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Après l’attentat de Charlottesville ... Barcelone

dimanche 20 août 2017, par Pierre Le Bec

Des personnes se recueillant sur la rembla le 19 août pour rendre hommage aux victimes

À la fin de l’été, les touristes, tout comme les habitants se promènent sur la Rambla, une des avenues piétonnes les plus touristiques de la ville de Barcelone. Il s’agit d’un lieu de rassemblement depuis plusieurs siècles.

1 - L’attentat terroriste de la Rambla

Le 17 août, une voiture bélier a pris le chemin de l’avenue renversant de nombreux piétons. Le bilan provisoire fait l’état de 14 morts, et près de 130 blessés. L’État Islamique (EI) a revendiqué l’attaque. Le mode opératoire est le même que dans l’attentat de Charlottesville. Il s’agit manifestement d’une convergence entre les islamistes et de l’extrême-droite.

Les blessés se chiffrent par centaine, dont certains sont dans un état critique. Une vingtaine de français figure parmi les blessés.

Au moment de la déroute de l’EI en Irak et en Syrie, nous assistons aux phénomènes des « revenants » [1]. L’échec de l’organisation terroriste de mettre en place son Califat de manière durable devient un fait. Nous constatons la déroute progressive et empirique de ce mouvement djihadiste. En conséquence, la superficie que contrôle l’EI baisse de manière importante. La ville de Mossoul a été reprise - même si des attentats ont encore lieu, il n’existe plus de noyau de Daesh au sein de la ville - et Raqqa apparaît en bonne voie de tomber dans les prochains mois grâce à l’intervention des YPG/YPJ avec l’aide de la coalition internationale. Le début de la fin a sonné sous nos propres yeux. Reste à connaître les différentes mutations de l’organisation terroristes dans les prochains mois et les intégrer dans notre lutte.

Les attaques terroristes se concentrent sur des lieux emblématiques pour faire le maximum de victimes. En l’occurrence, il s’agit d’une avenue populaire de Barcelone très fréquentée dans les jours ensoleillés. Une autre attaque a été évitée, elle visait la Sagrada Famillia : la cathédrale de Barcelone en construction. Le bilan aurait pu être plus important.

L’arme utilisée de manière récurrente par l’EI s’inscrit dans le concept des « truck bombs ». Ces véhicules sont utilisés pour commettre des attentats en fonçant dans la foule, afin de commettre le maximum de victimes tout en supportant un coût limité dans la préparation de l’attentat. Les auteurs de ces attentats sont souvent tués dans l’attaque, ce qui permet de les caractériser comme des attaques suicides. Cette méthode a été utilisée à Nice et à Londres. Elle est régulièrement utilisée en Israël depuis des années de la part d’individus isolées ou appartenant à des organisations islamistes.

L’Europe est visée par Daesh, puisque son intervention en Irak et en Syrie contrecarre ses différents objectifs, mais aussi son ambition d’élever un Califat dans la tradition des différents écrits du Coran, et ses interprétations. L’âge d’or de l’Islam à l’âge brun, c’est-à-dire l’âge du terrorisme. Daesh doit être combattu jusqu’au dernier djihadiste. Un paradoxe se crée, puisque dans la coalition internationale des pays islamistes comme l’Iran combattent Daesh sous le motif de l’opposition entre « chiite et sunnite ». Autrement dit, certains islamistes combattent d’autres islamistes. À ce jour, on considère d’après différentes études que près de 20 000 à 25 000 de djihadistes ont été tués par la coalition internationale. Si le terrorisme peut se considérer comme des représailles en Europe, il est le moteur même de la barbarie de Daesh. Cette barbarie continuera d’exister tant que l’organisation ne sera pas à terre. Toutefois, il est fort plausible que l’organisation terroriste laisse place à une autre organisation terroriste.

