Un regard croisé sur la cause animale

La cause animale dans le libéralisme radical

E6
vendredi 16 octobre 2020 par Pierre Le Bec

Les actions de l’ALF à la destruction de la propriété privée pour défendre les droits naturels et les libertés fondamentales

L’une des problématiques consiste dans la criminalisation du monde militant. Il existe des collectifs plus ou moins radicaux relevant d’une autre idéologie, dont il est nécessaire de nous y intéresser. En effet, des collectifs comme l’ALF (Animal Liberation Front [1]) sont considérés comme des écoterroristes et d’être financées par de grandes associations [2]. Cet activisme de la mouvance radicale de l’écologie [3] ne semble guère être soluble dans un autre courant. Ils sont considérés comme des « extrémistes » par les différents spécistes [4].

Si les actions se multiplient en Amérique du Nord, elles commencent à apparaître en Europe occidentale et en particulier en France notamment contre la chasse. Toutefois, la destruction de la propriété privée pour revendiquer les droits naturels et les libertés fondamentales s’inscrit dans une certaine dichotomie. Doit-on placer l’individu au-dessus d’une propriété privée « chimérique » et « illusoire » ? Or, nous constatons que les différents marchés n’arrivent pas à s’autoréguler de façon mécanique s’il n’y a pas un jeu de pression entre les différents parties d’un contentieux de fond, mais aussi sur la forme travaillant l’ensemble de la société. La « puissance du marché » démontre son incapacité sur la question de la chasse notamment, mais sur d’autres sujets à évoluer. La société doit guider progressivement les différents marchés à emprunter d’autres chemins pour se renouveler. Dans le même temps, nous avons démontré que la position anti-étatique du néolibéralisme arrive en bout de chemin. Il semble cohérent pour défendre la suprématie de l’individu sur les autres formes de propriété privée de dépasser justement le néolibéralisme.

Le libertarianisme permettrait un nouvel enjeu de société puisque la biotechnologie est en train de remplacer progressivement l’élevage soit sous forme de viande artificielle ou encore de viande In Vitro. Il s’agit de « la seule viande sans souffrance » ou à « viande à souffrance réduite » [5]. À ce jour, nous ne connaissons pas l’impact sur l’environnement d’un secteur en plein essor [6]. En effet, l’élevage représente l’une des premières causes du réchauffement climatique [7].

Les différents chercheurs spécistes comme Paul Ariès [8] ou Jean-Pierre Digard [9] affirment que nous sommes devenus des agents du capitalisme. Pourtant, la « liberté d’entreprendre » tout comme le véganisme offre une porte importante pour les différents marchés. Les différentes normes se doivent d’être assoupli afin de laisser émerger une offre alternative provenant d’une partie de la société.

Une Division du Travail Sexuée

La société libérale s’inscrivant dans un capitalisme plus ou moins débridé est basée sur les libertés individuelles comme nous l’avons vu. Or, le libéralisme qu’il soit néo- ou libertarianisme ne fait de rempart contre la division du travail sexué [10] et a posteriori du sexisme. La question de l’alimentation peut paraître incertaine, mais elle est devenue également une question de combat dans le cadre du spécisme et du sexisme [11]. En continuant de se nourrir comme certains le soutiennent depuis « nuit des temps », il y a dichotomie importante puisqu’il y a une participation in fine à une société patriarcale et conservatrice ne souhaitant pas l’émancipation de la femme dans un premier plan et celui des animaux non-humains dans un second plan. Le progrès du libertarianisme s’oppose manifestement à tous ces individus ne souhaitant pas une évolution digne sur deux axes simultanée : l’égalité de valeurs et philosophiques entre l’animal et l’être humain ; l’égalité structurelle, de droit et réel entre la femme et l’homme avec la remise en cause d’une division du travail sexuée.

Dans une société libérale, un animal non-humain est la propriété d’une personne ou d’une société par actions. Or, la liberté de l’animal est considérée comme inexistante. De ce fait, elle est supprimée pour être mise en esclavage [12] vis-à-vis d’autres animaux sans qu’il y ait d’accords clairs et objectifs. On parle le plus souvent de contrat entre les différents animaux non-humains et d’un certain mutualisme. Or, il n’y a pas de symbiose dans la relation « animal/homme » alors qu’elle peut exister dans la relation « animal/animal » dans la nature [13].

Cette forme de violence explicite ou implicite se traduit par le fait qu’il n’y pas de contrat entre l’être humain et l’animal non-humain. Les animaux domestiques comme les chats et les chiens ont perdu la totalité d’autonomie du fait qu’ils ne sont plus sauvages, mais les gènes sélectionnés tendent à faire d’eux des animaux sages comme des images. Évidemment, il ne s’agit pas de rejeter ces animaux, dont le vice s’est installé dans les relations homme/animal à travers notamment l’eugénisme. Les reproductions restent tout à fait artificielles. On peut voir également le même lobby que celui agro-industriel dans les élevages de chiens comme de chats.

La fin de l’animal-machine vers la propriété privée de l’animal non-humain

La raison étatique tout comme les différents groupes de pression tendent à considérer l’animal comme une machine ou comme un objet. Le système de pensée de Descartes [14] tente d’mposer le spécisme partout où il est possible. Extrémiste pour les uns, extrémiste pour les autres, il semble cohérent de voir que l’animalité renvoie tantôt à un procédé visant à rendre « barbares » les animaux non-humains. Dans les différentes représentations

Ce consensus est défini par un système de pensée qui tend à mettre en avant que l’être vivant peut effectivement se marchander pour une raison simple : l’être humain serait supérieur aux autres espèces notamment sur le plan intellectuel. Le spécisme tend à poser les bases pour traduire dans les actes par la déchéance des animaux non-humains de leurs droits et de leurs libertés fondamentales.

