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La Transformation de la social-démocratie et de la droite classique dans un bloc unifié

Episode 1

vendredi 8 décembre 2017, par Pierre Le Bec

La vieille social-démocratie s’est mutée progressivement dans le social-libéralisme, le néo-libéralisme et le néo-conservatisme. Ces trois courants semblent fondamentaux pour que le capitalisme perdure, mais se fondent sur le patriotisme et le nationalisme pour démontrer la logique d’un discours interclassiste.

L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République a mis en évidence l’implosion du Parti Socialiste, Les Républicains et le Front National. Une reconstruction politique se concentre avec l’émergence du mouvement « En Marche » [1] devenu « La République En Marche ». Les Républicains se sont divisés avec la création d’un mouvement « les Constructifs » pouvant se transformer en parti politique. Le Front National a permis l’émergence du parti « les Patriotes ». Il existe une rivalité entre la France Insoumise (et/ou Parti de Gauche) et le Parti Communiste Français. La recomposition du tissu politique semble très dense, tant sur les alliances que sur les lignes construites pour les prochaines années. Pourtant, si la décomposition ambiante s’intensifie, la porosité entre les lignes antagonistes se confirme progressivement. Au rythme d’un confusionnisme idéologique toujours plus puissant, toujours plus féroce, toujours plus subtil, les repères qui font l’identité des lignes politiques s’effacent progressivement. Ainsi, l’implosion de tous les partis met en évidence une convergence de fond accès sur un triptyque nouveau : « Laïcité, Nation et Travail ». Sous une forme libérale, les formations se retrouvent pleinement dans un nationalisme et patriotisme revisité. Le triptyque n’est pas très éloigné de celui des néosocialistes de l’avant-guerre : « Ordre, Autorité, Nation ».

La droitisation du discours met en évidence des stratégies multiples concernant l’endiguement de l’extrême-droite. La volonté d’imposer l’autoritarisme tant promis par l’extrême-droite et la droite radicale apparaît nécessaire pour éviter un tel pouvoir n’arrive interroge et pose question. La peur profonde du Front National et des Patriotes ne laissent guère d’illusions qu’une grande partie de l’idéologie fasciste. L’endiguement politique promis par « les Castors » se résume à un leurre et une trahison idéologique. Nous sommes à une intégration progressive des idées les plus réactionnaires. Jusqu’où la société pourra résister sans tomber dans la barbarie qu’ils préparent ? Une question témoignant du ravage de l’effondrement de la social-démocratie en France. Dans l’entre deux guerres, les néosocialistes s’inspiraient du fascisme pour contrer justement le fascisme. Les temps ont changé, mais les méthodes sont restées les mêmes.

En période de crise, les mouvements politiques se restructurent pour faire front commun. La bourgeoisie se sert de différents paravents pour imposer ses différentes réformes, notamment pour conforter sa position dominante. Le fait de nier le caractère d’une « lutte des classes » débouche obligatoirement sur un « interclassisme » et un « compromis de classe ». Ce compromis permet de stabiliser les différentes classes sociales dans leurs revendications respectives. Sous une question d’un « interclassisme », le gouvernement s’associe à des mesures dans le but de « faire réussir la France » [2]. La question de la méritocratie aspire l’une des valeurs libérales les plus profondes. La puissance de l’économie néoclassique dans le jeu de l’économie politique permet d’affirmer que le « compromis de classe » actuel ne permet de dépasser les différents stades de la crise, mais aussi les cycles économiques structurels liés au capitalisme. L’autorégulation du capitalisme a lieu tous les dix ans. Avec une économie mondialisée, les phases d’expansion et de déclins s’intensifient, tout en étant de plus en plus court. Les phases de « crise » permettent de détruire l’ensemble des gains résultants des politiques d’ajustement structurel. Que faire lorsque « l’indice Shiller » est situé au-dessus du niveau de 1929 [3] avec une Krach susceptible de plomber dans l’ensemble des économies respectives ?

Les conséquences risquent d’être identique à celle de 2007-2008. À savoir que les politiques liés à l’ajustement structurel mis en place par les gouvernements néolibéraux risquent de se retrouver avec des résultantes plus dramatiques. Dans le cas, d’une économie mondialisée, le Krach d’une bourse a des incidences sur les autres bourses. De ce fait, si Wall Street chute, les incidences toucheront les autres bourses, avec des menaces importantes de « banqueroute » et de « faillite » due à la baisse de la valeur de leurs actions. La mondialisation reste factuelle avec une augmentation de l’interaction entre les différentes économies due à la financiarisation toujours plus galopante.

Lorsque le système banquier s’effondre, les banques peuvent recourir à un « bail-in », mais aussi à un « bail-out » pour éviter la faillite des banques dite structurelles au nom du principe « too big to fail ». Le problème majeur reste que le recouvrement de la dette privée des banques se transforme en dette publique des états, augmentant le déficit à court et long terme. L’état sauve les banques, mais les banques servent à enfoncer les états. La dette augmente de façon galopante dépassant certains seuil d’alarme.

La social-démocratie de par sa gestion calamiteuse de la crise tentera toujours divers recours pour camoufler ses erreurs stratégiques. La transformation vers un mouvement social-libéral. Le néolibéralisme reste la valeur principale entre les trois mouvements cités plus haut. L’objectif reste de la dépense publique pour réduire à zéro le déficit. Un déficit lié en grande partie à la crise économique de 2007-2008. Les stratégies pour le réduire divergent, mais le fond reste identique. Qu’en sera-t-il pour la prochaine crise ?

La mise en place d’une société de surveillance concerne autant les chômeurs, les personnes recevant des allocations, mais aussi les citoyens concernant la sécurité. Dans le cas du néolibéralisme, les inspirations identitaires restent multiples et très profondes. L’aspect des questions tournant autour de l’identité devient une clef de voûte permettant l’explosion idéologique des différents mouvements et sa reconstruction sur une forme conservatrice, réactionnaire et libérale (au sens économique). Les polémiques multiples autour de la Laïcité, des Musulmans, des Immigrés ou même de la Patrie permettent d’incorporer doucement les valeurs rétrogrades d’une société oubliée, en déperdition tout en se sentant revivre et renaître. Le déclassement et le déracinement dans le discours permettent de créer une opposition religieuse, ethnique et nationale pour favoriser une division toujours plus grande, mais au nom d’une méritocratie. Cette division sacrée reste celle d’un patriotisme rance, dangereux, dont les mains sont gorgées de sang.

Notes

[1En choisissant En Marche comme nom de son mouvement, Emmanuel Macron établissement un culte de personnalité et du chef, en mettant en évidence deux acronymes identiques. Laisser aucune voie dissonante, puisque le parti est Emmanuel Macron et Emmanuel Macron est le parti. Ce culte de la personnalité met en évidence son rejet en profondeur de la République, de l’université, mais aussi de la démocratie à la Française

[2« Le gouvernement l’interprète pour sa part comme une ardente obligation de réussir. La confiance des électeurs passe par notre exemplarité, un engagement sans faille et des résultats tangibles » dans la Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur la victoire de l’alliance de La République en marche ! (LREM) et du MoDem lors du second tour des élections législatives, à Paris le 18 juin 2017.

[3Pascal Riché, « La Bourse joue à "fais-moi-peur" avec l’indice Shiller », L’Obs, 04 décembre 2017, [En Ligne] | Consulté le 5 décembre 2017, URL : https://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20171204.OBS8359/la-bourse-joue-a-fais-moi-peur-avec-l-indice-shiller.html

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