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#BalanceTonEHPAD : les soignants doivent libérer leur parole

samedi 27 janvier 2018, par Pierre Le Bec

Les soignants au sein des Hôpitaux se mobilisent actuellement pour dénoncer les conditions de travail, mais aussi la vétusté des locaux. Dans le cadre de cette mobilisation, les #EHPAD sont oubliés, alors que les conditions sont sensiblement équivalentes voir pires dans de nombreux cas.

Au moment où les soignants du Monde Hospitalier se mobilisent pour de meilleurs conditions de travail, les maisons de retraite restent largement marginalisées par l’ensemble du public, alors qu’elles souffrent autant.

Les réseaux sociaux constituent un outil pour interpeller le gouvernement, mais aussi les différents partis politiques sous des mots-clefs (les « Htag’s ») bien précis. L’opération #BalanceTonHosto sur Twitter et Facebook ont permis de mettre en évidence la dure réalité que nos collègues traversent tous les jours pour soigner les patients. Le public a été largement réceptif de l’ensemble de la situation du personnel médical et paramédical y compris les Aide-Soignants. Une initiative que la presse a largement relayée avec des témoignages glaçants. Le « blues et la rage » du soignant ne se positionnent pas dans la mystification des faits, mais au contraire se matérialisent tous les jours. Globalement, si les soignants sont heureux de faire leur métier respectif, le « brown-out » apparaît doucement et le « burn-out » reste légion.

Dans ce mouvement de Ras-le-bol général des soignants, les soignants des maisons de retraite se sont reconnus dans les témoignages de leurs collègues des Hôpitaux publics. La course au profit ou au rendement dégrade profondément la nature même du travail : soigner des personnes malades. L’irrationalité du capitalisme conduit de nombreux soignants à se suicider à cause des pressions managériales des différents cadres et de la gestion des budgets. Les soignants ne sont plus là pour faire du soin, mais dégager des profits sous n’importe quelles formes.

Dans les maisons de retraite médicalisées, le fléau touche tous les soignants et la course au temps est devenue le quotidien de mes collègues et de moi-même. Les réseaux sociaux ont alors mis en place un autre mot-clef pour libérer la parole des soignants en maison de retraite : #BalanceTonEHPAD. Malgré les différentes menaces comme la possibilité d’un licenciement et les pressions hiérarchiques pour masquer l’intérieur de ces établissements médico-sociaux, la pression massive des soignants pourrait renverser la tendance. La hiérarchie doit avoir peut de nos actions, puisqu’elle est dépendante de nos soins pour que les établissements fonctionnent.

Le « licenciement pour faute grave » dans l’EHPAD « Les Oliviers » à Nîmes où une Aide-Soignante dénonçait la maltraitance a été cassé par le tribunal des Prud’hommes en janvier 2018. En début d’année, ce sont deux aides-soignantes qui sont mises à la porte à Marseille pour avoir dénoncé les pressions et la maltraitance ! La dénonciation des conditions de travail met en danger nos contrats de travail, mais mieux vaut se retrouver au chômage que de participer à cette inhumanité qui gangrène plus ou moins l’ensemble des établissements.

Il convient aussi de mettre en avant le travail de l’Aide-Soignant, qui au niveau de la chaîne du soin reste l’unité fondamentale. Entre autre, la revalorisation de son travail sur le plan financier, mais aussi statutaire devient une des revendications.

Une grève nationale le 30 janvier prochain sur l’ensemble du territoire à l’appel de différents syndicats pour dénoncer les conditions de travail, le sous-effectif chronique et les soins à la chaîne comme dans une usine. La situation de blocage et de saturation dans laquelle nous sommes arrivés interroge profondément le fond de notre métier.

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