atteint désormais des niveaux très importants en terme de valeur, mais aussi menace l’ensemble de l’économie mondiale. Le relèvement des taux convergent vers des valeurs comprises entre 3 et 4%. Le risque d’un défaut de paiement et d’une banqueroute est envisagé dans les prochaines années.

Le risque de défaut de paiement à long terme

Les marchés financiers tout comme les acteurs du système économique ne semblent guère menacés par les répétitions du « Shut-Down ». Le président des États-Unis d’Amérique ne semble guère surpris, mais sous sa présidence deux fermetures des services fédéraux de courte durée ont eu lieu. Donald Trump voyait dans ces « Shut-Down », la volonté des Démocrates et de certains Républicains a menacé l’économie américaine. Les arguments complotistes sont sans cesse mis en évidence, sans traiter le fond de la question : le niveau élevé de la dette américaine.

On assiste sans cesse à un relèvement du plafond de la dette. Un accord entre Démocrates et Républicains permet d’éviter ce mécanisme juridique jusqu’en mars 2019. Si les Démocrates y sont opposés, quelques Républicains comme Rand Paul suivent une ligne opposée à Donald Trump, puisque ceux-ci voyaient d’un mauvais œil la hausse globale du budget. Les libertariens s’attaquent également à la politique budgétaire américaine.

La soutenabilité de la dette américaine à moyen et long terme pose interroge les différents économistes, notamment sur les politiques macroéconomiques menées par Donald Trump se traduisent par une baisse massive des recettes fiscales et une hausse du budget, notamment vis-à-vis de l’armement dans le cadre d’une réorientation de l’économie américaine vers une économie de guerre. Le budget militaire suit la logique de faire l’économie américaine : une super-économie avec une armée à la pointe de la technologie actuelle.

Le problème majeur réside dans le fait que depuis la Révolution Conservatrice des années 70 et 80, dont Ronald Reagan a largement influé ces directives, les politiques néoclassiques permettent effectivement une hausse de la croissance, mais également une hausse de la dette publique. Cette dette publique ne permet pas d’ailleurs de créer une hausse de la productivité, tout comme des investissements structurels permettant à l’Amérique d’être d’avantage attractive grâce à une mobilité plus dynamique, et des transports en commun plus efficace. On peut dire que le gouvernement a un projet d’investissement structurel de près de 1 500 Mds de dollars sur son mandat, mais cela ne sera pas efficace pour enrayer le problème de fond. La compétitivité américaine se garde de diminuer les différentes taxes et impôts en faveur des entreprises et des plus riches, tout en mettant en place des barrières douanières importantes dans l’importation des produits.

Que se passera-t-il sur un défaut de paiement des États-Unis d’Amérique ?

Le risque d’un effet domino pesant sur l’ensemble des économies et de conflits diplomatiques en tout genre ne semblent guère faire de doute. La dette publique américaine contrairement au Japon, dont la valeur atteint environ 200% du PIB est détenue par les Japonais eux-mêmes. Les agences de notation sont prises entre un étau d’une valeur importante : doivent-ils noter la dette américaine à sa juste valeur au risque d’affoler les marchés financiers ou de noter faussement pour permettre aux marchés financiers de continuer à faire comme si de rien n’était, notamment sur le marché obligataire.

Une véritable déflagration financière se prépare doucement avec l’explosion de la dette américaine et l’impossibilité de payer ses créanciers, et d’émettre de nouveaux titres de dette. Le rôle de la FED pourrait alors prendre le relai en émettant des titres de dette qu’elle rachèterait avec ses propres fonds. Encore une fois, le mécanisme de « la machine à billets » a un effet inflationniste très élevé et risque de déstabiliser l’ensemble des marchés, le prix des biens et la valeur du salaire des travailleurs.

Toutefois, certains titres de dette viennent de créances bancaires et des entreprises pétrolières. Ces titres permettent de générer une valeur non-négligeable en terme de valeur ajoutée tirant des profits. Les créances sur les titres de dette sont considérées comme des investissements pour ces entreprises. Elles y déposent une partie de leur fond propre pour augmenter leurs capitaux et générer davantage de dividendes sans prendre de risque. La valeur des actions de ces entreprises va de paire avec la capacité préalable de réaliser. Or, si une partie des bénéfices que réalise la banque sur les titres de la dette à savoir le taux d’intérêt, n’est pas versé par l’état, le mécanisme des CDS (Credit Default Swap) prend le relai pour assurer le versement aux entreprises financières. Ces assurances augmentent en fonction de la solvabilité ou non d’un état. Ainsi, chaque titre de dette dispose d’un CDS. Dans le cadre de la dette américaine, on peut se demander si les assureurs ont la capacité de fonctionner laissant sur la paille les assureurs eux-mêmes, mais aussi les entreprises financières ayant des actions dans les assurances des titres de l’état.

Ainsi, il semble évident qu’un défaut de paiement risque de créer une faillite des assurances et en ricoché une possible faillite des banques d’investissement. La quantité de monnaie se retrouvant drastiquement diminuée, la déflation tout comme la faillite des actionnaires du fait du Krach des actions des banques et des assurances génère alors une secousse planétaire au niveau des bourses avec comme perspective une récession globale et durable. Contrairement aux pays où le PIB s’avère faible, la question d’une aide du FMI se retrouve totalement désuète puisqu’il s’agit de restructurer la première économie mondiale avec des plans d’austérité d’une violence jusque-là inégalée. Qui pourra prêter des milliers de dollars dans une période où l’ensemble des acteurs financiers se retrouvera coincé et pris au piège de la dette souveraine. Le serpent se mort la queue, le capitalisme risque de ne pas savoir gérer la crise du paradis du « libre-échange » et du « libéralisme ». Quant au Japon et la Chine qui sont les deux premiers créanciers des États-Unis d’Amérique : un conflit diplomatique et économique se préfigure à l’horizon, puisque les deux économies dépendent essentiellement de la capacité à rembourser de l’Oncle Sam. Il est alors possible que les deux pays fassent plier la FED et le congrès en l’obligeant à diminuer drastiquement certains piliers comme le budget militaire. Dans tous les cas, la dette publique américaine touchera en premier lieu les américains avec des fermetures longues des différents services publics et des « shut-down » à répétition.

La politique néoclassique que Donald Trump souhaite mettre en place risque de se retourner contre ces derniers. Ce n’est qu’une question de temps désormais, l’heure est comptée.

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