Un regard croisé sur la cause animale

Le nouvel Humanisme (III)

jeudi 19 mars 2020 par Pierre Le Bec
L’Humanisme est en train de se détériorer progressivement sous les coups des différentes mesures qui se veulent libérales, mais qui en réalité sont des mesures clairement « antilibérales » sur la question des droits fondamentaux. L’orthodoxie budgétaire commence à changer sérieusement de camp au moment où les valeurs « ultimes » sont mises de côté pour laisser le sacre du marché s’emparer progressivement de nos vies.

L’Humanisme, tel que nous le définissons ne s’inscrit pas dans cette logique. De même, ce qui a été fait sur les animaux a été fait sur les êtres humains : esclavage, colonisation et exploitation de ces derniers. On peut dès lors partir du principe que « l’Humanisme » ambiant appartient dès lors à cette catégorie d’êtres humains qui n’a pas hésité à toucher le fond de l’absurdité et de l’irrationalité pour justifier ce qu’il sera considéré dans les siècles futurs comme quelque chose de fondamentalement criminel. Nos descendants se demanderont : comment une société si évoluée qui va bientôt vivre à l’époque de la 5G, de l’USB 3.1, du SSD etc., est restée à l’époque de l’Homme des cavernes ?

Il s’agit d’une question de fond qui montre la contradiction entre le fait de vivre à une époque moderne et de se réfugier dans les « anti-lumières ». À un moment donné, il convient de souligner que ce mouvement conservateur comme nous l’avons vu avec Valeurs Actuelles ne fait pas que s’attaquer aux animaux non-humains, mais à tout ce qui ressemble de près comme de loin au progrès. « L’allégorie de la caverne » de Platon prend tout son sens puisqu’il s’agit dans les faits de l’ombre d’un courant conservateur qui freine des quatre pieds pour prendre une dimension très importante. La majorité de la population n’est certes pas végane, mais tout mouvement avant de devenir majoritaire est issu d’une minorité croissante.

S’il est vrai que la « cause animale » se développe et impose son agenda dans l’ensemble des différentes conversations, il n’en demeure pas moins qu’il y a manifestement une dissociation cognitive chez ceux qui continuent à manger de la viande et de tous les autres produits dérivés des animaux comme le lait, le miel et les œufs. Peuvent-ils continuer à vivre leur mode de vie en connaissance de cause ? Il est vrai qu’il y a des œillères qui sont difficiles à enlever du fait de l’embrigadement et des différents lobbies agroalimentaires.

Peut-on faire preuve d’Humanisme en sauvant un chien au milieu d’une rivière et dans le même temps laisser le saigneur égorgeant un mouton ou une vache ? La réponse apparaît particulièrement complexe puisque dans les faits, « l’Humanisme », dont font preuve les premiers appartient à une sensibilité plus proche du chien que de la vache. Pourtant, biologiquement, ils sont constitués de la même sorte. Cet « Humanisme » à deux vitesses démontre qu’il semble nécessaire de réinventer un « Nouvel Humanisme ».

L’anthropocentrisme nécessite de se déplacer sur une affirmative action basée sur la « zoopocentrisme ». Cela suggère de remettre l’animal non-humain au cœur des débats et des différents programmes. Il convient de suggérer qu’il y a manifestement une volonté de redéfinir complètement notre « Humanité ». Nos anciens se poseront certainement des questions, mais les jeunes générations ont compris qu’il s’agit d’un enjeu majeur qui convient de casser l’irrationalité dans laquelle nous sommes. De facto, il y a matérialisation de multiples enjeux qui s’entrecroisent les uns avec les autres : féminisme, écologisme, etc. Dans ce cadre, notre « Humanité » ne sera que poussière et néant si elle ne prend pas à bras-le-corps la question de « l’Animalité ».