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Quel anticapitalisme pour Notre-Dame-Des-Landes ?

Episode 4

jeudi 15 février 2018, par Pierre Le Bec

La Zone à Défendre sur le bocage de Notre Dame Des Lande ne changera pas vraiment la manière dont nous analysons l’écologie politique.

Les occupations de différents lieux apparaissent comme symbolique, puis au fur et à mesure du temps se sont ancrés dans des formes de lutte à long terme, mais surtout « pour apprendre à vivre ensemble, à cultiver la terre, à être plus autonomes vis-à-vis du système capitaliste ». Que cela signifie-t-il « cultiver la terre » tout comme être « autonome vis-à-vis du système capitaliste » ? L’un renvoie manifestement à un retour progressif à la Terre. Les « néoruraux » pensent que l’avenir se joue à la campagne. La seconde renvoie manifestement aux communautés autonomes arborant un système de production différent vis-à-vis du capitalisme. Or, la ZAD n’est pas un Kibboutz, elle ne produit rien. L’organisation peut-être certes différente de celle employée dans les démocratie libérale, mais dans tous les cas, les personnes vivent du capitalisme que cela soit à travers les prestations sociales ou des différentes marchandises que celui-ci génèrent. Plus largement, la vie en autarcie ne s’inscrit absolument pas dans une vision anticapitaliste de près comme de loin.

À propos de l’occupation des maisons, des fermes ou même des champs, on constate simplement que cela génère de nombreux contentieux juridique, avec des procédures à rallonge. Cette occupation peut rendre possible une opposition entre différentes visions du monde. Si l’ensemble des occupations s’inscrit dans une logique clairement écologiste. En revanche, on ne pourra affirmer qu’il s’agit d’une vision anticapitaliste de la Société dans le prisme de « l’altermondialisme ». À défaut, on pourra dire qu’il y a clairement un vecteur « altercapitalisme » dans cette lutte. Une volonté de soustraire aux règles du Capitalisme hégémonique comme il est donné, mais aussi de tenter de recréer un système économique différent de celui imposé à chacun, tout en gardant le capitalisme.

Cette opposition frontale ne s’inscrit pas logiquement dans l’antagonisme « croissance » et « décroissance ». Les deux modes de raisonnement restent compatibles avec le capitalisme. La cohérence veut que l’opposition structurelle se résume entre « capitalisme » et « post-capitalisme ». On ne pourra changer l’Anthropocène, ni même en sortir. Nul ne pourra douter que sous le « post-capitalisme » se fonde une société construite, ordonnée, technologique, mais aussi écologiste sans pour autant sombrer dans un « mysticisme » du « retour à la terre nourricière ». Le néoconservatisme s’inscrit dans l’enracinement des campagnes en opposition aux villes.

L’expérience en cours dans sa volonté d’autogestion temporaire, voir définitive s’inscrit toutefois dans « la protection de la terre nourricière » et des « terres agricoles ». L’enracinement de ce microcosme est devenu un symbole de lutte pour nombreux réformistes. Les « Zadistes » habitant de la « ZAD » portent parfois des concepts mystiques pour tenter de s’opposer au projet de l’aéroport.

Ce n’est pas en construisant des potagers, en mettant en œuvre différentes constructions que l’on combat le capitalisme et son antagonisme de classes. Ce n’est pas en cultivant du chou-fleur que l’on parvient à renverser l’oppression de la classe dominante vis-à-vis des travailleurs. L’opposition au groupe « Vinci » ne permet pas de se positionner contre les propriétaires de l’entreprise qui exploitent les travailleurs. Au contraire, la question sociale de la multinationale pourrait mieux évoquer dans la manière, dont elle oppresse les travailleurs (dont ceux qui seraient détachés) pour en tirer le maximum de profit.

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