Un regard croisé sur la cause animale

Dans l’avenir, l’antispécisme sera un mouvement politique

jeudi 12 décembre 2019 par Pierre Le Bec

Nous avons besoin, je le crois de nous référer à des personnes comme Spartacus pour nous inscrire dans une vision où l’animal non-humain s’avère être soumis aux mêmes conditions que les esclaves. Spartacus, dans les guerres serviles, a mené une incroyable lutte des classes vis-à-vis des propriétaires et des citoyens. Celui qui possédait la citoyenneté pouvait posséder des esclaves.

Si nous faisons le parallèle, il est à noter que les animaux non-humains ne possèdent pas de citoyenneté et sont eux aussi réduits en esclavage par ceux qui la détiennent. Dès lors, nous assistons à une translation de l’exportation sur ce qu’il se faisait dans le cadre de l’Humanopolis vers la Zoopolis. Que diront nos semblables dans les prochains siècles lorsque le monde sera enfin entré dans l’ère abolitionniste ? Ils affirmeront que notre société était sans aucune éthique et l’une des plus barbares qui soient. Dans le même temps, fleurissent un peu partout des résistants au « nouveau monde », comme Jean-Pierre Digard, qui nous expliquent que la supériorité de l’être humain fait justement l’humanisme. Or, l’humanisme est pleinement compatible avec l’animalisme. C’est ce que j’appellerais le « nouvel humanisme ».

Spartacus n’avait certainement pas cette problématique à son époque, mais, au XXIe siècle, ce questionnement s’inscrit dans une vision typique : les problèmes de l’écologie tout comme du réchauffement climatique liés à l’activité de l’être humain et de celles imposées aux autres animaux. En effet, on estime que l’activité des animaux non-humains est responsable de 30 à 50 % des gaz à effet de serre. Dès lors, la lutte pour sortir de l’Humanopolis et entrer dans la Zoopolis se pose comme un phénomène majeur. Ce qui apparaît comme ironique s’inscrit dans le fait que des carnistes, comme Jean-Pierre Digard ou Paul Arriès — qui reconnaissent pourtant l’abominable façon dont sont traités les autres animaux — ne souhaitent rien d’autre que faire perdurer ce vieux monde perdure, sans pour autant s’attaquer aux racines du mal. De nos jours, il semble tout à fait nécessaire d’affirmer haut et fort que les véritables écologistes sont ceux qui n’utilisent plus de produits d’origine animale. En effet, l’industrie et l’artisanat des produits d’origine animale restent la première cause du dérèglement climatique devant les voitures, et même l’avion. En ne remettant pas en cause le spécisme de notre société, ils participent de façon — sine die — au fait de nier ledit réchauffement climatique. Pire, ils l’encouragent !

Or, l’animal n’est pas fait pour être soumis à la volonté de l’être humain, mais pour vivre libre dans la nature. L’intérêt des « animaux dits de bouche » n’est pas d’être transformés en steaks hachés ou en saucissons. Au contraire, ces animaux sont dépossédés de leur animalité et sont relégués au rang d’animal-objet ou à celui d’animal-machine comme l’aimait à penser Descartes. L’animal n’est plus considéré comme un être vivant dont il faudrait respecter les intérêts propres, mais comme un objet destiné à la fabrication de multiples produits. Dans le même temps, on pourrait se demander si nos deux compères s’intéressent réellement au welfarisme, mais, au vu de leur prises de position, on voit bien qu’il n’en est rien. Il s’agit seulement pour eux de perpétuer — ou de rafistoler ? — un système de pensée qui ne fait plus vraiment autorité, ni consensus, dans la population.

Le spécisme ne se résume pas uniquement aux « animaux dits de bouche », il s’étend aussi aux animaux sauvages. La question de la chasse est devenue un enjeu majeur de société, notamment la chasse à courre.

Certains antispécistes revendiquent l’idée de pouvoir intervenir un jour sur la souffrance induite par la vie dans la nature, ce que je ne cautionne pas à titre individuel. Le mouvement RWAS (Reducing Wild Animal Suffering) très minoritaire chez les antispécistes est agité tel un chiffon rouge par les défenseurs du carnisme. Il s’agit pour ces derniers d’utiliser ce courant plus que minoritaire de façon bien malhonnête pour justifier le statu quo et affoler les foules. On les retrouve dans la une de Valeurs Actuelles avec Jocelyne Porcher en guest star. Le mouvement carniste est en général très friand des magazines d’extrême-droite, voire antisémites et xénophobes.

Au nom du spécisme, ces théoriciens anthropocentriques se mettent du côté de ceux qui veulent manger de la viande. Ce « symbole de résistance » s’inscrit parfaitement dans une dichotomie. Il s’agit d’un renversement des valeurs. Au moment où nous écrivons, la répression contre les mouvements végane et antispéciste ne cesse de croître et de se développer. Or, ces gardiens du temple ne sont pas de « valeureux résistants », mais des partisans du conservatisme et du « vieux monde ». Leur théorie réside dans le fait que « l’animalisme est un anti-humanisme ». Or, sous la notion d’humanisme, ils sont prêts à sacrifier une partie entière de l’humanité sous prétexte de leur humanisme. Dès lors, leur point de vue qui tend à faire passer les êtres humains avant les intérêts des animaux non humains s’inscrit à terme comme une vision anti-humaniste, que l’on peut résumer ainsi : leur vieil humanisme est un anti-humanisme.

C’est dans un cadre rationnel et basé sur des éléments historiques et scientifiques que je m’inscris. Or, les arguties abstraites, spécieuses et absurdes que l’on peut entendre et lire à l’encontre des antispécistes et des véganes en sont le plus souvent à mille lieux ! Pourtant, ce sera bien une pensée et une démarche idéologique parfaitement construites qui permettront de faire entrer l’antispécisme en politique, tendant à l’éloigner du véganisme pseudo-scientifique irréfléchi.

On se rend bien compte que pour faire face à ses détracteurs, le mouvement antispéciste doit emprunter le chemin le plus politique qui soit, c’est-à-dire celui qui s’appuie sur la science face à des personnes qui cherchent, par la provocation, la polémique et des arguments irrationnels, la confrontation. Le mouvement antispéciste sera politique ou ne sera pas.


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