Un regard croisé sur la cause animale

La Théorie de la Justice (I)

E2
lundi 26 octobre 2020 par Pierre Le Bec

 La question de la liberté soulève de nombreuses questions. Si la liberté d’entreprendre s’avère être une liberté constitutionnelle, le droit à la vie s’en avère être une également. 

Nous nous portons davantage sur le droit à vivre qui peut se caractériser le fait de ne pas être tué, mais nous pouvons choisir librement le capitaliste qui nous exploitera en lui fournissant une part de notre temps libre contre une rémunération. Pourtant le droit à ne pas être tué suit la logique du droit à la vie. Cette démarche s’inscrit dans le fait de retranscrire le droit positif dans la Loi et non de laisser au juge la capacité d’interprétation de la Loi.

La Théorie de la Justice (pour les animaux) permet de façon cohérente d’articuler de façon cohérente le désir d’une relation équitable avec les individus non-humains. En effet, il y a nul de doutes que cette dernière permet de suivre le chemin des Lumière. Là où il ne règne pas la Justice, il ne peut y avoir que d’une certaine manière un problème fondamental dans la philosophie libérale. 
 
Il semble évident de souligner que la Justice apparaît également comme un bastion conservateur et réactionnaire. La force répressive de l’État reste le monopole de l’État parce qu’il y aurait un contrat sociale tacite. Dans les faits, il n’y a aucun contrat entre les habitants d’un État et l’État lui-même. Le contexte nous imposerait-il à faire Justice nous-même pour réparer les différents dégâts du système juridique. L’optique d’une Justice privée permet d’interagir au travers d’un tribunal d’arbitrage comme c’est le cas pour la propriété intellectuelle. Il ne suffit pas de pièces de théâtre pour arriver à une telle condamnation, mais d’une analyse basée sur les faits.

Le contrat social apparaît comme fondamentalement comme caduc dès lors qu’il ne prend pas en compte l’ensemble des besoins de l’individu. Pire, il y aurait une volonté de la part des différents représentants de rompre le contrat social en question afin de maintenir un certain statu quo. L’État dans sa globalité ne permet pas de garantir le respect du contrat en question. Nous abordons dès lors les limites du contrat social.

Les animaux non-humains sont devenus progressivement des esclaves. Le propriétaire de l’animal dispose le droit de vie et de mort sur l’animal en question. Le monde libre ne peut guère accepter cette forme d’esclavage. Dans le monde tel qu’on nous le présente, l’esclavage n’a plus lieu d’être. Le temps est désormais révolu à mettre fin aux servages. Le monde libre doit accepter la libération de toutes les oppressions. Il ne peut y avoir de questionnement à ce sujet. Les individus non-humains méritent également le droit à la liberté.

Il existe un paradoxe au sein de ces maximes. Si globalement les sociétés modernes condamnent le meurtre à travers des peines proportionnelles alors il en devrait être de même pour tous les individus non-humains. Nonobstant ces faits, il s’avère que la Justice reste anthropocentré du fait d’un système légal conservateur et avide de défense des traditions. Lorsque nous réclamons : “justice pour les animaux”, nous souhaitons que la Justice soient rendus pour eux. Mais dans quel mesure, nous pouvons rendre une Justice si tant bien que nous ne croyons pas dans la capacité de cette dernière à s’inscrire l’égalitarisme.

Ensuite, le néolibéralisme dans lequel nous vivons s’ancre profondément pour mettre en évidence une société basée sur la notion du contrat ; les uns sont implicites, les autres sont explicites. Or, lorsque le carniste mange de la viande ou des sous-produits des animaux (comme le lait ou les œufs), il délègue de façon implicite le contrat qui lie l’esclave à son propriétaire. 

Cette délégation dans le passage de la propriété privée fait tout de même de l’acheteur l’un des complices majeurs. Lorsqu’il ingurgite les produits carnés, il s’inscrit dans la participation d’un système où règne la mort, mais aussi le sang de façon prononcée. Cette machinerie de guerre ne connaît guère un repos.tangible et d’une certaine manière toute forme de Justice.