Des polémiques stériles sur la sécurité après chaque attentat font leur apparence au sein du débat politique. Les arguments développés par les polémistes se basent de la façon, dont on aurait pu éviter l’attentat, c’est-à-dire en se posant via une vision au conditionnel. Ces mêmes polémistes souhaitent que le risque terroriste soit réduit au niveau zéro. Autant dire qu’ils cultivent une illusion, puisqu’il y a eu des attentats, il y en aura d’autres. Le risque zéro n’existant pas, il faut trouver des solutions augmentant la liberté des citoyens (nous allons le voir ensuite) et la manière de lutter efficacement contre le terrorisme.

Les différentes mesures contre les « truck bombs » se font sous la forme de blocs de béton de plusieurs tonnes, de grand vase de terre apparaissent comme une déformation de l’espace public. Mais, la prévention de ces attaques ne réussit pas toujours, la ville d’Avignon a adopté des barrières anti-voiture bélier, dont les démonstrations apparaissent comme irréfutables en terme de sécurité. La Mobilar vehicle barrier (MVB) de la compagnie israélienne Mifram Security pourrait stopper nettement des véhicules, mais aussi des poids lourds. L’une des caractéristiques reste sa mobilité, tout comme le design qui s’intègre parfaitement dans le mobilier urbain et ne nécessite pas des grande manœuvre pour les déplacer d’un endroit à un autre.

Enfin, la revendication d’une attaque terroriste par un groupe terroriste ne fait pas l’appartenance des responsables de l’attentat à l’organisation terroriste qui l’a revendiqué. En effet, la surenchère que se livre les différentes organisations terroristes doit laisser place aux investigations sur le ou les terroristes concernant leurs motivations. Ce n’est que les liens du terroriste vis-à-vis de l’extérieur (internet, téléphone) qui permette de démontrer son appartenance à telle ou telle organisation terroriste.

L’une des plus grandes défenses reste la déstructuration pour faire face au terrorisme et à ses doctrines de manière scientifique.

2 - Une critique nécessaire et évidente de l’islamisme

De nombreux citoyens s’interrogent sur la nécessité de détruire l’islamisme dans un sens large que cela soit la tendance chiite ou sunnite, tout comme d’autres mouvances.

Or, il n’existe que très peu d’articles déconstruisant leur doctrine. En revanche, beaucoup d’articles, de livres voir des films font le jeu de l’excitation des sentiments dans leur tentative de critique de la doctrine islamiste. La conséquence débouche sur une vision réactionnaire. Jamais un stoïcien ne se plaint de son sort ou ne laisse ses sentiments prendre le dessus sur sa raison. La méthode scientifique, dont l’image s’incarne comme la raison doit prendre le dessus sur la logique des sentiments, et des rhétoriques sensationnelles. Ainsi, la méthodologie stoïcienne pour traiter de l’islamisme apparait comme une base philosophique, mais aussi didactique pour permettre de mettre en contradiction l’islamisme avec les valeurs du libéralisme au sens philosophique, à savoir le respect des libertés individuelles, tout comme les droits de l’homme.

Plus largement, il convient de notifier que l’islam politique, et plus largement les courants politiques religieux renvoient une contradiction importante, mais encore faut-il comprendre le fonctionnement de ces courants, de leurs ambitions, tout comme leurs projets de société. À savoir que « comprendre » ne veut pas dire se positionner en « accord » avec ces doctrines. Une distinction importante que certains représentants politiques ont eue du mal à mettre en évidence. Prenons l’exemple de Manuel Valls. En 2015, il avait lancé une polémique importante en refusant de comprendre le fonctionnement de l’islamisme et du djihadisme, notamment sur la question de l’embrigadement. Ce dernier assumait en toute circonstance que « pour ces ennemis qui s’en prennent à leurs compatriotes, qui déchirent ce contrat qui nous unit, il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser » [2]. Il avait réitéré son analyse en confirmant que « j’en ai assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses et des explications culturelles ou sociologiques aux événements qui se sont produits ! » [3]. L’ignorance ne peut-être la clef d’un passage douloureux pour l’ensemble de l’Europe.

