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De la confédération à Donald Trump

vendredi 18 août 2017, par Pierre Le Bec

Heather Heyer : 1985 - 2017, victime de la haine.

Heather Heyer a été assassinée dans l’attentat de Charlottesville par James Alex Fields Jr., un jeune néo-nazi. Le symbole des confédérés jusqu’à Donald Trump semble n’avoir point bougé, au moins que l’on peut se demander si Donald Trump n’appartient pas à cette mouvance ?

L’élection d’Abraham Lincoln à la présidence américaine en 1860 a poussé les états du sud a faire sécession de l’union américaine. Près de onze états se retrouveront au sein d’une confédération avec une nouvelle constitution. Le rejet de l’esclavage par les états du Nord apparaît comme l’une des raisons principales pour les États du Sud de l’Amérique à entrer en guerre contre les États du Nord. Ces derniers gardent la bannière de l’Union. La guerre civile a duré près de quatre ans, de 1861 à 1865.

Elle amène sur le plan éthique, un débat très profond sur la question de la liberté. C’est par ce mécanisme que les « sudistes » choisissent un régime confédéral au régime fédéral de Washington.

Les « pères fondateurs » ont construit les États-Unis d’Amérique possédait en eux la notion d’esclavagisme plus ou moins poussé. Il s’agit d’une hypocrisie d’une grande importance, puisque les écrits se basaient sous sur la défense des droits naturels, mais ces droits n’étaient pas universels. Ainsi, les esclaves comme les amérindiens n’étaient pas compris au sein des personnes à pouvoir jouir de ces droits. Le jargon utilisé dans les différentes œuvres en témoigne, puisqu’à travers une dialectique basée autour du mot « nègre » ou celle du « peau-rouge » qu’ils s’expriment. Un exemple de Benjamin Franklin :

Si la providence a le dessein d’exterminer ses sauvages pour faire place aux hommes qui cultivent la terre. Il n’est pas sans véhémence que le Rhum est le moyen qu’elle a choisi ; il a déjà détruit toutes les tribus qui habitaient autrefois les côtes. [1]

De même John Locke affirmera que les indiens se désignent de manière brutale. Il affirme que le « sauvage des Indes » est un être « insolent et nuisible » qui rôde dans « les bois sauvages et les déserts en friche de l’Amérique » [2]

Alors que la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique, il est fait mention que :

Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux  ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. [3]

Il s’agit de la contradiction importante, la liberté individuelle tant mise en avant par les partisans de l’indépendance des États-Unis d’Amérique, les colons, les grands propriétaires terriens appartenaient à ceux qui se battaient contre la Couronne d’Angleterre. Ils affirmaient que le trafic qu’il se livrait était d’une meilleure condition que les esclavagistes de la Couronne.

Cette vision se traduit pleinement par le choix des premiers présidents appartenant aux États du Sud, pour une grande majorité d’entre eux. En effet, les premiers présidents américains sont originaires de l’état pour une grande partie d’entre eux de l’État de Virginie.

Sur le plan constitutionnel, l’une des originalités fut la souveraineté totale donnée aux états de la confédération. Chez les partisans du Confédéralisme, il existe une méfiance importante vis-à-vis de l’état fédéral. Ces derniers s’inscrivent d’ailleurs dans une logique plus poussée des libertés individuelles, mais de manière non-universelle, à savoir pratiquant ouvertement « le racialisme ».

On poussera encore plus loin l’analyse, puisque dans la Constitution américaine, les « personnes libres » sont d’ailleurs opposées aux « autres personnes », c’est-à-dire les esclaves dans l’article premier, section 2. [4]. Toutefois, ce marquage s’inscrit dans une manière policée de traiter de l’esclavage sans y avoir recours à l’utilisation directement de la dialectique esclavagiste.

La vision des personnes du Sud apparaît comme une illusion qui devait durer le temps d’une époque, c’est-à-dire le temps de l’existence de la Confédération.

