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Trump jette le feu sur le Jérusalem

vendredi 15 décembre 2017, par Pierre Le Bec

Le président américain Donald Trump tient un mémorandum signé après avoir prononcé son discours concernant Jérusalem depuis la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017, sous le regard du vice-président américain Mike Pence. (Crédit : Saul Loeb / AFP)

Donald Trump a reconnu la ville de Jérusalem comme capitale de l’État Hébreux. Cette reconnaissance fragilise un peu plus la situation actuelle au Moyen-Orient et remet sérieusement en cause la solution à deux états pour Israël et la Palestine pour garantir la paix.

Le président des États-Unis d’Amérique a déclaré « officiellement Jérusalem comme capitale d’Israël ». Jérusalem situé au Moyen-Orient est géré par Israël, la Palestine et la Jordanie pour la Mosquée Al-Aqsa. La ville est le fédérateur du monothéisme : Judaïsme, Christianisme et l’Islam. Nul ne peut douter du lien entre Jérusalem et le Judaïsme. Dans le cadre des discussions du processus du paix, il aurait mieux fallu faire une distinction d’importance en appuyant la partie Ouest de Jérusalem et non la globalité de la ville. La colonisation progressive de la partie Est risque de se retrouver débrider. Dans le cadre de la position de l’Agent Orange, il s’agit d’un symbole pour mettre en application un engagement de campagne tout en s’adressant en particulier aux évangélistes au nom de « l’arc biblique ». Celui-ci unirait les deux religions juive et chrétienne. Dans une logique fondamentaliste et clientéliste, Donald Trump tente de se rapprocher de l’électorat fanatique évangéliste. Il défend les positions partagées en vue d’une réélection. Le rapprochement avec l’extrême-droite israélienne s’enracine parfaitement dans le mouvement des « Républicains ». Ce dernier est puissamment ancrés dans les thèses proche de la « droite alternative ». Une contradiction importante puisque la campagne de Donald Trump a démarré sous le signe de l’antisémitisme le plus virulent et le négationnisme, avec un soutien très important de la mouvance néo-nazie et suprémaciste américaine.

Le Congrès américain a voté le « Jerusalem Embassy Act » le 23 octobre 1995. En adoptant le décret de transfert de l’ambassade des Etats-Unis d’Amérique depuis la capitale reconnue vers Jérusalem, Donald Trump tente de démonter qu’en réalité sa vision se réduit à appliquer la loi de son pays en opposition des différentes résolutions de l’ONU. La Nation devant les intérêts internationaux, symbole du identitaire de Donald Trump. De même, face aux différentes mises en garde de la Communauté internationale, il a refusé d’écouter les critiques pour agir de manière solitaire. Cette vision spontanéiste s’accompagne par une méthodologie qui n’anticipe jamais les conséquences. Le symbole aura des retombés politiques, économiques, mais aussi géopolitiques.

Il ne va s’en dire que si Donald Trump a fait un de ses champs de bataille, une lutte officielle contre l’islamisme, il vient d’ouvrir la voie à une ère toujours plus dangereuse. La question palestinienne trouve un lien très proche dans l’islamisme. Vouloir absolument renforcer les relations avec le gouvernement israélien entraîne un enracinement profond de l’obscurantisme. Privilégier la force à la discussion a ouvert la voie à une « nouvelle intifada ». Les conséquences des différents actes s’accompagnent par une internationalisation du conflit israélo-palestinien. En répercussion, des actes peuvent paraître comme potentiellement désastreux dans le cadre des relations internationales. On ne peut évidemment pas passer sous silence le renforcement du « Hamas », parti pour les uns, organisations terroristes pour les autres. Son influence sur la bande de Gaza et la Cisjordanie reste très importante. Dès lors, les frustrations, les différentes colères des Palestiniens sont canalisées par un mouvement obscurantiste aboutissant évidemment sur le terrorisme, dont les Israéliens et les Palestiniens en seront les premières victimes. On ne peut passer sous silence les rockets lancées, tout comme les raids aériens en représailles. En Europe, en Afrique ou en Amérique du Nord, les manifestations politiques contre la colonisation de Cisjordanie, la reconnaissance de la Palestine aboutissent à une confessionnalisation importante, cela s’accompagne également par un antisionisme nouveau (loin du Bund) [1] assimilant pleinement l’antisémitisme. Par exemple, de nombreux Juifs sont attaqués, car leur religion est assimilée à l’Etat Hébreux [2].

Qu’apporte la reconnaissance de l’ensemble de la ville au processus de paix ? Rien, si ce n’est sa fragmentation progressive. De même, la volonté du gouvernement israélien actuelle ne s’inscrit pas plus que celui de l’Autorité Palestinienne à une solution à deux états. Une chose apparaît clairement, ce ne sont pas les travailleurs qui sortent vainqueur du nationalisme rampant, mais bien la classe dominante.

Notes

[1Weill Claudie, « Le Bund russe à Paris, 1898-1940 », Archives Juives, 2001/2 (Vol. 34), p. 30-42. URL : https://www.cairn.info/revue-archives-juives-2001-2-page-30.htm

[2Caroline Politi, Antisémitisme : « En 2017, on a dû déménager parce qu’on est juif », 20 Minutes, 13 décembre 2017, [En ligne] | Consulté le 15 décembre 2017, URL : http://www.20minutes.fr/paris/2184191-20171213-antisemitisme-2017-demenager-parce-juif

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