En effet, l’antiterrorisme à des degrés divers au sein des différents états ne permet pas de lutter profondément contre la mouvance islamiste, et le djihadisme. La philosophie que les intégristes de l’Islam portent se déconstruit argument par argument. On ne combat pas une idée, même la plus nauséabonde avec des armes, et une législation antiterroriste.

Sans une attaque frontale de ces textes, le djihadisme pourra continuer de prospérer tout en passant au travers des mailles de l’antiterrorisme, puisque cette dernière s’attaque aux personnes susceptibles ou soupçonnées d’appartenir à des organisations terroristes, de préparer des attentats terroristes ou encore d’avoir commis des attentats terroristes.

Si la lutte contre l’islamisme ne progresse pas, il faut souligner qu’une grande partie de ceux qui prétendent lutter ainsi, ne souhaitent en outre mesure que faire avancer les discriminations et les différents actes de discrimination vis-à-vis des musulmans. En autre, il s’agit d’une manière décomplexée pour ces derniers de s’allier précisément avec les islamistes pour terminer le travail qu’ils accomplissent.

3 - Combattre pour la liberté et l’égalité

L’alpha et l’oméga de la lutte contre l’islamisme apparaissent comme l’union face au terrorisme. Les Barcelonais ont démontré qu’en manifestant contre l’islamisme, et ses alliés d’extrême-droite, ils se plaçaient au-dessus de la gangrène fascisante utilisant les dépouilles des victimes encore chaudes pour distiller une haine sans nom. Le rassemblement des identitaires, des fascistes et des adeptes du franquisme d’une cinquantaine de personnes a été attaqué par les antifascistes au point que la police a dû protéger ces groupuscules fanatiques..

Les attaques terroristes dans les différents pays ont pour objectif de semer la division au sein des populations se traduisant par le rejet d’une partie de la population. La création d’un chaos temporaire s’inscrit dans une logique de jouer sur les peurs, tout en développant la paranoïa de nombreux citoyens. Le terroriste en s’attaquant à des individus sans défense, appartenant à des sociétés qui combattent pour la plus part le terrorisme, en l’occurrence Daesh, souhaite s’attaquer aux libertés individuelles, afin de les réduire à son maximum.

Les libertés individuelles menacées par l’action du terroriste ne peuvent être remises en cause par la doctrine antiterroriste ou sécuritaire. La liberté que nous chérissons pour beaucoup d’entre nous ne peut-être compatible avec le sécuritarisme et l’autoritarisme qui affirme que « pour protéger la population, il est nécessaire de restreindre les libertés ». Or, la restriction des libertés ouvre la voie à une société où la liberté devient « un luxe », mais aussi une des conséquences directes de l’action du terrorisme. Pourtant, l’une des plus grandes actions contre le terrorisme convient non pas de baisser les libertés individuelles, mais justement de les augmenter afin de démontrer que les populations n’ont pas peur du terrorisme, mais aussi que les libertés ne seront pas sacrifiées, mais justement augmentées pour montrer qu’une société sans libertés appartient au projet que souhaitent les terroristes.

Enfin, il s’agit de scander le slogan : « El pueblo unido jamás será vencido », c’est-à-dire « le peuple uni ne sera jamais vaincu ». Les conservateurs et réactionnaires sèment la division, participent à la défaite des citoyens contre Daesh. Ils n’ont pas honte, pour eux cela se comporte comme une matrice, la récupération jusqu’à la dernière goutte de sang. Une position vraiment honteuse sans aucun respect pour les victimes.

Notes

[1David Thomson, Les Revenants, Paris, Le Seuil - collection « Les Jours »

[2Manuel Valls, Discours de rassemblement en hommage aux victimes, 9 Janvier 2015

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