Un regard croisé sur la cause animale

L’animalisme est un humanisme

mercredi 29 avril 2020 par Un Regard Croisé sur l’animalisme

Jean-Pierre Digard éditait en 2017 L’animalisme est un anti-humanisme dans une édition du CNRS. Que retenir de ce livre ?

D’abord il s’agit d’un livre très peu travaillé par rapport à la théorie qu’il avance. En effet, il s’agit avant tout d’une synthèse des différents articles publiés sur la toile. On pourra voir dans la revue l’Homme [1], un compte rendu de son ouvrage par Florence Burgat.

Or, Jean-Pierre Digard en étant un éminent spéciste pose le postulat suivant : Êtres Humains > Animaux. Dès lors, son raisonnement vise à établir que le mouvement animaliste en se préoccupant de « sous-animaux » s’inscrit particulièrement dans une vision opposée à celle des Lumières et à l’Humanisme qui en découle. Le philantropisme serait-il décédé sous les coups du zoo-philanthropisme ? Absolument pas. Au contraire, le raisonnement apparaît comme foncièrement caduque. La charité et la bonté vis-à-vis des animaux renforce au contraire les Lumières [2] [3] [4].

Sur la question de l’anthropomorphisme ou plutôt le zoomorphisme est avancé comme un argument de poids notamment avec les animaux de compagnie. Mais, c’est justement parce que les « végé » ont fait le rapprochement entre l’animal de compagnie et l’animal de bouche pour certains, qu’ils sont passés à une autre nourriture plus saine et plus éthique. En effet, un animal non-humain reste un animal non-humain.

À cour d’argumentation, Jean-Pierre Digard va jusqu’au « point Godwin » en émettant une contre-vérité sur le fait qu’Hitler était végétarien (p.78). Alors que dans les faits, si la politique nazi vantait effectivement le régime végétarien [5], Hitler n’a jamais été végétarien [6]. En allant plus loin dans ce raisonnement, puisqu’Hitler était flexitarien. J’imagine que les propagandes sur le flexitarisme à son image était du nazisme. C’est absurde tout comme son argument. Comment un chercheur de cette envergure peut-il mettre des « fake-news » dans un ouvrage destiné au grand public ?

[1Florence Burgat, « Jean-Pierre Digard, L’Animalisme est un anti-humanisme », L’Homme [En ligne], 229 | 2019, mis en ligne le 01 mars 2019, consulté le 29 avril 2020. URL : http://journals.openedition.org/lhomme/33751

[2Roche Daniel, « Histoire des Animaux. Questions pour l’histoire des villes », Histoire urbaine, 2016/3 (n° 47), p. 5-12. DOI : 10.3917/rhu.047.0005. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2016-3-page-5.htm

[3Jean-Luc Guichet, Enjeux de la question de l’animal sous les Lumières : Condillac, Diderot, Rousseau, Yale French Studies, URL : http://ecole-thema.ens-lyon.fr/IMG/pdf/Article_Guichet-2.pdf

[4Jacques Berchtold, Jean-Luc Guichet (dir.), « L’animal des Lumières », Dix-huitième siècle, n° 42, 2010, La Découverte.

[5Arluke Arnold, Sanders Clinton R. Le travail sur la frontière entre les humains et les animaux dans l’Allemagne nazie. In : Politix, vol. 16, n°64, Quatrième trimestre 2003. La question animale, sous la direction de Nicolas Dodier, Pierre-Benoît Joly et Cyril Lemieux. pp. 17-49

[6« It is well known that Hitler is a vegetarian and does not drink or smoke. His lunch and dinner consist, therefore, for the most part of soup, eggs, vegetables and mineral water, although he occasionally relishes a slice of ham and relieves the tediousness of his diet with such delicacies as caviar ... » in Otto D. Tolschuss, « At Home with the Fuhrer. » & « Where Hitler Dreams and Plans », New York Times, le 30 mai 1937