À aucun moment, il n’y a un jugement de la part d’un tribunal privé ou publique sur la déchéance de ces droits. Dans un État de droit, les différentes mesures à l’encontre des individus se traduisent notamment par des décisions de droit. Actuellement, le postulat ne passe pas au travers d’un tribunal privé tout comme publique, mais dans des lois que les consortiums agro-industriels font passer sous prétexte de défendre « l’emploi », « la ruralité », « l’autonomie alimentaire ». etc. Ces arguments tendent à constater que les « véganes » et les « antispécistes » veulent finalement la fin d’un monde particulièrement ancré dans la réalité. La constatation du « pays réel » de Charles Maurras [15] refait surface au moment où ces derniers disposent de tout l’appareil d’État pour se défendre en engrangeant une riposte de fond : spot publicitaire comme pour le régime « flexitarien » par Interbev [16], articles dans les journaux, etc.

Des arguments qui peuvent apparaître juste en façade, mais qui ne passent pas le défit de la mission sentience. Les différents lobbies agro-industriels à représenter leurs intérêts personnels dans les différents monopoles démontrent qu’ils ne défendent pas l’intérêt général, mais leurs propres intérêts individuels c’est-à-dire que l’intérêt des animaux non-humains passent totalement à la trappe. Mais, les éleveurs, les employés d’abattoir, les bouchers, etc., savent très bien s’y faire puisque leurs différentes professions sont retranscrites et codifiées dans les différentes lois de la République de telle sorte que le lobby est fixé ans un dans le droit commun avec impossibilité de manœuvrer. La marche de manœuvre semble rétrécit puisque la Justice a pour objectif d’appliquer les lois de ces différents groupes de pression au mépris de l’intérêt général à savoir les différents intérêts individuels de chaque animal non-humain.

L’égoïsme apparaît comme la solution nécessaire de l’évolution du propre de l’être humain, mais aussi dans son évolution selon les libéraux et les libertariens. Pourtant, la mise sous tutelle des différents animaux non-humains dans des fermes à travers des conditions où se trouve l’ignominie se traduit de facto par une suspension du respect mutuel entre les différents animaux non-humains tout comme le « contrat de confiance » entre ces derniers.

[1Front de libération des animaux (FLA)

[2« Par exemple, l’ALF est suspecté d’être financé via les activités tenues par le People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) » in Gagnon, Benoît. « L’écoterrorisme : vers une cinquième vague terroriste nord-américaine ? », Sécurité et stratégie, vol. 3, no. 1, 2010, pp. 15-25.

[4Swallow, Paul. « L’extrémisme des défenseurs du droit des animaux, une menace pour l’entreprise », Sécurité et stratégie , vol. 2, no. 2, 2009, pp. 14-19.

[5La question de la « viande sans souffrance » est généralement épinglée par les antispécistes et les animalistes puisqu’à ce jour aucune méthode n’a démontré qu’il existait une viande sans la moindre douleur. Dans le cadre de l’agriculture cellulaire, tout démarre à partir d’une biopsie. Or pour la réaliser, cette dernière est faite le plus souvent à vif sur les tissus musculaires. On ne peut dès lors parler de « viande sans souffrance », mais bien de « viande à souffrance réduite » dans le sens que l’animal non-humain n’est pas abattu pour avoir la biopsie originelle.

[6Marine Le Breton, La viande in vitro est-elle vraiment meilleure pour la planète ?, Le Huffington Post, le 25 février 2020

[7Gaëlle Dupont, L’élevage contribue beaucoup au réchauffement climatique, Le Monde, 04 décembre 2006

[8Paul Ariès, Lettre ouverte aux mangeurs de viandes qui souhaitent le rester sans culpabiliser, 2018

[9Jean-Pierre Digard, L’animalisme est un anti-humanisme, 2018

[10Elsa Beaulieu, La division sexuelle du travail,À babord [En ligne], février/mars 2008, N°23, URL : https://www.ababord.org/La-division-sexuelle-du-travail

[11Carol J. Adams, La politique sexuelle de la viande, 1990

[12La domestication de l’animal non-humains peut-être considérée comme une mise en esclavage puisque l’être humain a créé de nouvelles races à son propre regard pour servir ses intérêts. Ainsi, l’animal non-humain est passé du statut de sauvage à celui de domestiquer perdant ainsi une grande partie de son autonomisation tout comme de son statut qui faisait de lui un être sentient de libre.

[13Perru, Olivier. « Aux origines des recherches sur la symbiose vers 1868-1883 », Revue d’histoire des sciences, vol. tome 59, no. 1, 2006, pp. 5-27.

[14GUICHET, Jean-Luc (dir.). De l’animal-machine à l’âme des machines : Querelles biomécaniques de l’âme (XVIIe-XXIe siècle). Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de la Sorbonne, 2010 (généré le 25 septembre 2020). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/psorbo...> . ISBN : 9791035102562. DOI : https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.17481.

[15Damon, Julien. « La pensée de... Charles Maurras (1868-1952) », Informations sociales, vol. 121, no. 1, 2005, pp. 119-119.