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Autriche : Coalition entre la droite et de l’extrême-droite

lundi 18 décembre 2017, par Pierre Le Bec

Le futur chancelier conservateur Sebastian Kurz (ÖVP) à gauche, aux côtés de Heinz-Christian Strache, futur vice-chancelier (FPÖ). © AFP / Askin Kiyagan / ANADOLU AGENCY

Le Parti Populaire (ÖVP, droite radicale) et le Parti de la Liberté (FPÖ, extrême-droite) sont tombés d’accord sur un accord de gouvernement portant sur la gestion par l’extrême-droite de six ministères, dont trois régaliens.

Sebastian Kurz (Membre du Parti populaire autrichien (ÖVP)) a déclaré pendant une conférence de presse que « nous sommes parvenus à un accord de gouvernement pour les cinq prochaines années afin d’apporter le changement promis ». Le Parti de la Liberté n’était pas plus rentré au gouvernement depuis 2005. La nouvelle alliance avec le Parti Populaire (ÖVP : Österreichische Volkspartei) soulève de nombreuses questions en Europe face à la montée du nationalisme, du populisme et de l’ethnocentrisme. La Nouvelle Droite marque de nombreux points en réussissant l’union quasi-absolue des différentes mouvances au sein de la droite. Cette alliance se base sur la conquête de trois ministères clefs pour l’extrême-droite : l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères.

De son vrai nom, le Freiheitliche Partei Österreichs fût réorienté par Jörg Haider à partir de 1986. L’ancien dirigeant était connu pour sa participation annuelle à une amicale d’anciens SS [1]. Cette vision mielleuse avec la nostalgie du Reich n’est pas sensée la portée de l’idéologie encore bien présente du nazisme au sein des différentes extrême-droites en Europe. De nombreux partis politiques, dont le Front National s’inscrivent dans cette poursuite idéologique, malgré des réorientations politiques aboutissant à sa dédiabolisation, afin de rendre plus crédibleq les opinions liées à l’extrême-droite, mais surtout remettre le Nationalisme et les idées subsidiaires comme crédibles.

Avec une croissance prévue de 2,8% pour 2017 et 2018 selon l’institut autrichien Wifo et un taux de chômage autour de 7,5% selon l’Autriche et 5,5% selon l’Union Européenne, on peut dire que ces deux facteurs ne permettent pas d’expliquer le malaise en Autriche pour propulser à des niveaux records le FPÖ. Les sujets de la campagne se sont orientés sur la question de l’Islam en Autriche et de l’immigration. Un fond de commerce « xénophobe » et « antimigrant » a été déversé de manière violente. Les questions économiques ont été rattachées aux migrants. L’émotion, la réaction, le sensationnalisme a primé pour favoriser les droites. N’est-ce pas Kurtz qui déclarait que « nous devons protéger notre système social (...) sur le long terme. Pour y parvenir, nous devons le préserver d’une montée de l’immigration » ?

Durant les législatives qui se sont tenues à la mi-Octobre, les résultats sont les suivants pour les deux partis de la droite Autrichienne :

Pourcentage des Votes des droites en Autriche
ÖVP FPÖ
Nombre de voix 31,5% 26%

La coalition « bleue-brune » fait figure d’une tâche, mais aussi s’intègre comme la montée en puissance d’une société conservatrice et libérale. L’Eurosceptisme s’intègre parfaitement dans le programme. Dans le fond, si les classes populaires ne votent plus pour le SPÖ (Sozialistische Partei Österreichs), elles préfèrent le programme clairement pauvrophobe du FPÖ. Les conséquences risquent d’être désastreuses. La prise du ministère de l’Intérieur souligne également un durcissement très profond des forces de l’ordre. Dans la mythologie identitaire et d’extrême-droite, la hausse de l’autorité et de la sécurité reste bénéfique pour la population, alors que dans les faits, elle sert la main droite de la classe dominante et du patronat. La gestion risque d’être compliquée.

Le PPE (Parti Populaire Européen) devra également débattre de l’alliance de ses membres avec le MENL (Mouvement pour l’Europe des Nations et des Libertés). La droite se sent traverser par le désir de s’unir. N’oublions pas que l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Union européenne à partir de cet été, c’est-à-dire M. Kurtz. Sur les alliances, n’est-ce pas Virginie Calmels qui déclarait sur la chaîne de BFM-TV que « pour le moment, nous la [l’alliance avec le Front National - NDLR] refusons nous ». La dialectique met également en évidence une certaine convergence entre Les Républicains et le Front National. Il s’agit d’une question d’ensemble. La droite se reconstruit successivement vers un mouvement conservateur toujours plus fort, avec toujours plus d’identité, mais aussi un ancrage très traditionaliste au niveau culturel. Cette reconstruction se base sur la dédiabolisation de l’extrême-droite et la droite devenue clairement décomplexée au fur et à mesure. L’alliance autrichienne ouvre la voie à des alliances sur l’ensemble de l’Europe. La poussée de l’extrême-droite ne restera pas sans conséquence. Pour la stabilité de l’Union Européenne, les conservateurs sont prêts à mettre en place des coalitions « bleue-brune », sauf en Allemagne.

Après la dérive autoritaire en Hongrie, où la démocratie n’existe quasiment plus, du fait des mesures de Viktor Orbán, l’Autriche suit cette mouvance où dans le fond, chacun européen le sait. Il s’agit dans un retour des pires dictatures avec quelques élections pour la forme.

Notes

[1Mossé Éliane, « De Jörg Haider à Heinz-Christian Strache : l’extrême droite autrichienne à l’assaut du pouvoir, Patrick Moreau. Paris, Éditions du Cerf, 2012, 640 pages », Politique étrangère, 2013/1 (Printemps), p. 196-198. [En Ligne], consulté le 17 décembre 2017, URL : https://www.cairn.info/revue-politique-etrangere-2013-1-page-196.htm

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