Un regard croisé sur la cause animale

La Théorie de la Justice (III)

lundi 14 décembre 2020 par Pierre Le Bec

La théorie de la Justice pour les Animaux (TJA) s’inscrit dans un certain paradigme où nous devons rendre une Justice pour tous les êtres sentients. En effet, il y a un accord de fond pour dire que la maltraitance animale est une chose abominable puisqu’elle renvoie d’une manière ou d’une autre à notre propre « moi ». Ainsi, nous avons la possibilité de partir sur une analyse de ce que produit justement ce « moi ».

On peut considérer qu’il y a manifestement une part théorique à travers l’insertion du matérialisme (i), le « moi » animal permet la libération des individus non-humains (ii) et le « moi » végétal permet la révolution végétale (iii).

I

Nous sommes touchés dans nos racines les plus profondes lorsque nous découvrons le monde de la sentience. En effet, il y a différentes manières de soutenir la libération animale, mais nous nous bornerons à analyser le « moi . » animal. 

Le militantisme se traduit autant par un aspect théorique qu’un aspect pratique. De ce fait, comme le disait Lénine : « la théorie précède la pratique ». Or, pour que des actions revendicatives prennent corps au sein de notre société, l’aspect théorique devient une nécessité. Ainsi, au travers d’un regard au sein du processus théorique tendant à transformer la société spéciste de ses racines, nous pouvons distinguer le « moi » comme une des figures radicales de la structuration psychologique du mouvement antispéciste. 

La notion même du « moi . » devient entièrement subjectif. En effet, si nous possédons des cellules nerveuses alors cela fait de nous des êtres sentients. Dans le même temps, chacun ne réagit pas de la même façon aux différents stimuli sur les sens qui possèdent. On peut dire qu’il y a une multitude d’interprétations autant qu’il y a d’êtres humains que d’individus non-humains sur Terre. Ces derniers participent à la vision entièrement subjective du monde que nous nous faisons. Est-ce mal d’avoir une vision subjective ? Le manque de certaines connaissances entraîne un jugement partiel. Cela ne veut pas dire que ce jugement est faux, mais il manque d’éléments pour qu’ils soient entièrement objectifs et fondés sur la Raison. Toutefois, nous sommes au fait que les animaux peuvent avoir des raisonnements rationnels.

Ainsi, une table posée sur le sol n’aura pas la même signification pour un être humain qu’un individu non-humain. De ce fait, le monde reste subjectif si nous nous n’en donnons pas les moyens pour réaliser la transformation vers un modèle entièrement objectif. La table en question reste une table parce que l’être humain a une vision anthropocentrée ou humanocentrée. Mais, pour le chat que nous avons dans notre domicile, ce sera peut-être synonyme de jeu ou d’air où il peut surplomber les autres afin de se poser en dominateur. Ensuite, la table n’a pas la même signification quel que soit les individus c’est-à-dire humains ou non-humains. C’est à ce moment précis qu’intervient le « moi ». La sortie de l’antrhopocentrisme permet au contraire de réévaluer ce qui caractérise le « moi » dans une optique subjective dénuée de rationalité. Le subjectif n’est pas l’âge de la Raison. En effet, on peut dire que la TJA doit prendre en considération que l’entourage reste subjectif pour d’individus non-humains. On peut dire que la première approche du « moi » s’inscrit nécessairement dans une logique subjective.

Ensuite, la TJA permet le lien entre le sujet et la matière. En effet, lorsque le « moi » entre dans une posture révolutionnaire alors il conçoit que la Justice n’est plus une volonté légaliste. En effet, la Justice légaliste ne s’inscrit pas forcément de rendre Justice au sens stricto sensu, mais de contrôler le droit. On peut demander à ce moment donné qu’est-ce qui relie le « moi » et l’aspect matérialiste. Ainsi, il y a une certaine volonté de la part de l’individu de s’inscrire dans un système de transformation de la sentience vers l’objet. En effet, le matérialisme devient un des éléments clef pour comprendre la vision du « moi » dans un espace donné. Lorsque la TJA s’affirme l’un des piliers pour s’attaquer au spéciste alors le matérialisme dans notre analyse devient ainsi une des priorités fondamentales pour les animaux non-humains.

Ce même matérialisme permet a priori une constante dans l’analyse radicale du « moi » animal. En effet, il y a une subdivision au sein d’une unité clairement visible. La Raison permet d’entretenir un « moi » rationnel. Dans l’espace donné comme nous l’avons souligné ci-dessus, la sortie du « moi » carniste qui s’assimile à un chasseur tel nos ancêtres à la préhistoire. Or, lorsque le spéciste se retrouve à chasser dans les rayons de supermarché ou dans sa boucherie, il apparaît de façon insidieuse et cohérent que cette nostalgie préhistorique a laissé place à des êtres dénués de Raison. Dans le même temps, on peut dire qu’il y a une distorsion entre le fait de vouloir chasser et le fait de chasser dans les rayons des différentes surfaces. Le « moi » carniste s’intègre parfaitement avec le consumérisme. Ils participent de près de loin au Zoocide.

