Un regard croisé sur la cause animale

Le matérialisme au service de la libération animale

mardi 14 avril 2020 par Pierre Le Bec

Le regard et l’angle que nous utilisons pour décrire le sort que subisse les animaux non-humains possède une importance primordiale. L’art d’argumenter se stabilise entre convaincre et persuader. L’un fait appel à la raison, l’autre aux sentiments. Dans la cause animale, de nombreuses personnes perdent leurs moyens en choisissant la voie de la facilité à travers des scènes et des images insoutenables pour le regard landa. La problématique qui se pose dans le cadre d’une argumentation et d’un débat d’idées qui a fortiori s’enrichit ces dernières années, la question de ces mêmes images fait appel aux sens et au coeur. Dans le cadre d’une logique constante, il convient de souligner que la dialectique matérialiste a dans toutes les périodes servis le nerf de la guerre en termes d’argumentations. Les appels à la raison par des voix sensationnelles ne font que décrédibiliser la lutte animale dans son intégralité. Dès lors le matérialisme dialectique se doit d’être au service de la cause animale. On peut se demander par quel chemin ? Il est tortueux, long, sinueux et demande du temps.

Pourtant, la dialectique matérialiste que certains se servent au travers de la pensée utilitariste s’inscrit fortement dans le domaine. La maximisation du bonheur et la diminution des souffrances pourraient interrompre l’article. Nonobstant que des grands penseurs comme Peter Singer, considéré comme le pape de l’antispécisme, s’inscrivent dans cette logique. La pensée dialectique de Karl Marx, bien que nous n’empruntons que le côté didactique et les différents outils méthodologiques pour analyser le monde nous permet d’y entrevoir une approche marxienne. La logique veut que nous nous servions d’un outil dialectique qui se base plutôt sur des preuves et si possible des travaux universitaires ou encore différentes études. Parce que nous sommes minoritaires, nous devons utiliser la méthode scientifique pour démontrer nos arguments de tel manière que 1 + 1 = 2. Si cela peut paraître évident pour nous, il ne l’a pas pour tout le monde. Lorsque nous démontrons à travers l’approche rigoureuse de la science qu’effectivement 1 + 1 = 2 en système décimale parce qu’en algèbre booléen 1 + 1 = 1.

Il faut que nous définissions également nos axiomes qui permettent de poser le débat, mais comme ce sont des axiomes, ils doivent être cohérents entre eux. La rigueur de notre approche doit être faite sans faille, une simple erreur dans nos présuppositions peut faire ébranler l’ensemble de notre argumentation. Nous sommes alors confrontés à un cataclysme logique. Pour l’éviter, il convient de reprendre méthodiquement l’analyse et de chercher la moindre faille dans son système de pensée. Nos adversaires et parfois nos ennemis s’en serviront comme arguments pour discréditer l’ensemble du processus intellectuel que nous mettons en évidence un peu plus chaque jour. Nous vivons dans une époque où le débat fait rage. De nombreux livres sur la déconstruction de l’antispécisme vont sortir ou sont en cours de rédaction en ce moment. Leur objectif n’est pas tellement le fond de la production intellectuelle, mais le fait d’occuper la place publique. En effet, lorsqu’un livre sort, il a accès à de nombreuses tribunes dans la presse nationale et internationale. Quoi de plus normal pour une idéologie qui se veut être majoritaire ! Mais il ne faut pas se tromper, ce n’est pas parce qu’une idée est majoritaire qu’elle a fortement raison. Dans l’Histoire, de nombreux courants minoritaires sont devenus majoritaires dans le temps. On peut dire que nous sommes en avance sur notre temps. Les conservateurs freinent des quatre pieds pour éviter tous les changements possibles et imaginables.

On nous rétorque souvent que nos démonstrations ne prennent pas la bonne route. Parfois, les accusations vont même jusqu’à affirmer que l’antispécisme est entouré d’une pseudoscience par les personnes qui parlent le langage de bar ou de rue. Bien évidemment, il ne s’agit pas de stigmatiser ces personnes, mais d’affirmer qu’il y a un lien entre les croyances que le spécisme est l’ordre naturel des choses. Or, ce qui se démontre sans preuves peut se réfuter sans preuves. Dès lors, nous devons analyser méthodiquement face à des personnes qui n’ont que l’argument du « cri de la carotte » comme outil de démonstration. Il est vrai que de nombreuses recherches montrent une interaction entre la faune et la flore par des moyens chimiques, mais jusqu’à présent ils n’ont pas su démontrer que les plantes pouvaient souffrir. À défaut d’arguments, on peut dire que les plantes ne souffrent pas.

C’est à partir de ce vocable que je poursuis l’écriture et la relecture longue et ardu de mon tapuscrit. Dans cette logique, je conçois qu’il y a une approche similaire, mais aussi une forme d’imprégnation de la lutte des classes dans le courant abolitionniste. Ne peut-on pas abolir l’élevage d’une part et d’autre part laisser le libre-marché poursuivre son œuvre ? Cette question est effectivement rhétorique. Dans ce sens, il y a un chemin encore plus tortueux à travers la pensée marxienne qui permet d’abolir d’une part l’élevage et le capitalisme de façon simultanée. Cela ne veut pas dire pour autant que tous les antispécistes veuillent abolir le capitalisme loin sans faute. Le courant antispéciste reste très large et incorpore l’ensemble de l’échiquier politique.

Il existe certains collectifs qui mêlent le socialisme — et le communisme voir l’anarchisme — avec la lutte antispéciste. Pour cela, nous devons avoir un regard croisé sur l’animalisme. C’est l’intitulé du livre, mais aussi l’intitulé du blog. Au rythme de ses relectures et de l’agglomération sans cesse de sources plus ou moins distinctes les unes que les autres, le livre prend la forme d’un essai, mais aussi quelque part d’une forme de manifeste pour réinventer l’antispécisme. Il ne s’agit pas de fonder néo-antispécisme puisque cela n’aurait guère de sens, mais de définir une autre branche au sein de l’antispécisme avec un corpus littéraire solide qui va avec. Dès lors on peut se demander si nous pouvons changer les orientations prises. Actuellement, l’antispécisme poursuit un chemin où le véganisme qui n’est que la version néolibérale de l’engagement pour les animaux et d’une certaine manière d’une inaction profonde. Le changement ne viendra pas forcément par rapport à la modification de la demande, mais tout simplement de la suppression stricto sensu. Le véganisme adapte simplement l’offre par rapport à la demande.

On pourra se demander si finalement, la dialectique matérialiste doit prendre le dessus sur le corpus romantique et sensationnel qu’on voit se développer sans cesse. Le matérialisme se décrit souvent comme une idéologie visant justement à posséder toujours plus alors que dans les faits, il s’inscrit dans une vision d’analyser avec méthodologie. Ne doutons pas qu’il existe une méthodologie chez les partisans du romantisme qui tend à insérer un corpus argumentatif parfois solide. Toutefois, le romantisme voulant recréer un roman national au vu des circonstances apparaît comme fondamentalement dangereux. Au final, on pourra dire que l’avenir de l’une des branches de l’antispécisme réside dans le matérialisme, sinon il y a un risque que le « roman national » reprenne le dessus.


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