Un regard croisé sur la cause animale

Nouvel Humanisme (II)

lundi 2 mars 2020 par Pierre Le Bec
L’antispécisme est souvent confronté à des contradictions de la part des « viandards » comme une idéologie faisant passer l’animal au-dessus de l’individu. Dès lors, le « vieil Humanisme » se retrouve confronter au « post-Humanisme », « néo-Humanisme » ou « nouvel Humanisme ».

Toutefois, la nouveauté n’est pas vraiment un signe de modernité. Regardons de près ce qu’il s’est passé avec la pensée libérale qui s’est transformée progressivement en pensée néolibérale puis ultralibérale. La modernité n’est pas vraiment le sens d’une question de progrès. Or souvent dans notre société, il y a une confusion entre la modernité et le symbole du progrès.

Dans une société où l’Humanisme tend à disparaître de façon progressive sous l’injonction du marché et du bien-être individuel, il convient de souligner que l’Humanisme se révèle comme étant un peu poussiéreux. L’accumulation de poussière tend à dévisager « l’Humanisme » tel qu’il est censé être. Or, il convient de faire un sacré ménage afin de dépoussiérer l’ensemble. Cette déformation progressive liée à la contradiction des discours et de la réalité a créé un vaste champ où la forêt a laissé place à un véritable désert. Sur les terres arides, rien ne pousse : pas même une brindille d’herbe. On peut dès lors se poser de véritables questions en matière de terreau fertile ou non.

Beaucoup de personnes se réclamant de l’Humanisme comme le président de la République ne sont que des « pseudo-Humanistes ». Il suffit de voir la manière dont ils traitent les êtres humains pour savoir la manière dont ils traitent les animaux non-humains. La question des réfugiés intervient dans une large mesure de l’hypocrisie qui entoure cette notion. Les différents débats comme les différentes lois deviennent de plus en plus pesant sur la sphère politique.

Le « Nouvel Humanisme » prend en considération une autre notion qui est celle des animaux non-humains. Il semble nécessaire de sortir de l’anthropocentrisme. Dès lors, l’Humanisme intervient dans un champ particulièrement nouveau.

Voilà ce que j’écrivais dans mon essai :

Au moment où la question de « l’Humanisme » est mise à mal par l’extrême-droite. Nous voyons des groupuscules s’inscrire dans la tradition nazie de la défense des animaux. Il s’avère que « l’amour pour les animaux » des nazis s’inscrivait manifestement dans le rejet le plus radical de l’espèce humaine et de la vision d’une certaine propagande. Dans nos sociétés occidentales, il s’avère que la majeure partie des nazis ont été vaincus et ne sont qu’à l’état groupusculaire. Nous entendons de plus en plus parler de « Droit de l’Hommisme » pour désacraliser « l’humanisme » afin de créer une vision où la vision de l’être humain reste entièrement compatible avec la poursuite d’une logique illibérale. [...] Nous en sommes arrivés à un fait majeur où la « condition animale et la justice sociale sont liées ». Notre époque subit un bouleversement assez radical dans notre approche vis-à-vis des animaux non-humains. Le sort des animaux s’inscrit de façon très manifeste dans le cadre d’une sortie de crise par le haut. La « justice sociale » vis-à-vis des animaux non-humains se caractérise par la volonté d’acquérir des droits supplémentaires. Évidemment, ces droits supplémentaires se précisent par la manière dont nous regardons les animaux non-humains. [...] Lorsque nous intégrons la « justice sociale » au différents mouvements sociaux, on se rend compte de façon importante que la bataille contre le néolibéralisme et le fait d’acquérir des droits supplémentaires va de paires avec celui de nos semblables. L’anthropocentrisme largement sous-estimé de la part de l’être humain tend aussi à manifester une différenciation entre « écologie » et « égologie ». Le second terme résulte d’un barbarisme évident. Pourtant, les deux tendent à signifier plus ou moins la même chose. L’un se traduit par une écologie non anthropocentrée et l’autre une écologie anthropocentrée. Ces détails méticuleux permettre de caractériser le fait que la transition actuelle dans les différents modes de productions se réalisera de façon abstracto comme une la métamorphose vis-à-vis des êtres humains.

Je poursuivais en affirmant que

l’influence des différents lobbies et des différentes corporations du monde agricoles, la question de « l’humanocratie » reste pousser à l’extrême. On peut dire que « Papy fait de la résistance ». Pourtant, on constate de façon structurelle que l’Humanocratie s’effondre progressivement vers un nouveau modèle de société. En effet, on peut considérer qu’il y a manifestement une volonté d’aller vers une Zoocratie. Cela se traduit par un régime qui conduit une politique en faveur de l’être humain, mais aussi pour les animaux. De facto, cela permet d’entrevoir une porte de sortie vers une autre forme d’Humanisme qui s’aligne sur la question des animaux. Leurs intérêts sont aussi nos intérêts. [...] La Zoocratie s’inscrit pleinement dans la Zoopolis. Le Kratein et la polis restent intimement liés. Pour maintenir une réalité concordante, il semble nécessaire de faire communiquer le « commandement » et la « cité ». Il semble nécessaire de faire rentrer le Zoopolitique dans dans la Zoopolis. Dans un monde prédominé par la pensée « physiocrate » où l’éclairage du monde devient absolu, le sort des animaux non-humains suit parfaitement cette lumière. Dans la volonté de poursuivre la démocratisation et l’ensemble d’un long processus, la mise au cœur de l’animal non-humain comme élément de la politique apparaît comme une évolution indéniable de l’Humanisme. [...] Nous vivons dans une société de plus en plus individualisée. L’individualisme se nourrit expressément de la pensée néolibérale ambiante. Or, il s’avère que l’Humanité ne se régénérera point sans se remettre en question de façon intensive et radicale. L’Humanité vivant dans le « Vieil Humanisme » ne pourra affronter des questions très profondes en termes d’éthique et de sensibilité. Redéfinir un Humanisme compatible avec la Zoopolis nous permettrait de recréer un contrat entièrement nouveau avec les animaux non-humains. De même, la question de la violence au sein de notre société en sortirait atténuée à condition que l’Animal soit mis au piédestal que l’Être Humain.

Nous l’avons bien compris, le sort des animaux dépendra de l’Humanisme tel que nous le concevons ou pas.