La TJA ne s’enracine pas dans un romantisme a fortiori réactionnaire, mais dans un matérialisme pour la forme comme pour le fond. En effet, le romantisme se construit sur une Histoire romancée de la société sous l’angle des gagnants, mais jamais sous un angle neutre ; le matérialisme didactique permet d’agripper une analyse de l’Histoire. Ainsi, le « moi » matérialiste permet d’attacher et d’arracher une vision cohérente entre le passé et le présent. La TJA fait le pont entre les Etudes Animales et le matérialisme, même si on peut dire que le matérialisme fait partie de la TJA.

Enfin, l’aspect subjectif que nous réalisons à travers l’interprétation nous renvoie à une vision entièrement objectif lorsque nous y intégrons un matérialisme didactique. Ainsi, le « moi » subjectif devient un « moi » objectif doté de la Raison. Le parcours intellectuel permet d’entrevoir d’un passage à des éléments totalement subjectif puisque la perception dépend d’un individu à un élément objectif, mais humanocentré.

II

L’individualisme s’inscrit dans une logique où l’animal comme l’être humain sont des unités fondamentales. L’individu humain et non-humain partagent ensemble des territoires commun. Dans cet espace où s’épanouissent l’être humain et l’animal, il y a parfois des conflits puisque l’Homme grignote progressivement les terres du monde animal pour bitumer selon des besoins artificiels. De facto, cette harmonie peut paraître particulièrement théorique, mais dans la pratique elle s’avère plus complexe. Le « moi » humain essaye de chasser par tous les moyens l’animal de ses terres pour reprendre sa posture de chasseur, mais aussi de contrôle sur la Nature. Or, on peut dire qu’il y a une problématique qui se pose dans ce cadre dans les relations entre l’animal et l’être humain. En effet, l’être humain en se prenant pour un Dieu sur Terre a fait la Terre à son image. De ce fait, on peut dire que si Dieu n’existe pas au nom de la Raison, Homo Sapiens se considère comme invulnérable. Il y a une façon d’agrémenter l’ensemble à travers l’antrhopocentrisme et le spécisme. Ainsi, le « moi » apparaît dans les libertés et droits incompressibles de sorte qu’ils seraient quasiment de nature divine.

La Raison permet de désacraliser, les droits et les libertés individuelles. En effet, ce sont des conquêtes issues notamment des Lumières. La TJA incorpore cette dimension naturaliste pour en finir le « moi » austère. Il en va d’une certaine manière de la vie des animaux. Le mouvement utilitariste tend à maximiser le bien-être commun sur les individus. Le sens de l’intérêt général permet de peser sur les minorités. Or, l’intérêt général n’est pas forcément celui de l’intérêt de l’individu. Ainsi, les différentes minorités peuvent subir au nom d’un intérêt général, différentes mesures ne servant pas leur intérêt. C’est dans cet esprit que les individus non-humains sont écrasés. Dans ce cadre, il y a un intérêt général clairement anthropocentré à travers la spoliation des droits fondamentaux des animaux. Ainsi, le « moi » carniste se transforme dans une logique clairement liberticide. En effet, le fait d’ôter la vie à un individu peu importe son espèce, se traduit par une mise à mort. De ce fait, il y a une part de délégation de la responsabilité lorsque le consommateur achète un produit d’origine animale en tout genre allant d’une écharpe en laine ou de soi, de la viande ou du lait comme des œufs. Le consommateur se réfugie derrière le « moi » innocent, mais en réalité, il s’agit d’une extension de celui qui exploite l’individu non-humain et va même jusqu’au saigneur dans l’abattoir.

Ce « moi » devient dès lors une référence en matière de Justice Sociétale. En effet, il s’agit de faire grandir un tabou autour de l’élevage en la considérant comme un Zoocide permanent. En effet, depuis la première révolution industrielle et la mécanisation des usines où l’animal est abattu à la chaîne, on peut dire que le Zoocide a gagné dans son importance et sa grandeur. Dès lors, comment réparer le « moi » animal ? Cette question fondamentale apparaît comme cohérente vis-à-vis de ce que le spécisme fait subir aux différents animaux. Dans le même temps, l’individu humain reste entièrement maître de ses propres choix. Toutefois, lorsque l’individu consomme des produits d’origine animal (qui se traduit de façon insidieuse par une mise à mort différée), le « moi » de l’animal n’est pas pris en compte dans la logique pro-choix des spécistes. En effet, la volonté de l’animal lors de son égorgement n’est pas prise en compte. Dès lors, on peut dire que le « moi » innocent devient un « moi » tueur.

