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La Théorie du ruissellement : un contresens économique

vendredi 1er septembre 2017, par Pierre Le Bec

Les adeptes de la "Trickle Down Economic" (La théorie du ruissellement) multiplient les démonstrations en affirmant que les mesures économiques destinées à augmenter la richesse des classes aisées favorisent les classes populaires et fait diminuer la pauvreté.

La théorie du ruissellement peut-être considérée comme la "mère" des théories libérales. Cette dernière possède un socle essentiel pour promouvoir la "la politique de l’offre", et par ailleurs servir de "mirage" aux réformistes libéraux. Les mesures fiscales en découlent servant exclusivement la bourgeoisie sont mise en application avec comme "illusion" la baisse de la pauvreté à moyen et long terme.

La question des inégalités de richesse semble une question primordiale. Il convient de s’attaquer dans un premier temps sur la "théorie du ruissellement" en contradiction avec "l’accumulation du capital" et la "baisse tendancielle du taux de profit". Il convient aussi de souligner l’impacte du syndicalisme dans le niveau des inégalités sociales. Plus récemment, on conviendra que la théorie du ruissellement si elle n’existe pas de la classe dominante vers les classes populaires et moyennes, c’est peut-être parce que la théorie du ruissellement se fait des classes populaires et moyens vers la classe dominante.

1- La théorie du ruissellement est une contradiction à la théorie de la baisse tendancielle de l’accumulation du taux profit

Imaginez Pierre Gattaz affirmer "plus gros sera mon gâteau, plus nombreuses seront tes miettes". La hausse des profits et des aides au patronat, à la classe dominante génère d’avantage de retombées économiques plus les plus démunis à travers une hausse des salaires. Dans la phrase, les miettes augmentent. Il s’agit de la fumeuse "théorie du ruissellement".

Le quinquennat de François Hollande aura rythmé au son de la diatribe en conférence de presse nationale que "l’offre crée la demande". Une approche qui pousse nécessaire à la politique de l’offre. Cette dernière a abouti à une multitude de mesures dont le CICE apparaît comme le sésame. En effet, près de 40 Mds d’euros ont investit dans les entreprises afin de baisser le coût du travail, mais aussi créer des emplois. Le résultat est sans appel, la mesure a créé près de 40 000 emplois, c’est-à-dire 27,5 à 50 fois moins prévu. En revanche, le CICE a permis d’augmenter le taux de marge des entreprises passant de 29,7% en 2014 à 32% en 2017.

La croissance reste très faible, les inégalités progressent, le chômage ne baisse pas.

La question de la croissance et de la baisse de pauvreté semble être un défi majeur pour l’ensemble de l’Humanité. Même si le taux de croissance ne caractérise absolument la hausse de la richesse d’un pays, tout comme de sa répartition. Les libéraux comme les keynésiens ont intérêt à voir le PIB augmenter d’une année sur l’autre.

Les politiques mises en place favorisent en outre les plus riches, et sont souvent basées sur les grandes organisations comme le FMI, la BCE, la Commission Européenne, etc. On notera qu’en 2015, le FMI affirmait que :

Nous constatons que l’augmentation de la part des revenus des pauvres et de la classe moyenne augmente réellement la croissance, tandis qu’une part croissante des revenus des 20% les plus élevés entraîne une baisse de la croissance, c’est-à-dire lorsque les riches deviennent plus riches, les bénéfices ne diminuent pas [1]

Pourtant, Christine Lagarde sur le projet d’Emmanuel Macron affirme que

Le nouveau gouvernement mène avec résolution un programme économique ambitieux afin de rendre l’économie française plus dynamique et ses finances publiques soutenables [...] Les réformes prévues du marché du travail et de la fiscalité visent à insuffler de la vigueur à la croissance, à l’emploi et à la compétitivité [...] Le gouvernement insiste à juste titre sur la nécessité de maîtriser le niveau élevé des dépenses publiques, ce qui devrait contribuer à réduire progressivement le déficit public et le niveau d’endettement tout en dégageant des marges de manœuvre pour des allégements fiscaux [2]

Il s’agit d’une contradiction interne à l’organisation en question. Cette dernière est traversée par un débat de fond où la doxa libérale est remise en question entre les lignes, afin de ne pas perturber les différentes mesures prônées par le FMI lui-même.

La théorie du ruissellement va de paire avec le concept de la redistribution des richesse que la bourgeoisie fait. Or, les mises en application comme le démontre le FMI (sic) tendent à augmenter les inégalités de richesse. Autrement dit, les mesures que projette et soutient le FMI conduisent à "une baisse de la croissance" voir une "croissance nulle" avec les effets du chômage lié à cette croissance.

Or, une croissance faible et une croissance nulle se confrontent immédiatement à la "Loi d’Okun". Cette dernière met en rapport le taux de chômage et le taux de croissance. Si la croissance est inférieure à la croissance minimale pour que le chômage baisse, c’est-à-dire inférieur à environ 1.7% par an, alors le chômage continuera de croître.

On sait que la classe dominante a tendance à mettre l’argent dans des investissements qui ne permettent de baisser la pauvreté : l’épargne, l’utilisation de paradis fiscaux, etc. Tout cela conduit manifestement à une baisse de l’imposition, et donc de la redistribution des richesses.

Le but principal de la classe dominante n’est pas la redistribution des richesses, mais "l’accumulation du capital". Parce que les propriétaires des moyens de productions, c’est-à-dire les actionnaires et ceux qui bénéficient d’actions via des "stock-option" ont pour objectif d’accroître leur capital et non d’en redistribuer une partie. La redistribution du capital est la source, selon eux d’une baisse de l’investissement, de la fuite des capitaux, mais surtout d’une baisse de la consommation des classes dominantes créant selon une certaine part la responsabilité du chômage.

