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La désinstégration du Royaume-Uni au nom du Brexit

Episode 3

mercredi 7 mars 2018, par Pierre Le Bec

Trouver un accord sur le Brexit semble particulièrement complexe pour l’ensemble des protagonistes, mais trouver un accord en satisfaisant l’ensemble des pays de l’Union revient à questionner l’idée d’un Brexit à la carte.

Le Brexit va-t-il faire exploser le Royaume-Uni ? Une question profonde, puisque l’Écosse et l’Irlande du Nord ont voté pour le « Remain ». Deux des pays fondant le Royaume-Uni semblent totalement favorables pour rester dans l’Union Européenne. Cet attachement soulève de nombreux débats et de questions sur l’avenir du Royaume-Uni. Trouver un accord viable sur le Royaume-Uni semble complexe, mais trouver un accord satisfaisant les désirs de rester dans l’Union Européenne de l’Écosse et du Irlande du Nord semblent impossible. La consultation a été faite sur une vision très large, dont aucune solution n’a été faite pour s’adapter aux différentes positions de chaque nation du Royaume-Uni.

Sur le cas de l’Écosse, le « Brexit » a poussé de nombreux partisans à l’indépendance à demander toujours plus de droits et d’autonomies, si ce n’est de sortir du Royaume-Uni. Ainsi, le Scottish National Party envisage un référendum sur la sortie de l’Union, malgré le référendum sur l’indépendance de l’Écosse s’est déroulé le jeudi 18 septembre 2014. Le résultat obtenu soutenait à 55,3 % le fait de rester dans la Grande Bretagne. La donne a changé. Avec 62,0 % en faveur du souhait de rester dans l’Union Européenne, le Scottish National Party envisage un nouveau référendum pour la sortie du Royaume-Uni, mais aussi pour rester dans l’Union Européenne. Une question pour deux réponses. Les discussions sur l’accord concernant la sortie de l’Union Européenne risquent de raviver fortement le discours nationaliste en Écosse. Cette tension ravive sur l’attachement des Écossais à l’Union Européenne. Le problème de la dette souveraine à départager entre le Royaume-Uni risque de poser un obstacle majeur dans les discussions.

Quant à l’Irlande du Nord, l’accord du Vendredi Saint prévoit la libre circulation, mais cela révèle du droit européen. Dans le cadre du « Brexit », cet accord de paix tomberait à l’eau. La guerre civile irlandaise a fait près de 3 600 morts et la remise en cause de cet accord par le simple fait de la mise en pratique du « Brexit » tend à menacer un équilibre précaire entre l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud. C’est pour cela que le Sinn Fein (il s’agit du parti légal reprenant l’ensemble des revendications de l’IRA) envisage la réunification de l’Irlande avec une seule République pour l’Eire et l’Ulster. Une position logique, puisque l’Irlande est divisé en deux comme la Corée ou Chypre. Avec l’entrée dans le gouvernement du Democratic Unionist Party au côté de Theresa May, les discussions risquent d’être particulièrement complexes. En effet, il s’agit d’un parti politique fondamentaliste religieux à tendance presbytérienne. Autant dire que Theresa May est alliée avec un parti politique extrémiste ne valant guère mieux que les partis islamistes ou les organisations terroristes djihadistes. La logique voudrait une réunification basée sous l’égide de l’ONU, avec des compromis de part et d’autre semble être une illusion. Cela peut en revanche déboucher sur une guerre civile identitaire et religieuse. Theresa May envisage d’adapter la nature de la frontière qui séparera l’Irlande du Nord de la République irlandaise. Dans le cas où cela se retrouve dans un cul-de-sac, le risque d’une reprise des hostilités se rapproche doucement.

Cette fragmentation s’inscrit dans le repli identitaire juxtaposant le « Brexit » met à mal les discussions d’un accord entre le Royaume-Uni. Les quatre nations formant le Royaume-Uni se retrouvent dans une situation particulièrement délicate. Derrière cela se cache aussi le Commonwealth : : le regroupement de 52 états pourrait augmenter comme diminuer, étant donné la volonté d’être inféodé à la couronne britannique. Ce morcellement risque d’avoir des conséquences au niveau international, mais Theresa May dit toujours « Brexit is Brexit ».

Nous sommes prêts pour le grand spectacle ! Un spectacle dangereux où le « Remain » avait plus de chance de stabiliser une Union de Pays vers une certaine prospérité, nous allons vers cul-de-sac ravivant les douleurs du passé.

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