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Contrôler les "FakeNews" : une mauvaise idée

lundi 8 janvier 2018, par Pierre Le Bec

Emmanuel Macron dans ses vœux à la presse présidentielle s’est exprimé très longuement sur les fausses informations et des conséquences qu’elles entraînent notamment [1].

Les sites de « réinformation » pratiquent une désinformation volontaire à un stade quasiment professionnel. On pourra noter le cas de « RT France » ou encore « Sputnik », tout comme l’ensemble des sites d’information liés de près comme de loin à cette galaxie idéologique. Leur axe d’information s’est focalisé sur la défense de la candidature de Marine Le Pen. Dans la campagne présidentielle et législatives, ces derniers ont tenté d’influencer le scrutin en essayant de déstabiliser certains candidats. Tout deux sont des canaux officiels du pouvoir russe permettant une infusion lente des idées politiques et des positions géopolitiques dans le cadre des conflits à l’international comme en Syrie. Des sommes astronomiques sont déversées par le Kremlin pour déstabiliser les politiques intérieurs. La « stratégie de la tension » tant voulue par la « complosphère » crée des rapides partages à l’heure des réseaux sociaux. L’information parcourt l’ensemble de la métropole en quelques heures.

Les polémiques stériles sur fond de populisme accru se disséminent sur la toile comme une traînée de poudre. Le scandale prend de l’ampleur chez les « Insoumis » et les « Frontistes ». Tout deux y voient un moyen de l’appareil étatique permettant de réguler « une vérité officielle » et de reléguer les informations non-officielles aux stades de « fausses informations ». Leurs craintes réciproques aboutissent à la méfiance du chef de l’état de vouloir museler l’ensemble de l’opposition. À l’aube d’une montée en puissance des sites d’extrême-droite et rouge-bruns, les différentes mesures coercitives venant de la part de l’état risque d’être vues comme une tentative manifeste de « censure ».

Que faire ? Il reste à la décoder, et démontrer que ces dernières sont fausses. L’argumentation reste la seule solution digne d’une démocratie pour lutter concrètement contre les « fakenews ». Le problème suit que la « fact checking » devient la norme. Ainsi, les fausses informations seraient a priori réputées vraies sans que ces dernières soient démontrées qu’elles sont fausses [2], mais la raison et la rationalité de l’ensemble de la population doivent l’emporter.

L’époque « post-Charlie » où la liberté d’expression était acclamée semble se refermer progressivement vers une société de plus en plus liberticide et autoritaire. Toutefois, cette discussion fût présente dans les débats concernant l’état d’urgence à travers l’amendement n°CL41 [3]. Il s’agissait d’un amendement permettant de mettre la presse sous la tutelle de l’état.

Dans le cas présent, la meilleure des luttes contre les fausses informations et les rumeurs rances d’où qu’elles viennent reste sa déconstruction de manière matérialiste. Les faits et les arguments permettent dans une large partie à mettre à plat des fantasmes de certains auteurs de ces informations. La mauvaise foi des auteurs se cantonnent là où la raison semble s’arrêter. La répression renvoie également un signalement très fort à la démocratie, alors que les outils juridiques existent déjà. [4]. Les lois existent à ce sujet. La question de la liberté individuelle risque de se faire menacer par un risque de censure accru. Vouloir supprimer des textes sous prétexte qu’ils sont « faux » ou qu’ils troublent « l’ordre public » existe déjà. Ironiquement, il s’agit d’un article modifié en 2000 et entré en vigueur le 1er janvier 2002.

Notes

[1Il a d’abord déclaré que « c’est pourquoi j’ai décidé que nous allions faire évoluer notre dispositif juridique pour protéger la vie démocratique de ces fausses nouvelles. Un texte de loi sera prochainement déposé à ce sujet. En période électorale, sur les plateformes Internet, les contenus n’auront plus tout à fait les mêmes règles. ». Et ensuite en cas de « propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé permettant le cas échéant de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur concerné, voire de bloquer l’accès au site Internet. »

[2Le Trésorier du Front National, Wallerand de Saint-Just a déclaré sur Twitter (le 5 janvier 2018 à 13h18 : « @LibeDesintox comment savez-vous que cette nouvelle est fausse ? Elle n’est pas démontrée pour le moment, c’est différent. Arrêtez de voler au secours du président » à propos d’un compte que le Président de la République aurait au Bahamas. Il s’agissait d’une « fausse information » diffusée depuis les États-Unis d’Amérique dans le cadre des fameux « MacronLeaks ». Lancée par l’Alt-Right, elle avait pour objectif de déstabiliser le débat télévisuel de tous les candidats en lançant une suspicion de fraude à l’égard d’Emmanuel Macron.

[3« La Censure Censurée », Liberté d’expression | L’État d’Urgence, Les Dossiers du Canard Enchaîné, n°139, Avril 2016, pp. 9-10

[4L’article 27 de la Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse : La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d’une amende de 45 000 euros.

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