Le taux de profit a tendance à baisser progressivement sur le long terme. Pour réaliser un taux de profit toujours élevé, il convient de baisser les différentes taxes, les impôts ainsi que les cotisations afin de maximiser le profit. Cela se traduit par une baisse de l’impôt sur les Sociétés, une baisse des cotisations sociales patronales (baisse du salaire brut et super brut).

La limite de ces réformes pousse évidemment à s’interroger lorsque celui-ci les taux seront fixés à zéro, et que le taux de profit continuera de baisser. Il arrive un stade où la rupture apparaît comme évidente.

Or, la baisse tendancielle du taux de profit selon les libéraux

s’expliquerait seulement par le fait que les difficultés croissantes à fournir les moyens de subsistance élèvent la valeur de la force de travail et font chuter le taux de plus-value. [3]

Autrement dit, pour les capitalistes, la baisse des profits est liée uniquement au fait que les salaires seraient trop élevés. Pour faire à ces salaires, le seul moyen réside dans la "compression salariale" et la "baisse des salaires". Or, nous venons de le démontrer, cette baisse est justement le fruit de la hausse des inégalités de richesse et de la baisse "tendancielle" du taux de croissance.

Marx évoque que l’abaissement des salaires reste

une des causes les plus importantes qui freinent la tendance à la baise du profit [4]

On constate dès lors que la théorie du ruissellement provoque une hausse des inégalité. Autant dire que les vaguelettes n’arrivent jamais sur les classes populaires. Par contre, son utilité sert davantage la classe dominante dans son accumulation du capital.

Un exemple de la théorie concerne la baisse de l’ISF financée en partie par la baisse des APL. Nous avons une baisse de 2 Mds d’euros pour les 300 000 foyers les plus aisées, mais une baisse de l’APL de l’ordre de 5 euros par foyers voir jusqu’à 15 à 20 euros, quand ces derniers passent en dessous du seuil d’aide, c’est-à-dire, de l’aide minimale. De ce fait, l’enrichissement des uns se fait la paupérisation des autres. Le ruissellement existe, mais il va des classes populaires et moyennes vers les classes aisées. Ces dernières accumulent un capital et une fortune grâce aux sacrifices des classes les plus pauvres.

2- Le taux de syndication et les inégalités sociales

Ensuite, il convient de constater qu’il existe un lien entre le taux syndication et les inégalités sociales :

Les différentes mesures que propose la "Loi Travail" avec la baisse du syndicalisme dans les entreprises, le renversement de la hiérarchie des normes va de paire avec la hausse des inégalités. Il convient de suivre cette logique puisque celle-ci s’inscrit dans le "néo-corporatarisme".

L’intégration de l’Union Européenne sur le plan économique s’est faite sur la doctrine néo-libérale et des thèses "néo-corporatistes". Le modèle économique que l’Union Européenne impose à travers des réformes à différents pays afin de développer l’idée de la flexibilisation du marché du travail. Un marché plus flexible dans la théorie libérale apparaît comme un marché plus dynamique, plus propice à l’emploi et la baisse du chômage.

Le syndicalisme dans de nombreux pays a arraché des droits au sein du travail par de longues luttes. De ce fait, ces droits apparaissent pour la classe dominante comme des "freins à l’embauche", mais aussi à la lutte contre "le chômage". En conséquence, l’un des objectifs principaux reste la suppression progressive du syndicalisme à travers la baisse du nombre de ses adhérents. Cette baisse se traduit par un poids plus faible dans le rapport de force vis-à-vis du patronat.

De ce fait, le néo-corporatisme a pour objectif à long terme de détruire le syndicalisme en privilégiant les accords entre le patronat et les salariés sans passer par un code du Travail. Autrement dit, cela sous-entend que les intérêts du patronat sont les mêmes que les intérêts des travailleurs. Cela va de paire avec la vision monarchiste des corporations, mais remis au goût du jour et surtout modernisé.

Les conséquences sont pourtant importantes : la baisse du nombre de personnes syndiquées augmentent les inégalités sociales, mais ne fait pas baisser le chômage.

On peut dire que les vaguelettes qui sont censées parcourir l’ensemble des classes sociales pour aboutir à la vision suivante : "plus de riches, plus et des pauvres moins pauvres" se retrouvent confronter aux cycles économiques.

Notes

[1Era Dabla-Norris, Kalpana Kochhar, Nujin Suphaphiphat, Frantisek Ricka, Evridiki Tsounta, Causes and Consequences of Income Inequality : A Global Perspective, FMI, 15 Juin 2015, https://www.imf.org/en/Publications/Staff-Discussion-Notes/Issues/2016/12/31/Causes-and-Consequences-of-Income-Inequality-A-Global-Perspective-42986 : "We find that increasing the income share of the poor and the middle class actually increases growth while a rising income share of the top 20 percent results in lower growth—that is, when the rich get richer, benefits do not trickle down."

[2FMI, France : Conclusions de la mission de consultation de 2017, FMI, 17 Juillet 2017, http://www.imf.org/fr/News/Articles/2017/07/17/ms071717-france-staff-concluding-statement-of-the-2017-article-iv-mission

[3Bauer Otto, « L’accumulation du capital », Cahiers d’économie Politique / Papers in Political Economy, 2006/2 (n° 51), p. 287-309. DOI : 10.3917/cep.051.0287. URL : http://www.cairn.info/revue-cahiers-d-economie-politique-2006-2-page-287.htm

[4Karl Marx, Capital III, troisième section, chapitre X : influence contraire, II. abaissement du salaire, p. 1580, Folio Essais 2008

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