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Mon premier accident de travail

mercredi 1er novembre 2017, par Pierre Le Bec

Ces derniers jours, je me suis blessé au travail en faisant un mauvais mouvement sur un fauteuil roulant. Cela a entrainé une légère contusion au niveau de la cheville. Rien de dramatique en soi, mais cela interroge sur les conditions de travail, tout comme le rythme de travail.

Pour finaliser un transfert entre le lit et le fauteuil roulant d’une personne âgée, j’ai voulu appuyé sur le frein : la cheville s’est alors tordue. Elle commence à enfler avec l’apparition d’une ecchymose. Je me retrouve très vite dans une situation de grande difficulté pour pouvoir marcher. Je le déclare dans l’après-midi à l’infirmière référente de mon service.

Ce cas particulier mérite tout de même une analyse plus globale sur les accidents de travail et les questions concernant la hausse de la productivité, mais aussi la durée de travail.

L’un des facteurs principaux des accidents de travail reste la fatigue. Néanmoins, il apparaît évident de différencier la fatigue psychique à la fatigue organique. La première se retrouve fréquemment dans la fatigue nerveuse, alors que la seconde est liée à l’organisme, et devient nécessairement musculaire.

L’augmentation de la productivité à travers un sous-effectif structurel dans le cadre d’un travail physique accroît nécessairement la fatigue organique. Le fait de devoir travailler toujours plus rapidement pousse le corps au niveau de la rupture. Toutefois, si le travail reste difficile et cause une fatigue logique. Il faut constater que les jours de repos sont justement mis en place par rapport à la charge de travail initial.

Lorsqu’il manque d’une personne, nous travaillons 20 % en plus et lors de deux personnes, nous travaillons 25% de plus. Or, une hausse de la productivité dans les différents services avec un temps de repos identique laisse nécessairement une partie de l’augmentation de la vitesse du travail réalisé (pas toujours dans le meilleur cadre) à ce que le temps de repos ne soit plus suffisant pour régénérer la force de travail du travailleur. Il faut dire que la hausse de la productivité de 20 à 25% ne s’accompagne pas par une hausse identique des journées de repos. Ainsi, la fatigue du travail s’accroît de manière crescendo. Ainsi, le travailleur ne peut plus retrouver sa force de travail effective. Cette fatigue devient alors un danger pour soi, mais dans le contexte du paramédical : un danger pour les patients et résidents tout comme pour les autres soignants.

Une fatigue qui augmente progressivement génère immédiatement de l’inattention ponctuelle, alors que le métier demande au contraire une attention pleine et entière pour faire face à tout changement clinique de l’état du résident, de faire face aux urgences en adoptant les bons gestes. Plus un soignant se fatigue, plus un accident de travail lié à la fatigue apparaît comme évident. Nos corps ne sont pas des machines.

La hausse de la production augmente également les accidents de travail. Ces accidents créent à long terme pour l’entreprise en question baisse de la productivité, puisque l’absentéisme devient de plus en plus importants. [1]

Ce problème ne touche pas forcément que les soignants, mais aussi l’ensemble des professions, notamment les Kinésithérapeutes et plus largement tous les travailleurs :

De leur côté, les chefs d’entreprises ont commencé à mesurer l’effet de ces drames humains sur la productivité de leur entreprise : absentéisme, baisse de l’efficacité, manque de motivation, suscitant des réactions de leur part pour lutter contre ce phénomène. [2]

Dans le cadre des différents accords chez Peugeot, il a été démontré que l’augmentation de la productivité générait davantage de maladie professionnelle :

Les représentants ouvriers aux CHSCT s’enquièrent de l’évolution du tableau des maladies professionnelles, demandent des précisions sur les cas déclarés, commentent les rapports annuels d’activité que les médecins du travail présentent au Comité [3]

Ainsi, la hausse de la production augmente également les accidents de travail. Ces accidents créent à long terme pour l’entreprise en question baisse de la productivité, puisque l’absentéisme devient de plus en plus importants. [4]

La recherche sans cesse de la compétitivité par les entreprises en mettant en avant des accords d’entreprises, voir des Plans de Sauvegarde de l’Emploi risque à moyen et long-terme d’augmenter les accidents de travail, les arrêts de travail, mais surtout une baisse de la compétitivité. Autrement dit le capitalisme en voulant faire mieux, fait beaucoup moins.

Cette hausse de travail n’est pas sans danger. À partir de 55h00 de travail, le risque d’un AVC augmente [5]. Une hausse de productivité pourrait également entraîner une hausse du risque des AVC, puisque les 55h00 peuvent comprimer en 46h00 voir 44h00.

Notes

[1Légeron, Patrick. « Le stress professionnel », L’information psychiatrique, vol. volume 84, no. 9, 2008, pp. 809-820.

[2Antoine Labey, « Stress et burn out, les kinés aussi », Kiné Actualité, n°1266,

[3Hatzfeld, Nicolas. « Ergonomie, productivité et usure au travail. Une décennie de débats d’atelier à Peugeot-Sochaux (1995 – 2005) », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 165, no. 5, 2006, pp. 92-105.

[4Damien Euzenat, Meradj Mortezapouraghdam, Sébastien Roux, « les changements d’organisation du travail dans les entreprises : conséquences sur les accidents du travail des salariés », DARES, Septembre 2011

[5Kivimäki, Mika et al., « Long working hours and risk of coronary heart disease and stroke : a systematic review and meta-analysis of published and unpublished data for 603 838 individuals », The Lancet , Volume 386 , Issue 10005 , 1739 - 1746

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