Ensuite ce « moi » animal s’intègre parfaitement bien à la théorie du contrat social. De ce fait, l’animal est incorporé dans une société où la zoopolis semble prendre ses racines très profondément dans le sol. Entre la TDA de Sue Donaldson et la TJA, il y une passerelle inévitable. Les s’enchevêtre les unes dans les autres. De ce fait, il y a une volonté de rendre la TJA moins approximatif qu’elle est théorisée actuellement. Il s’agit surtout de réaliser une justice sur le « moi ». Lorsque nous arrivons à l’équité entre l’animal et l’être humain, nous pouvons réaliser ce que d’autres n’ont pas réussi les siècles derniers. La TJA repose sur une base cohérente vis-à-vis des animaux non-humains. Le « moi » animal dans sa conception viriliste que les véganes/antispécistes tend à affirmer que ces derniers sont plus faibles que les carnistes.

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Ainsi, la TJA incorpore une notion salvatrice dans un espoir futur qui se traduit par la fin de l’oppression sur le « moi » dans une vue globale. Or, si le « moi » humain et le « moi » animal ne sont plus soumis à une source d’oppression l’un vis-à-vis de l’autre, on peut dire tout de même que la fin se traduit par le passage à une société post-spéciste et post-capitaliste. De ce fait, il y a une vision qui se dégage dans une société animaliste et un capitalisme clairement dépassé qui aboutit à un changement des différentes normes. 

Enfin, on peut dire qu’il y a d’une certaine manière que le « moi » peut apparaître comme universel lorsqu’il permet la libération du « moi » animal.

III

Troisièmement, la révolution végétale apparaît comme une nouvelle donne. En effet, le « moi » s’inscrit dans une logique où il permet de changer l’ensemble du processus amenant au zoocide. Pour cause, le « moi » végétal s’inscrit dans une certaine manière. On peut dire qu’il y a une volonté pour la TJA de faire table rase du « moi » carniste. 

La question fondamentale porte sur la question des droits fondamentaux notamment celui de liberté de choisir. Sauf qu’il n’y a pas vraiment de choix dans l’animal qui est issu de l’élevage sinon la mort ou la mort. Dans ce cadre bien précis, on peut dire que liberté de choisir en ce qu’il concerne l’animal quelle que soit la société n’est pas écouté. Ainsi, le paradoxe reste de mise d’une part en ce qu’il concerne la volonté d’une société voulant d’avantage de libertés, mais se résigne à accorder la notion de conscience aux différents animaux tant sur le plan biologique que sur le plan éthique. Dès lors, le mouvement défendant la liberté de choisir se retrouve très vite confronté face à un dilemme de fond. Le « moi » devient une illusion pour les différents carnistes. La sensation qu’il a de se sentir plus fort ou allant acheter sa viande, ses œufs ou encore les produits laitiers. En réalité, leur « moi » devient une forfaiture sur la question intellectuelle et le raisonnement de fond.

Ensuite, on peut dire qu’il y a d’une certaine manière une volonté de libérer les animaux de leurs différentes chaînes, tout comme de leur situation de prisonnier. dans les différents élevages. La dystopie ambiante interfère fondamentalement avec notre « moi ». En effet, la majeure partie de nous n’est plus en capacité de saisir les outils de la Raison face à l’horreur à laquelle il est confronté. Au contraire pour se défendre psychiquement vis-à-vis de la barbarie des conditions dans lesquels sont élevés et abattus les animaux, tout semble être mis en place par l’agro-industrie. Lorsque l’être humain prend conscience que son « moi » peut changer l’ensemble de l’univers dans lequel il vit, on peut dire que l’être humain a un impact de fond sur l’environnement qui l’entoure. Dans le cadre de l’anthropocène, cet impact n’est pas négligeable puisque la nature est façonnée selon son aspiration, mais sa trace est clairement soulignée notamment avec le réchauffement climatique.

Enfin, le « moi » carniste que nous avons vu ci-dessus s’inscrit dans la disparition du « moi » au profit du « moi » de la révolution végétale. La végétalisation du monde tout comme la végétalisation de l’assiette permet entre autres de retrouver ce « moi » tel qu’il est à son origine et non un « moi » dévoyé par les différents lobbys agro-industriel.

L’interrogation se réalise de façon subtile sur la recherche du « moi ». On peut dire qu’il y a une certaine manière d’arriver à la mise en pratique de la TJA. Mais dans tous les cas, il s’agit de rechercher son « moi » fondamental et universel.