Un regard croisé sur la cause animale

La Théorie de la Justice (II)

E3
lundi 14 décembre 2020 par Pierre Le Bec

La Théorie de la Justice se traduit par une vision portée sur les droits naturels et sur les libertés individuelles. La philosophie naturaliste peut être critiquée sous différents angles. Toutefois, elle a la capacité d’introduire des valeurs fondamentales dans l’articulation de la Théorie de la Justice pour les Animaux (TJA). En effet, la pratique naturaliste s’ordonne selon une vision d’un ensemble incompréhensible.

Toutefois, je mets un petit bémol sur le droit de propriété privée. En effet aux origines de la propriété privée, elle n’est qu’artificielle, il s’agit d’une construction de l’être humain visant à s’inscrire dans la durée avec des règles précises. Mais la propriété privée se traduit également par les œuvres de l’esprit. Dans ce cadre, il s’avère qu’elle est censée protéger l’auteur vis-à-vis de ce qu’il a produit. Aussi, il cause de nombreuses dissensions et permet justement l’exploitation des animaux non-humains de leur naissance jusqu’à leur mise à mort.

Dans le même temps, je considère que les animaux peuvent jouir du droit de propriété privée ainsi que de la liberté contractuelle. Il s’agit là d’un paradoxe de fond. Toutefois, dans un souci d’équité ce qui ne peut être attribué à l’être humain l’est pour l’individu non-humain. La première des propriétés est la propriété de soi. Or, lorsque les individus non-humains sont assassinés dans les abattoirs de la façon la plus sordide, on peut dire qu’il s’agit d’une violation de la sacralisation du droit à la vie. On peut l’intégrer dans le droit de propriété. Quant à la liberté contractuelle, l’animal est en mesure avec sa conscience notamment les animaux domestiques de réaliser des contrats élémentaires comme boire, manger, recevoir des câlins avec leur partenaire respectif. La relation de fusion entre l’animal et l’être humain devient un échange de compromis.

La TJA permet au contraire de jouir d’une certaine manière des relations vis-à-vis d’autrui. Je dois faire une remarque concernant les animaux domestiques, c’est-à-dire avec ceux avec lesquels nous vivons une partie de notre vie. Ces derniers en échange d’une relation de protection souvent de la part alimentaire nous transmettent de l’affection. Il s’agit d’un point de vue totalement subjectif de la part de l’animal, mais en ce qu’il nous concerne il reste entièrement objectif. Dès lors, on peut voir qu’il existe un contrat entre l’animal et l’individu humain implicite. Dans de nombreux foyers français, ce contrat est mis en application. Toutefois, l’objectif premier serait de rendre l’animal le plus autonome possible.

La TJA en faveur du droit des animaux nous pousse à nous interroger s’ils font partie de cette dernière et dans quel sens, nous pouvons leur rendre justice. Ces deux interrogations sous-entendent que les animaux possèdent des droits et des libertés inaliénables comme nous l’avons souligné ci-dessus. De ce fait, on peut dire qu’il y a une existence entre la question de droits quasiment ordonnée par son caractère divin et sa mise en pratique, Or, nous ne sommes plus sous une époque où le christianisme possédait un enracinement très profond dans la société. Au contraire, nous vivons une période où l’athéisme séduit de plus en plus de personnes. Dans ce cadre, on peut dire que les éléments viennent de la “Raison”. Cette dernière peut paraître comme abstraite. Mais à travers celle-ci, on peut dire que les animaux non-humains ont gagné leur statut d’individu à part entier. L’individualisme au sein de la vie animale s’oriente essentiellement avec les animaux ayant des relations avec les êtres humains.

Dans ce contexte, on peut dire qu’il y a une vision libérale qui se dégage de la notion même que nous venons d’expliquer ci-dessus. Or, nous ne sommes pas dans une logique où le libéralisme se veut autoritaire comme dans les économies qui se libéralisent progressivement. Par opposition, nous allons vers l’aspect libertaire de la philosophie libérale. En ce qu’il me concerne, je rejette les libertés économiques dans le sens où elles permettent l’exploitation de l’être humain par l’être humain. La TJA nécessite un caractère contestataire.