Karl Marx rappelle dans un article de presse allemande que le confédéralisme n’a pas permis de résoudre les problèmes liés à l’entente entre les États et la confédération puisque ces derniers étaient d’ailleurs les mêmes que sous le fédéralisme de Washington :

La raison du conflit est que le gouvernement de l’État dénie aux agents de M. Jefferson Davis le droit de recruter les miliciens de Virginie et de les incorporer à l’armée confédérée. A cette occasion, une vive polémique s’est ouverte entre le ministre de la guerre et le sinistre général J. B. Floyd qui, sous la présidence de Buchanan et à titre de ministre de la Guerre de l’Union, prépara la sécession et, par-dessus le marché, fit faire « sécession » dans son coffre privé à une partie appréciable du trésor public. [5]

L’œuvre de Karl Marx et de l’AIT sur la guerre civile américaine nous confère une certaine richesse, tout comme analyse critique du capitalisme, et de la nécessité de « l’émancipation du travail ». Sous ce regard, nous trouvons un communiqué publié dans journal syndicaliste britannique à l’adresse du président Andrew Johnson (successeur d’Abraham Lincoln) :

Même les sycophantes qui, année après année, jour après jour, ont effectué un véritable travail de Sisyphe pour assassiner moralement Abraham Lincoln et la grande République qu’il gouvernait, sont à présent effrayés par cet élan universel des sentiments populaires et rivalisent entre eux pour parsemer sa tombe ouverte de fleurs de rhétorique. [...] Vous n’oublierez jamais qu’au début d’une ère nouvelle d’émancipation du travail, le peuple américain a donné la responsabilité de la direction à deux hommes du travail : l’un est Abraham Lincoln, l’autre Andrew Johnson. [6]

L’émancipation des travailleurs passe nécessairement par l’abolition de l’esclavage, mais aussi l’abrogation de toutes les lois discriminantes, à connotation raciste ou raciste.

La guerre civile américaine laisse une marque indélébile dans l’Histoire américaine. La phase de reconstruction aboutie sur la progression des droits civiques vis-à-vis des « noirs » en l’occurrence. La mise en place du treizième amendement met fin à l’esclavage sur l’ensemble du territoire américain, le quatorzième ouvre la voie à la citoyenneté américain à toute personne née aux États-Unis d’Amérique, y compris les anciens esclaves et enfin le quinzième Amendement ouvre le droit de vote à tous les citoyens américains, qu’elles que soient leurs conditions antérieures. Il faudra attendre tout de même le mouvement des droits civiques de Martin Luther King pour que ces droits soient arrachés à Washington.

Cette phase semble terminée, mais certains partisans du Sud n’ont pas digéré la défaite de l’armée confédérale et de fait, la victoire de l’Union. L’avancée des droits civiques pour chaque citoyen, tout comme la mise en place progressivement d’un idéal libéral selon lequel « toutes les personnes jouissent des mêmes droits », à savoir la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique.

De nombreuses statues furent installées dans les États du Sud au début du XXème siècle et après la Seconde Guerre Mondiale. La vision de rendre hommage aux personnalités ne va pas vraiment dans une logique historique. Le devoir de mémoire s’oppose manifestement avec le symbole que renvoient ces statuts. Ainsi, la présence de Robert Edward Lee dit le « Général Lee » représente avant tout la connotation d’un général, dont l’action est basée sur la supériorité de la « race blanche » sur les personnes n’ayant pas la couleur de peau blanche. Le suprématisme s’est également accentué au-delà des différents mouvements tel que le Klu Klux Klan après la Seconde Guerre Mondiale. La mouvance néo-nazie s’est développée dans une mesure sans précédent depuis la chute du Reich.

L’élection de Donald Trump à la tête de la Maison Blanche par les grands électeurs a poussé les différents mouvements de « l’alt-right », mais aussi les différents mouvements suprémacistes, ainsi que les néo-nazis dans une offensive sans précédent. Il s’agit une libération des actes discriminatoires sur l’ensemble du pays. Quoi que l’on puise penser de la politique de Donald Trump, sa campagne a été basée sur ces mouvements. Le slogan « America First » a pour origine Lindbergh et le pasteur pro-nazi Gerald L.K. Smith. La connotation va de paire avec un antisémitisme débridé de ses partisans. D’ailleurs, le premier temps de sa campagne, Donald Trump a mis en place une propagande ouvertement antisémite avant de se rétracter sous la menace du camp Républicain. De même que la logique du « Muslim Ban », « le rideau de fer » avec le Mexique s’inscrit également dans le fait que Steeve Bannon a été nommé conseiller spécial de Trump, alors qu’il est ouvertement suprémaciste blanc, raciste et antisémite.