L’esclavage n’a rien d’éthique et se traduit par une logique mortifère à travers les abattoirs. En effet, il y a une logique abstraite qui consiste à croire qu’il y aurait des élevages plus éthiques que d’autres dans le sens où ces derniers prendraient en compte les intérêts des individus non-humains. Pourtant, l’élevage intensif ou l’élevage en prairie ne fait que changer la taille des chaînes de l’esclave non-humain. En effet, l’élevage pour envoyer l’animal à l’abattoir reste particulièrement sordide comme contrat entre l’animal et l’être humain. Il s’agit d’une trahison du contrat qui est générée entre les deux parties. Dès lors, le contrat social vole en éclat.

Évidemment, il ne s’agit pas de minorer d’une quelconque manière le passé esclavagiste de la France et des pays qui ont fait fonctionner l’esclavage comme d’un moyen fondamental pour faire tourner leurs économies. La rationalisation entraînerait une certaine forme de négationnisme contre les crimes contre l’Humanité auxquels de nombreux états se sont livrés.

L’esclave animal se rend compte que sa situation captive n’a rien de naturel. En effet, l’élevage a mis en avant une avancée majeure. Alors que les hominidés devaient chasser pour acquérir une certaine quantité de protéines, ils ont élevés des protéines afin d’avoir des stocks de nourriture. Le passage entre le paléolithique et le néolithique s’avère être aussi de l’entrée de l’eugénisme. Le contrat social entre les animaux et les hominidés s’est réalisé dans une certaine souffrance dans le sens que le début, les animaux de ferme ont été transformés. 

Si les appels à la nature peuvent paraître tendancieux. Dans le cas présent, ils s’avèrent que vouloir remettre des animaux d’élevage issus de croisements depuis des millénaires n’auraient parfaitement aucun sens. En effet, ce sont des races artificielles qui n’auraient aucune chance de vivre dans un état sauvage. De tel sorte qu’il convient d’en terminer avec ces animaux esclaves. La branche extinctionniste est souvent critiquée par les anti-végane. Mais ce que ces derniers ne disent pas, ils se servent de la Science pour construire des races et des animaux aux regards de l’’être humain.

 Le mouvement extinctionniste reste toutefois mal compris par de nombreuses personnes y compris au sein de la mouvance antispéciste. Les raisons s’expliquent par le fait qu’il s’agit de remettre en marche ce qui appartient à la nature et ce qui a été créé pour servir les intérêts des êtres humains. La Théorie de la Justice permet de mettre fin aux naissances des animaux esclaves. En effet, ces derniers ne peuvent survivre sans l’assistance de l’être humain. Le fait que certains croisements ont été réalisés depuis des millénaires incombe à souligner que les différentes races au sein des espèces les conduiront finalement à une mort rapide loin du milieu artificiel dans lequel ils vivent. Comment stopper les différentes races au sein d’une espèce ? La question à ce désir de Justice s’intègre de façon très mécanique en mettant fin à la politique nataliste. Il s’agit d’endiguer le phénomène à la racine afin de s’inscrire dans l’aboltionnisme.

 Les esclaves non-humains se libèrent de leurs chaînes respectives pour aller dans des refuges lorsque cela est possible. Mais, nous le savons tous que les refuges ne sont pas une solution sur le court-termes étant donné les dizaines de milliers d’animaux parqués dans les hangars ou dans des enclos. En effet, la programmation sur le long terme d’un processus d’élimination complet des différentes races en question à travers l’arrêt de la politique nataliste. Dans le même temps, la question de l’élevage n’aurait plus lieu d’être. La Théorie de la Justice assume pleinement son caractère radical. 

Les animaux restant seraient en osmose au sein de la nature puisqu’ils n’auraient pas été des serfs aux services des êtres humains.