Un regard croisé sur la cause animale

Introduction au séparatisme carniste

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lundi 19 octobre 2020 par Pierre Le Bec

Nous sommes en 2020, l’heure a sonné le glas sur la République. Les chiffres sont désastreux pour l’économie, le chômage augmente de façon exponentielle, la crise écologique ne semble trouver aucune oreille attentive, etc. Pourtant, dans le bruit du tocsin : le président l’a rappelé une des valeurs fondamentales résidait dans la défense de la démocratie libérale vis-à-vis des différents séparatismes. Mais, cette lutte a priori noble s’est érodée pour toucher essentiellement les musulmans sous fond de lutte contre l’intégrisme islamique. Le tocsin résonne à nouveau pour mettre les citoyens devant un fait accomplis : les grandes lois laïcs seront modifiées par le parti majoritaire à l’Assemblée Nationale. Que de défaite pour le camp laïc en si peu de temps ! Le tocsin se calme, c’est le calme après la tempête. L’islam politique n’est toujours pas à terre. Pire, il va se diversifier dans différentes ramifications clandestines pour ne plus être sous le contrôle des radars de l’État. On se souvient que l’État d’Urgence Permanent codifié dans le cadre Projet de Loi sur la Sécurité (PLS) a permis de lutter en amont contre ce séparatisme, mais aussi il a réduit les libertés publiques. Est-ce cette vision de considérer que « la sécurité est la première des libertés » que défend LREM ? Les élus de la République et en particuliers les marcheurs sont pris dans la spirale sécuritaire. La distorsion entre le quotidien de millions de personnes et la réalité vue par la majorité laisse entrevoir une absence entre le bruit du tocsin qui se calme et une différence visible entre le droit et les effets du droit. Malheur à ceux qui oseraient critiquer la politique de la présidence de la République, les vociférations s’inscrivent dans des relents que l’on n’avait pas vu depuis la seconde guerre mondiale. La dangerosité dans les actes se traduit sur le terrain par une banalisation du racisme anti-musulman de la part de l’extrême-droite, la droite extrême et les marcheurs. Le tocsin ne sonne plus du tout … le silence assourdissant du séparatisme laisse place à un véritable problème éthique et moral notamment sur le plan républicain.

Dès lors, une problématique se pose : faut-il se servir de cette question sur le séparatisme pour s’y engouffrer et pointer les séparatistes, dont nous avons besoin ou laisser le bateau sombrer dans la tempête ? Cette question épineuse semble prendre corps dans une société passionnée par la politique. Pour autant, il faut savoir qu’en 2020, les séparatismes sont multiples au sein de notre République. Mettre le focus sur l’islam politique sans parler des autres séparatismes revient à s’inscrire dans une logique elle-même séparatiste et dangereuse. Au moment où le couvre-feu sanitaire s’installe dans la durée, le séparatisme des catholiques ou encore le séparatisme des classes aisés ne semble guère intéresser le Président de la République. Au contraire ces dernières sont renforcées dans les différentes lois qui se succèdent à l’Assemblée Nationale pour organiser la relance de l’économie dans la logique de concevoir la société post-COVID.

À l’automne, les feuilles tombent, mais les feuilles de route de la présidence ne semblent pas tomber et s’enracine dans un certain conservatisme. Au contraire, le gouvernement prépare un hiver particulièrement rude pour les classes populaires renforçant le séparatisme et le fossé entre les classes populaires et moyennes vis-à-vis des classes aisés. Ce séparatisme peut perdurer dans le temps puisqu’il ne sera pas remis en cause par les Versaillais. Bien au contraire la crise sanitaire s’ajoute une crise sociale d’une ampleur jusque-là inégalée. En effet, le « confinement » a fait basculé de nombreuses familles dans la précarité.

À ce même moment dans la fraîcheur de l’automne, les animaux sont emmenés progressivement vers ce qu’ils leur servent de couloir de la mort à coup de matraque électrique les obligeant à avancer. L’animal dans son intelligence n’est pas dupe du sort qu’il l’attend. Au sein des abattoirs, le sang ruisselle à chaque instant tel une rivière de sang infinie. Sa coagulation laisse une odeur âcre. Pendant que l’un des saigneurs percute les crânes d’individus innocents, un autre les égorge à la chaîne alors que l’animal a les pattes suspendues dans le vide. L’animal est considéré comme étant inconscient au moment où la lame sectionne la carotide et la veine cave supérieure. Dans une cadence infernale, des milliers de vies sont retirés de façon mécanique et industrielle. Mais, faute de temps, il reprend régulièrement conscience et se voit mourir dans d’atroces souffrances comme dans les abattages rituels. Le temps de leur mise à mort peut durer une quinzaine de minutes. Une fois la mort constatée, leurs corps sont éviscérés encore chaud par des ouvriers travaillant le plus souvent dans des conditions difficiles [1]. Puis ils sont transformés et découpés pour être envoyés dans des boucheries ou des rayons de supermarchés.

Dans le même temps, le référendum pour les animaux a permis de mettre en avant certaine pratique de l’élevage et de la chasse. La question du welfarisme légal et du bien-être animal ne semble guère préoccuper les députés dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Pire, nous avons assisté à des scènes inadaptées d’une démocratie moderne. Les beaufs, les séparatistes et les carnistes dans cette violence quotidienne soutenant l’égorgement et les décapitations des animaux ainsi que la maltraitance animale ont réussi à ne pas faire adapter un texte innovateur, laissant la place de la France devant une Histoire pas très glorieuse. Ce conservatisme et passéisme agite régulièrement le fer de lance des traditions. Pourtant, sur la question de la défense des corporations et de cette logique assez traditionaliste s’inscrit typiquement dans le déploiement d’un séparatisme au sein même de notre République favorisé par ceux qui prétendent la défendre. L’intérêt général est sans cesse bafoué. Il y a bel et bien la radicalisation d’une profession en bout de course ne sachant plus trop sur quel pied danser.

Le séparatisme de la Cellule Demeter doit nous faire froid dans le dos puisqu’il en va de notre santé démocratique, mais aussi sur le fait que « cette cellule » s’inscrit dans une convention tripartite entre les JA, la FNSEA et l’État. Il s’agit dans les faits d’une organisation para-étatique dans l’État. Le fonctionnement même des « cellules » puise leur autonomie. La dangerosité réside une fois de plus dans le harcèlement, les perquisitions politiques, mais tout cela est possible grâce à la puissante instrumentalisation de l’agribashing.

[1Upton Sinclair, La Jungle, 1906


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19 octobre 2020
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