Un regard croisé sur la cause animale

La Cellule DEMETER

E3
lundi 19 octobre 2020 par Pierre Le Bec

Le gouvernement et la corporation majoritaire est pris dans une folie sécuritaire pour faire taire les opposants à l’agriculture intensive, mais aussi à l’élevage intensif. Sous prétexte de lutter contre l’agribashing et le breeding-bashing, le dévoiement de la Police Républicaine au service de l’intérêt général se transforme au service de l’intérêt de deux corporations à savoir la FNSEA et les JA.

Pourtant, ces deux corporations ne sont pas connus pour respecter l’État de droit notamment dans leurs actions revendicatives. Bien au contraire, ces organisations sèment la terreur pour obtenir gain de cause et n’hésitent pas à aller à l’affrontement avec les Forces de l’Ordre ou encore en incendiant des bâtiments publics comme ce fût le cas avec le mouvement des « Bonnets Rouges ». Il s’agit pour l’État de se retrouver face à un paradoxe de ceux qui ne cessent de critiquer la gestion de l’État dans la « grande crise structurelle » que travers l’agriculture et l’élevage. Mais, cette dichotomie pour l’État tient à assurer pour le pouvoir un certain électoralisme. Comme nous l’avons vu, l’État se mord doublement la queue.

Aussi la FNSEA tout comme les JA font la pluie et le beau temps dans les campagnes, mais aussi dans les chambres d’agriculture départementales où elle siège. Le principe de corporatisme étant poussé à l’extrême, cela conduit très fréquemment l’organisation à sortir clairement du « champ républicain » au sens qu’elle ne s’inscrit pas dans la volonté de défendre les intérêts de ses syndiqués, mais bien celui d’une profession. Or, il faut le rappeler tout de même que si le syndicalisme reste nécessaire au semblant de « dialogue social » dans notre pays, le corporatisme reste le fruit d’un héritage brunâtre. Le conservatisme et le passéisme d’une part laisse entrevoir celle d’un syndicat largement à la dérive. En effet, le néocorporatisme comme nous devrions le souligner se traduit par l’alliance entre le corporatisme et le néolibéralisme.

En sortant à plusieurs reprises du champ républicain tant sur le fait que la « Police Républicaine » n’est plus qu’une « Police Corporatiste » avec une législation entièrement floue, le lien ne peut que s’éroder dans les campagnes entre ceux qui sont partisans d’une agriculture de qualité. Or, la « Police corporatiste » ne peut que raviver des plaies assez douloureuses pour ceux qui sont garants de l’État de droit vis-à-vis de ceux qui militent pour un État légal. Au moment où les discours sur le séparatisme semblent pointer le bout du nez avec un danger sérieux associé à un séparatisme identitaire et sécuritaire, le séparatisme de cette « Police Corporatiste » n’en dit plus son nom. En effet, pour justifier la répression d’opinion de l’esprit, tout semble être mis en pratique, mais jusqu’où cette dernière est capable d’aller pour défendre un système ayant fait son temps conduisant à une crise structurelle laissant des exploitations agricoles en faillite les unes après les autres ? Dans le fond, ils peuvent surveiller et punir [1], mais face à un mouvement de fond de la société, il s’agit d’une vision contre-productive. Ce n’est pas à la société de s’adapter à cette surenchère sécuritaire et à un séparatisme corporatiste, mais au corporatisme de se transformer en véritable syndicat pour défendre non pas l’intérêt des professions, mais l’intérêt de ses administrés ce qui se caractérise comme une grande nuance.

Dans ce contexte, la criminalisation de l’action politique va à l’encontre de « la liberté de penser » et de « la liberté d’expression » tel qu’elle est définie dans le bloc de constitutionnalité. Or, pour que l’agriculture retrouve un « visage humain » et que nous sortions progressivement de l’élevage tel qu’elle est pratiquée progressivement dans notre pays, cela vient par une critique de fond et non une « auto-défense » intellectuelle qui ne passe pas. En voulant bâillonner toutes critiques, l’État s’immisce dans le visage de la répression, mais aussi dans les atteintes des droits naturels et des libertés fondamentales. Pourra-t-on continuer de réaliser nos travaux de recherche sans terminer en étant fiché par la cellule Demeter ?

[1Michel Foucault, Surveiller et Punir, 1975