Un regard croisé sur la cause animale

Le matérialisme au profit de la politisation de l’antispécisme

jeudi 16 avril 2020 par Pierre Le Bec

L’angle d’attaque d’une lutte poursuit naturellement la stratégie que nous devons utiliser. Dans le cadre de « ma lutte », j’ai décidé de mettre en place une approche matérialiste sur la question de la didactique. J’ai rédigé dernièrement un papier qui se nommait Le matérialisme au service de la libération animale. Dans ce dernier j’énonçais la nécessité de faire des démonstrations rigoureuses se basant sur le matérialisme. Or, le matérialisme est vu par de nombreuses personnes comme l’intégration de la société de consommation à outrance. Ils font le lien entre le fait de « consommer toujours davantage » des choses que nous n’avons pas forcément besoin et le matérialisme.A priori, nous entrons dès lors dans une pensée minimaliste et certainement puritaine de l’époque victorienne. Pourtant, la pensée matérialiste reste très vaste et s’oppose aux différents courants que l’on pourrait appeler comme utopique ou encore romantique.

Alors que nous vivons dans une dystopie néolibérale et spéciste où les différentes normes sociétales semblent être fabriquées par la bourgeoisie elle-même. Le travail du prolétaire réside dans le fait de se détacher tout simplement de cette vision qui tend à le rendre minimaliste. En effet, d’un côté on lui demande de consommer le plus possible, mais de l’autre côté on lui demande de serrer manifestement la vis jusqu’à l’extrême. Il incombe de construire non pas une nouvelle « utopie » comme le dit Aymeric Cameron, mais de construire une société basée sur une analyse — une fois de plus — matérialiste.

Le socialisme utopique par rapport au socialisme scientifique a créé de nombreux débats dans le XIXème siècle. Au moment où apparaît une méthodologie pour construire un socialisme et ouvrir de nouveaux horizons, l’utopisme est mis en garde et considéré comme une « belle histoire », mais qui ne changera pas le cours de l’Histoire. Lénine ira jusqu’à écrire un essai politique où il met en valeur le matérialisme. Toutefois, il ne s’agit pas de faire l’apologie d’Engels et de Lénine. En effet, l’autoritarisme ne mène nulle part et nous le voyons très bien où il peut nous mener en regardant les politiques illibérales : la démocrature. Viktor Òrban a pris les pleins pouvoirs à travers la crise du COVID-19. Cela doit nous parler que sous le romantisme, se cache le néofascisme.

Il semble nécessaire de rappeler que nous traversons une crise d’envergure jusque-là inégalée. Pourtant, c’est bien l’œuvre du « roman national » qui semble primer sur l’adversité que se résume être la « crise sanitaire » ambiante. Dans les différents pays où la droite extrême et l’extrême-droite a pris le pouvoir, nous sommes confrontés à une dérive autoritaire poursuivant l’illibéralisme comme ligne de mire. Le spécisme à l’origine de la « crise sanitaire » poursuit son petit bonhomme de chemin. Il semble plus que nécessaire de rappeler que sous le « romantisme révolutionnaire » et le fait de mettre en place des « tribuns », nous nous orientons vers une réfutation stricto sensu du matérialisme. Le matérialisme des Lumières semble être à dix mille lieux de la volonté de trouver un « sauveur suprême ». Las, cette méthodologie a toujours refait surface pendant les périodes de crise. Il incombe de confronter les admirateurs du romantisme comme une œuvre des « anti-lumières ». Si la démocratie libérale n’est pas la meilleure des démocraties — loin sans faute —, elle est une barrière lorsque le romantisme frappe à la porte des démocraties libérales. Mais, il ne faut pas jouer avec le feu parce qu’en y jouant, on s’y brûle très fortement.

Le romantisme est une interaction entre la raison et le spirituel ; le spirituel et l’approche s’inscrivent tout justement dans une vision métaphilosophique. Dès lors, il incombe de souligner que la dialectique matérialiste poursuit la recherche sur la matière et l’esprit ; l’œuvre romantique poursuit à certains égards la croisade contre les analyses modernes. Le refus de la modernité et de l’époque dans laquelle nous vivons poursuit son petit bonhomme de chemin. La modernité est vue comme une sorte de décadence. La Science et en particulier les Sciences Sociales a amené un progrès considérable dans nos propres vies : nous comprenons mieux le monde qui nous entoure, mais aussi, nous sommes dans une forme de recherche sans cesse vers une modernité à tout prix. Dans ce cadre, les néoconservateurs et les adeptes du « romantisme révolutionnaire » subissent une double peine qu’il ne faut pas écarter. D’une part, ils sont relégués au ban de la société et d’autre part, ils vivent dans une époque qui n’est pas la leur.