La fusillade de l’église de Charleston dans la nuit du 17 au 18 juin 2015 a fait 9 morts. Elle est considérée comme une tuerie de masse, mais peut-être regarder selon le contexte comme un attentat terroriste. L’auteur de ce drame : Dylan Storm Roof, appartenait à la mouvance néo-nazie et suprémaciste blanche, tout comme un partisan de la Confédération. Cet acte a précipité l’enlèvement progressif des monuments à la gloire de la Confédération.

Dans ce cadre, la manifestation de « l’Alt Right » à Charlottesville poussait de nombreux partisans de Donald Trump à prendre la défense de statut connotant la logique suprématiste. Ces dernières ont vocation à être déboulonnées les unes après les autres. Plus de 1500 symboles confédérés sont toujours présents sur le territoire américain, en l’honneur de soldats et chefs militaires sudistes.

À Charlottesville, la mairie voulait retirer la statue du Général Lee. Pour protester face à cette mesure, l’extrême et ultra-droite ont manifesté armées dans les rues de la petite ville. Cela a nécessairement poussé des contre-manifestations antifascistes. Le cadre s’est déroulé dans une violence inouïe. Au summum de cette violence, James Alex Fields Jr. aura précipité un peu plus la chute des statues représentant la « Confédération américaine » et l’esclavage au sein de ces états. Avec sa voiture bélier, il a retiré la vie de Heather Heyer, blessant une dizaine de personnes.

Donald Trump a renvoyé dos-à-dos le terroriste et ses victimes, le 15 août :

J’ai regardé de très près, de beaucoup plus près que la plupart des gens. Vous aviez un groupe d’un côté qui était agressif. Et vous aviez un groupe de l’autre côté qui était aussi très violent. Personne ne veut le dire [...] Que dire de l’Alt left qui a attaqué l’Alt right (terme qui désigne la droite alternative) comme vous dites ? N’ont-ils pas une part de responsabilité ? [...] J’ai condamné les néo-nazis. Mais tous les gens qui étaient là-bas n’étaient pas des néo-nazis ou des suprémacistes blancs, loin s’en faut [...] Il y avait des gens très bien des deux côtés.

Une remarque qui a été saluée par l’ancien leader du Klu Klux Klan sur Twitter :

Autant dire que « la théorie des extrêmes » est soigneusement appliquée pour dédouaner l’extrême-droite de sa violence, mais aussi de son attentat. N’est-ce pas une ironie si le leader d’une organisation suprématiste blanche se satisfait de la déclaration de Donald Trump ?

Le 17 août, le Président américain a déclaré sur Twitter que

Triste de voir l’histoire et la culture de notre grand pays mises en pièces par le retrait de nos magnifiques statues et monuments [...] ne peut pas modifier l’Histoire, mais vous pouvez en tirer des leçons. Robert E Lee, Stonewall Jackson - qui est le prochain, Washington, Jefferson ? Tellement insensé ! [...] La beauté qui est retirée de nos villes et de nos parcs nous manquera terriblement et ne pourra jamais être remplacée !

Au final, nous constatons que le pouvoir exécutif américain adopte les réflexes de la Confédération avec une position très floue sur l’extrême-droite et l’ultra-droite. Mais, cela se comprends, il s’agit de l’électorat de base qui a voté pour Donald Trump. Le slogan « Make America Great Again » figure comme une des références de la mouvance néo-nazie, mais aussi de la campagne de Trump.

Notes

[1Benjamin Franklin, Mes Mémoires, Aubler, Paris, 1955, p. 167

[2John Lock, Deux traités du gouvernement, Second Traité

[3D’après la traduction officielle du gouvernement des États-Unis

[4Le 14ème amendement abroge l’écriture de la disposition de la section 2, 3. suivante : « les représentants et les impôts directs seront répartis entre les différents États qui pourront faire partie de cette Union, proportionnellement au nombre de leurs habitants, qui sera déterminé en ajoutant au nombre total des personnes libres, y compris celles qui se sont louées pour un nombre d’années déterminé, mais à l’exclusion des Indiens non soumis à l’impôt, trois cinquièmes de toutes les autres personnes. »

[5Karl Marx, Symptôme de dissolution de la Confédération du Sud, Die Presse, 14 novembre 1862

[6Adresse de l’association internationale des travailleurs au président johnson, The Bee-Hive Newspaper, 20 mai 1865

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