[Blog Marxiste de Pierre Le Bec]

Emmanuel Macron et la situation grecque

jeudi 2 novembre 2017 par Pierre Le Bec

Emmanuel Macron dans son voyage en Grèce, dans un pays meurtri par le refus démocratique de l’Union Européenne, de la BCE et des pays de la zone euro, mais aussi par la radicalisation extrémiste des néolibéraux.

Pour donner différents gages concernant la dette grecque, la démocratie a largement été endommagée, voir sacrifiée. L’exemple du « Oxi » laisse rêveur sur la capacité des différents états dans la « zone euro » à respecter les initiatives démocratiques des différents états, notamment lorsqu’elles s’opposent à l’économie libérale. Cela laisse sous-entendre et à de multiples raisons que le libéralisme ne peut-être compatible avec la démocratie.

Les prises de position de la BCE à l’égard de la Grèce traduisent un problème démocratique très profond. Cela permet d’affirmer que les démocraties parlementaires ont laissé des outils profonds, dont elles n’ont aucun contrôle, tout comme le Parlement européen. Si la BCE possède une liberté de mouvement presque totale, alors toutes les démocraties européennes représentent un danger pour la BCE. Le rapport de force devient nécessairement déséquilibré. Tordre le bras pour faire adopter des mémorandums d’austérité s’oppose à tout concept de la démocratie. Les élus sont forcés de voter des textes, dont ils ne sont d’accord, mais face au chantage, à la coupure des liquidités vis-à-vis du pays, ils n’ont plus le choix. Ce choix imposé par la violence et le cynisme interroge profondément sur la BCE et de sa vision démocratique inexistante. On pourrait dire que la BCE s’oppose à toute forme de démocratie dans le sens qu’elle refuse toute décision qui s’oppose à la doctrine néoclassique. Ainsi, La BCE dans son fonctionnement et son autonomie apparaît comme une menace pour l’ensemble des pays de la « zone euro », puisqu’elle peut faire la pluie et le beau temps, sans qu’elle soit contrôlée. La monnaie non-contrôlée suit la logique libérale, mais cette logique apparaît comme dévastatrice.

Pourtant, Emmanuel Macron vante la démocratie en Grèce :

Sur la Pnyx, prévalaient le goût de la parole libre, du débat, voire de la controverse. Aussi, je veux vous tenir ce soir un discours de vérité, un discours sans ambages : en Europe aujourd’hui, la souveraineté, la démocratie et la confiance sont en danger. Vous le savez mieux que personne car ce qu’on a appelé « la crise grecque » l’a révélé au grand jour.

[...]

Remonter l’histoire grecque, c’est rencontrer la force de cette démocratie, la force de ce débat et c’est cela ce que je veux qu’ensemble nous puissions retrouver pour notre Europe. Mais je veux, au-delà, que le fonctionnement quotidien de l’Europe de demain soit plus démocratique à nouveau, que nous sortions des règles inventées par quelques-uns pour le plus grand nombre et que nous retrouvions plus de démocratie dans notre fonctionnement quotidien.

Une contradiction importante que l’on mettra de côté. D’autant que la démocratie athénienne n’a rien de démocratique, le tirage au sort permet d’affirmer que les citoyens ne représentaient qu’eux-mêmes. Ce système était basé sur une société esclavagiste. La démocratie à Athènes n’est plus que l’ombre d’elle-même balayé par les mémorandums, comme si Ouragan dévastait progressivement le pays.

Les deux réponses ayant été apportées pour répondre à « la crise grecque » se traduisent d’une part via des réformes structurelles aboutissant à une baisse des dépenses publiques afin de mettre les budgets de l’état à l’équilibre pour générer des excédents primaires ayant pour conséquence le remboursement de la dette publique et d’autre part une augmentation systématique de la répression contre les forces démocratiques nécessaire pour les gouvernements successifs afin de faire face à la colère de la rue pour mettre en œuvre les différentes mesures d’ajustement structurel.

Les différentes réformes du marché du travail, ainsi que celle des retraites ont eu pour objectif de débrider la flexibilité, à travers une inversion dans la hiérarchie des normes. Ces dernières permettent de licencier massivement lorsqu’une crise économique apparaît permettant d’élever massivement le chômage sur un temps plus court. Lorsque le chômage augmente massivement, la rhétorique libérale affirme que le manque de flexibilité crée le chômage, alors que justement la flexibilité a pour objectif de créer le chômage de façon endémique en période de crise. Cela génère entre autre une augmentation des dépenses publics sur les différentes allocations concernant les chômeurs, se traduisant par une augmentation du déficit public. Pour remanier à ce problème, les libéraux affirment que les chômeurs vivent des aides publics et ne veulent pas travailler, alors ils baissent les différentes aides sociales. Un cercle dystopique se met en place provoquant un exode massif des habitants du pays pour fuir la précarité, la famine, mais aussi le chômage endémique résultant des mesures de flexibilisation.

De même, la flexibilité du marché du travail ne génère en aucun cas des hausses de productivité pour les différents pays. Au contraire, ces différents mécanismes tendent à détruire la productivité des entreprises, ce qui se traduit pas une baisse massive de la compétitivité des entreprises.

Ces mesures d’après les libéraux permettent de lutter efficacement contre le chômage. Pourtant, elles ont généré une baisse importante des salaires causant une augmentation très importante du taux de chômage (jusqu’à 27%) [1] et d’une baisse des retraites accompagnée d’une hausse de la durée des cotisations. Une politique de paupérisation de masse pour satisfaire les intérêts minoritaires, mais qui n’ont pas permis de résoudre les problèmes, au contraire cela a abouti à un cycle dépressif.