Nous avons également démontré dans un autre article  que l’animal pouvait être un individu dans le sens où il apparaît clairement comme l’unité fondamentale. L’individualisme reste une idéologie remise en cause par de nombreux militants progressistes. Il s’agit d’une erreur fondamentale. En effet, l’individualisme permet au contraire l’émancipation de l’individu en tant que personne. Cela s’articule essentiellement par le rôle clef que joue l’individu dans notre société. Dans le même temps, si nous critiquons l’individualisme méthodologique propre à la théorie néolibérale, il en demeure que nous allons vers d’autres chemins. Le refrain Thatcheriste devient une dystopie de fond puisqu’il soulignerait qu’aucune alternatif ne serait possible sans le néolibéralisme. Or, de nombreuses alternatives sont possibles sans le néolibéralisme. En effet, le libéralisme a pour finalité de rentrer dans des antagonismes de classe et s’effondrer de lui-même.

Pourtant, elle s’articule essentiellement en donnant la priorité à l’individu afin de maximiser son bien-être. La TJA permet d’analyser un sous-ensemble. Elle donne des outils pour rendre chaque égorgement vis-à-vis des animaux non-humains à la surface. Dans ce contexte, TJA devient un rempart intellectuel vis-à-vis des arguments provenant des égouts de la part des carnistes. Ils commettent un [zoocide} depuis des milliers d’années, mais ne se rendent pas vraiment compte de la signification de la violence que cela engendre. En effet, l’animal-machine de René Descartes s’est transformé dans l’animal-ressource. Cette sortie du monde du vivant afin de se traduire comme de la nourriture ne se fait pas dans un monde pacifié. Au contraire, il y a une guerre qui est menée contre le vivant.

Il n’y a pas un jour de repos pour les animaux non-humains. De leur naissance où ils sont arrachés jusque dans leurs lieux d’abattage, leurs vies sont réalisées par une maltraitance de fond et une certaine forme d’injustice. Or, tant que l’injustice perdure d’une manière ou d’une autre, il devient nécessaire de mettre en place la TJA afin de redresser la courbe destructrice. Des millions d’animaux sont abattus chaque jour ou sont envoyés dans les broyeuses comme c’est le cas avec les poussins mâles. En effet, les actes individuels permettent de redonner une certaine forme de liberté pour les individus non-humains. Il ne va pas sans dire que la création destructrice de Schumpeter s’inscrit dans un processus visant à affirmer que le “révolution végétale” en parallèle de l’application de la TJA permet au contraire de sauver des vies.

Dans cette circonstance, on peut douter de la mise en pratique d’une telle Théorie, mais dans les faits il existe une vision antagoniste par rapport ce qui est mis en évidence dans les différentes sources du droit et ce à quoi aspirent les militants de la cause animale. En effet, il y a une volonté d’atteindre de façon précise l’abolition précise de l’élevage. Il n’y a que par cette mesure que nous pouvons empêcher la continuité des dégâts en cours.

La Justice émane des différents juges, mais comment peut-on faire confiance à des personnes qui ne sont pas les gardiens du bon fonctionnement de la Loi et du jugement lorsque la Loi n’est pas respectée. Pourtant, cette même Loi n’est pas votée par des personnes proche de la cause animale. Au contraire, les législateurs dans une logique clientéliste n’hésitent pas à s’affranchir des différentes règles fondamentales de la démocratie libérale. Le lobby agricole tout comme le lobby de la chasse exercent une pression très forte sur les parlementaires. Ainsi, le juge ne contrôle pas vraiment la Loi votée par le Parlement bicaméral, mais par la force il permet d’une certaine manière un contrôle de ce que les Lobbys qu’il devait être voté.

La TJA s’inscrit dans une volonté de séparer les différentes corporations agricoles et l’État. Cela peut paraître particulièrement radical comme demande, mais tant que le Parlement sera au chevet des différentes revendications de ces organisations alors la Justice pour les Animaux ne sera que lettre morte.

Ainsi, on peut dire que ce n’est pas à cette Justice que nous voulons croire puisqu’elle est soumise à des interprétations du droit afin que cela soit le plus conforme aux différentes volontés du législateur. Dans ces circonstances, il apparaît une clairvoyance dans le regard que nous devons porter sur la Société et son fonctionnement. Enfin, la Justice apparaît comme une norme pour arriver à l’égalité entre l’être humain et l’animal non-humain.