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Karl Marx et le Brexit

Episode 2

vendredi 2 mars 2018, par Pierre Le Bec

La posture du Brexit tout comme l’élection de Donald Trump s’inscrit dans un angle parfaitement précis, celui du protectionnisme et du repli autour du concept limpide de la nation et de la patrie.

Le protectionnisme libéral du Brexit entre progressivement dans sa propre contradiction. Utiliser la sémantique d’un« protectionnisme libéral » aboutie sur un paradoxe. En effet, la libre-circulation des capitaux et des marchandises s’opposent fondamentalement aux différents droits de douane à l’importation. Les conservateurs ont toujours confronté à deux courants : les libéraux et les anti-libéraux. Le terme d’anti-libéralisme pour les conservateurs n’est pas adapté, puisqu’il s’agit de recréer la dynamique à l’intérieur d’un pays plus fermé vis-à-vis du monde extérieur.

L’un des arguments majeurs des protectionnistes qu’ils soient conservateurs ou progressistes restent la défense des intérêts des travailleurs vis-à-vis des travailleurs des autres pays. Cette mise en concurrence ne permet absolument pas de protéger les travailleurs du pays en question.

Une vision que développait déjà Karl Marx dans ses discours

le système protectionniste n’est qu’un moyen d’établir chez un peuple la grande industrie, c’est-à-dire de le faire dépendre du marché de l’univers, et du moment qu’on dépend du marché de l’univers on dépend déjà plus ou moins du libre-échange. Outre cela, le système protecteur contribue à développer la libre concurrence dans l’intérieur d’un pays. [1]

L’utilisation de l’expression « développer la libre concurrence dans l’intérieur d’un pays » permet d’établir le simple changement de la concurrence entre les travailleurs. Les travailleurs dans un système de « libre-échange » sont en concurrence entre les différents pays, alors que dans un système protectionniste, les travailleurs sont soumis à une concurrence au sein même de leur propre pays. Autant dire que les travailleurs ne reçoivent rien en retour puisque la concurrence reste de mise tout comme le principe de concurrence. D’ailleurs, en période de crise systémique, la classe dominante des différents pays demande à ces derniers de réaliser des efforts pour compenser les risques pris par la classe dominante.

Karl Marx l’avait très bien compris, le « protectionnisme » s’inscrit dans un processus particulièrement réactionnaire, mais aussi allant à l’encontre des intérêts des travailleurs eux-mêmes. Le processus du Brexit aboutira à une mise en concurrence débridée des travailleurs britanniques entre eux. Les classes dominantes des différentes nations se servent à ce titre de l’outil du protectionnisme pour privilégier leurs propres intérêts. Dans un système de libre-échange total incluant la libre-circulation des marchandises, des capitaux et des êtres humains, la concurrence entre les travailleurs du pays en question tombe. Dans le cadre du protectionnisme, nous assistons également au phénomène du dumping social c’est-à-dire à la moindisance sociale et aux salaires les plus faibles comme le démontre Donald Trump dans le cadre de son programme, dont les slogans sont « America First » ou « Make America Great Again ».

La sortie de l’Union Européenne mettra en avant le dumping social existant, ne le nions pas sous le libre-échange, mais dans le système protectionniste. La valeur de la Livre Sterling se retrouva également très fortement diminuée contribuant à un retour fondamental de la guerre des monnaies entre : le Dollars, la Livre Sterling et l’Euro.

La remontée progressive des taux des différentes banques centrales génère un Krach Boursier sur les marchés financiers. Le Dow Jones, le Nasdaq ou encore le CAC40 plongent progressivement. La fin de l’argent facile semble restructurer la valeur propre des différentes actions des entreprises cotées en bourse. L’ajustement de leurs valeurs réelles par rapport à leurs valeurs liées à la spéculation se caractérise par une baisse de la quasi-totalité des valeurs des actions. Nous assistons à une auto-régulation des différents marchés économiques.

Karl Marx continue en soutenant que

C’est pourquoi nous voyons que dans les pays où la bourgeoisie commence à se faire valoir comme classe, en Allemagne, par exemple, elle fait de grands efforts pour avoir des droits protecteurs. [2]

Karl Marx affirme que le protectionnisme sert uniquement la bourgeoisie en tant que classe sociale. En d’autres termes, elle a tout intérêt à utiliser cet outil pour permettre de souder la classe dominante, mais aussi de tenter de souder le prolétariat à réaliser des sacrifices pour « la patrie ». Entre autres, il ne s’agit pas de sacrifice pour « la patrie », mais pour les différentes entreprises.

Il est évident que les entreprises mettent en avant une certaines défiance vis-à-vis du gouvernement notamment sur l’instabilité des lois liés au Brexit, ils y voient une instabilité juridique importante laissant place à de nombreuses délocalisations générant in fine une hausse du taux de chômage. D’après les sources de l’OCDE, le taux de chômage est stagnant entre 4,5 et 4,2 %, le taux de croissance reste instable à cause de l’inflation des prix. Il s’agit d’une période clairement incertaine.

Karl Marx termine son discours en affirmant que le protectionnisme fait partie

des armes contre la féodalité et contre le gouvernement absolu, c’est pour elle un moyen de concentrer ses forces, de réaliser le libre-échange dans l’intérieur du même pays. [3]

En aucun cas, le système protectionniste ne permet la défense des travailleurs puisqu’ils sont mis en concurrence au sein de leur propre pays. Le « Brexit » ne va supprimer le libéralisme au sein du pays, il va l’augmenter et le débrider.

Les fantasmes laissent place à une problématique fondamentale : l’économie se mondialise progressivement, les barrières douanières permettent la libre-circulation des marchandises tout comme les capitaux et progressivement la libre-circulation des être humains. Le protectionnisme dans une économie mondialisée tend à transformer structurellement d’un système libéral vers un système colbertiste. Entre un système ouvert et un système fermé. Les frontières économiques pèsent sur l’ensemble de l’économie.

Notes

[1Karl Marx, Discours sur la question du libre-échange prononcé à la séance publique du 7 Janvier 1848 de l’Association démocratique de Bruxelles

[2Idem

[3Idem

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