Ces réformes génèrent des conséquences importantes : baisse de la consommation dû à la baisse des salaires, faillite en cascade due à la baisse de la consommation, apparition d’une déflation dévastatrice, baisse du PIB, paupérisation exponentielle, augmentation de la dette, augmentation du chômage ... La Grèce est redevenue un pays en voie de développement [2].

Les partisans de l’austérité et de surcroît les partisans d’Emmanuel Macron ont généré un programme d’austérité par redondance, un Programme A génère un programme B, et ainsi de suite. Dans le sectarisme et dogmatisme économique, dont sont ancrés les libéraux, l’analyse scientifique ne peut se confronter à d’autres logiques. Les libéraux ne supportent pas la contradiction économique. D’ailleurs, André Zylberberg et Pierre Cahuc ont écrit Le Négationnisme économique. Et comment s’en débarrasser [3]. L’arrêté du 23 août 2017 portant nomination des membres du groupe d’experts sur le salaire minimum de croissance intègre André Zylberberg. Cela en dit long de la pluralité qui peut régner au sein de l’administration Macron. Les économistes les plus extrémistes font parti de son équipe, dont l’objectif reste la baisse massive du salaire minimum en le faisant passer sous les branches, mais aussi selon les territoires.

La France s’aventure dans cette logique mortifère avec le même destin que le PIGS connaisse au jour le jour. Il s’agit d’une fainéantise intellectuelle des libéraux qu’Emmanuel Macron nous fait clairement savoir :

Tout ce qui a fait hésiter, bégayer l’histoire en France depuis tant de décennies, nous allons le faire. Sans brutalité, avec calme. [...] Je serai d’une détermination absolue et je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes

Son gouvernement est venu à la rescousse pour le terme « fainéant », mais aussi « cynique », tout comme « extrême », en nous faisant savoir clairement savoir qu’il s’agissait finalement de la description des opposants à la politique libérales, autoritaire et liberticide d’Emmanuel Macron.

Le débat démocratique apparaît dans la même logique que celui qui a lieu en Grèce, l’acceptation de rouleau compresseur dans la violence et le matraquage des manifestants ou se faire caractériser comme à limite comme un « terroriste », c’est-à-dire un extrémiste. Encore une fois, l’extrémisme n’est pas toujours là où on le pense. Macron appartient à cette ligne extrémiste près à tout pour mettre en place son programme. On notera que l’opposition de surface du Front National [4] interroge notamment sur la ligne de Marion Maréchal Le Pen qui milite effectivement pour un libéralisme national s’inscrivant dans un libéralisme national. En conséquence, le Front National de par ses votes au Parlement Européen sur la question du droit du travail s’inscrit pleinement dans la vision d’Emmanuel Macron. Une cohérence qui en dit long sur la tonalité de ses discours. Un dérapage de plus montrant la vision de la démocratie, mais aussi celle d’un despote prêt à toutes les entourloupes pour discréditer les opposants. Pourtant, dans une démocratie, il est nécessaire d’y avoir une opposition. Dans le cas contraire, l’orientation paraît comme dangereuse.

[1Dans la logique de Jean-Baptiste Say, l’offre crée la demande. Cela se traduit mathématiquement par S(Q) (fonction de l’offre où Q, la quantité totale) fait varier D(Q) (fonction de la demande) à travers une baisse de p (le prix). Or, une augmentation de l’offre et une baisse de la demande fait baisser Q et p, et L (la quantité de travail). En effet, si Q baisse, alors la demande de travail baisse. Autrement dit D(Q) ne varie pas en fonction de S(Q). Ce sont deux courbes autonomes. De même, la lecture de Keynes apparaît trompeuse S(Q) ne varie pas en fonction de D(Q). Ce qui varie, ce sont uniquement : p et Q. De plus, il convient de noter que les courbes S(Q) et D(Q) ne sont pas des droites dans la pratique, mais des courbes variables dépendant de nombreux facteurs.
Sur la question de p, il convient d’affirmer que si {p_t>p_{t+1}} et que {p_{t+1}<p_{t+2}}, alors {Q_t>Q_{t+2}}. La politique déflationniste en baissant les prix génère immédiatement une baisse de la quantité totale. Ces effets ont pour conséquence de baisser le pouvoir d’achat des salariés.
De même la baisse de w (w : les revenues salariaux) génère immédiatement une baisse de pmc (propension moyenne à consommer) et de pMc (propension marginale à consommer) causant directement une baisse de L, mais aussi une baisse de pms (propension marginale à épargner). Les profits π des entreprises baissent également à long terme.

[2En Juin 2013, l’indice boursier MSCI a décidé d’exclure la Grèce de son indice. Le pays a rétrogradé de « pays développé » à « pays en voie de développement »

[3Dans le nom du livre, on concédera que l’utilisation du terme négationnisme pour décrire les opposants au libéralisme s’inscrit manifestement dans un détournement de la Shoah, insultant in extenso l’ensemble des victimes. Ce pamphlet souhaite mettre en avant l’hégémonie de l’économie néoclassique sur le premier plan tout en refusant le débat démocratique, mais aussi le débat scientifique.

[4Florian Philippot a manifesté avec les forains en laissant croire qu’il manifestait contre la Loi Travail. La manifestation des forains ne représentaient qu’eux-mêmes puisque ces derniers réclamaient une légalisation de la fraude fiscale, dont ils sont largement partis prenante. Cette vision est aux antipodes de ce que les manifestants réclament contre la Loi Travail. La vision des patrons, dont il s’agit en autre d’une mesure prônée par le MEDEF.


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