Par mon cursus intellectuel, je fais une approche par la pensée marxienne. Mais d’autres auteurs m’inspirent comme John Stuart Mill où sa vision dans De la liberté poursuit sans cesse la question du débat. Mais doit-on débattre avec tous le monde ? Cette question importe énormément puisque le « romantisme révolutionnaire » se sert justement des débats pour influencer le monde. Il en va de nos « Républiques », même si la « République » a pris un virage autoritaire et illibéral ces dernières années avec la codification de l’État d’urgence dans le droit commun. Quid de la démocratie et des procédures accélérées pour faire voter les lois plus rapidement ? Or, le matérialisme définit justement une rupture avec le « romantisme révolutionnaire ». Les démocraties en période de crise seraient orientées pour aller vers cela conduisant à une rupture avec le matérialisme didactique.

La « pensée animaliste » doit faire face à la montée en flèche de la xénophobie. Pour endiguer la montée sans cesse des différentes discriminations contre celui qui nous ressemble pas. La peur de l’autre qui ne nous ressemble ou de l’étranger s’est largement développé ces dernières années au point que le « romantisme révolutionnaire » influence jusqu’au sommet de l’État, un président qui se réclame du progrès, mais qui adopte des séries de mesure qui ne font dans ce sens. Léon Trotski affirme dès lors

Il n’est pas moins criminel de tolérer passivement la subordination du mouvement révolutionnaire des masses au contrôle de cliques bureaucratiques ouvertement réactionnaires ou conservatrices masquées (« progressistes »).

Il faut faire face dans le « courant animaliste » à la montée en flèche de la xénophobie. Pour endiguer la montée sans cesse des différentes discriminations contre celui qui nous ressemble pas. Il semble nécessaire de revenir à la définition de Peter Singer. Évidemment, certains considèrent La libération animale pour parole d’évangile, mais le sens qu’il transmet nous permet de faire un lien entre le spécisme et le racisme :

Le spécisme est un préjugé ou une attitude de parti pris en faveur des intérêts des membres de sa propre espèce et à l’encontre des membres des autres espèces.

Dans le cadre du développement du « mouvement intersectionnel » qui se caractérise comme ayant une approche pluridisciplinaire sur une même thématique, il semble nécessaire de garder le cap de l’universalisme afin de ne pas sombrer dans une multitude de petites luttes éparpillées les unes avec les autres. Au final une lutte devient nécessaire et se retrouve clairsemée en de petits groupuscules n’ayant plus aucun moyen d’action concret si ce n’est faire du bruit sur les « réseaux sociaux » ou tenir des « petits stands » à droite et à gauche.

Il y a une manifestation dans l’universalisme dans notre société est aussi mal-vécue par une partie de la population. Je l’entends bien. De nombreuses personnes se servent justement de cette universalité pour reprendre le concept du spécisme (sic), mais vis-à-vis d’autres communautés notamment contre les musulmans. Parce que le spécisme s’est construit sur la comparaison avec le sexisme et au racisme, la montée en flèche de l’extrême-droite se sert également de la « cause animale » pour asseoir sa légitimité au près de nombreux militants. Pourtant, il s’agit de l’arbre qui cache la forêt. L’extrême-droite est très proche des différentes corporations agricoles. Il y a une colère qui déclenche une certaine forme d’hystérisation et une hypocrisie grandissante. Nous avons des personnalités comme Robert Ménard vanter les bienfaits de la corrida. Les welfaristes sont issu·e·s d’un univers mortifère, ils prétendent protéger les animaux non-humains, mais dans les faits, ils protègent surtout les intérêts du capitalisme. La Fondation Brigitte Bardot ou l’OABA suit cette logique.

En guise de conclusion, il semble nécessaire de mettre en avant l’aspect universel, mais aussi la méthode matérialiste afin que nous n’analysions pas sur de la chimère, mais sur des faits existants. Le romantisme comme porte de sortie au matérialisme s’inscrit dans une logique boiteuse, mais aussi contre-révolutionnaire et contre les Lumières. Mais, il faut faire attention, car de nombreuses personnes essayent de se réclamer de ces mêmes Lumière, mais s’inscrivent dans un corpus idéologique largement réactionnaire. Dès lors l’universalisme et les Lumières doivent conduire au progrès. Sinon, nous aurons la société dystopique nous méritons.


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