Un regard croisé sur la cause animale

Qu’est-ce que le libertarianisme et l’anarchocapitalisme ?

E4
vendredi 16 octobre 2020 par Pierre Le Bec

Libertarianisme

Les différentes grilles de lecture font apparaître un fossé sans précédent entre la « droite alternative » et le libertarianisme. On notera que le libertarianisme s’est lui-même scindé en deux courants différents : le libertarianisme de droite et le libertarianisme de gauche [1]. La question de la Justice apparaît comme fondamental [2]. S’il est vrai qu’il existe un parti Libertarien aux États-Unis d’Amérique, il en demeure pas moins que cette pensée reste abstraite et superflue en Europe. Le renouveau du libéralisme passe par le progressisme [3].

D’un pas à l’autre, elles permettent d’apporter un angle d’approche sur les différentes libertés collectives. Ces dernières proviennent des libertés individuelles. Elles sont considérées comme sacrées.

Le droit naturel reste une variable fondamentale dans le projet libérale [4], mais reste largement critiqué à gauche notamment par Karl Marx [5]. Dans ce contexte, le principe contractuel devient un élément moteur du principe d’individualisation de la propriété privée. Les libéraux de tous horizons considèrent que « l’individualisme libéral [est le seul] à garantir un ordre social viable » [6].

A contrario, chez les libertariens, le droit de propriété est tellement sacralisé que l’animal ne peut-être dépossédé du droit à disposer de lui-même et de son propre corps. Dans les sociétés les plus libéralisées, l’individu peut vendre son corps à travers la prostitution ou encore la GPA [7]. Dans le cadre de ce blog, il ne s’agit d’émettre une opinion sur ces deux enjeux de société que sont la prostitution ou encore la GPA. Toutefois, la propriété privée du corps permet justement, entre autres, d’atteindre la marchandisation de la vie. Différentes organisations politiques opposées militent les uns contre les autres avec des arguments parfois trompeurs, même si nous atteignons sur d’autres sujets un consensus au sein de notre société.

Anarcho-capitalisme

L’anarcho-capitalisme un anarchisme capitaliste. Tirant son inspiration de l’anarchisme individualiste notamment de Stirner. La radicalisation de la théorie de Stirner pour arriver à un individualisme fondamental entretient chez les adeptes de cette théorie une vision particulièrement sombre. Mais l’individualisme de Stirner [8] se base également sur la notion absolue de la propriété privée. Mais, la notion de cette dernière défendue par la constitution ne permettait pas la libération de l’individu de « joug de l’oppression ». Dans Outrage à Chef d’Etat [9] , Lysander Spooner s’inscrit typiquement dans la remise en cause du contrat social en affirmant que

La constitution n’a nulle autorité ou qui lui soit inhérente ? Elle n’a nulle autorité ou obligation quelle qu’elle soit, si ce n’est comme contrat entre un homme et un autre. [10]

Il avance que la constitution en tant que contrat s’inscrivait dans le cadre de la signature de leurs membres [11]. Or, à l’heure d’aujourd’hui de nombreux de ces personnes sont actuellement décédés de même tout comme la portée du contrat social. Dès lors, le contrat devient entièrement caduc [12].

Compte tenu des conditions de propriété requises, il est probable que, durant les vingt ou trente premières années où la constitution a été en vigueur, le dixième, le quinzième au plus, ou même peut-être le vingtième de la population [...] fut autoriser à voter [13]

Pour extrapoler la pensée de Lysander Spooner, il semblerait cohérent d’avoir une constitution à chaque génération (selon son époque). La question des droits naturels ne doit point être entravé par un contrat qu’un individu n’a pas signé. La théorie contrat social devient entièrement caduque puisque les individus ne signent pas de contrat social. Au contraire, ils ont tendance à se soumettre à ce dernier de façon implicite sans qu’on leur demande leur avis.

L’un des alphas et de l’oméga du libéralisme reste le consentement de l’impôt. Au moment donné, où il n’y a pas de consentement de l’impôt alors se crée une distorsion entre le gouvernement, la constitution et les citoyens. Lysander Spooner soutient que le paiement des différents impôts ne suffit pas à reconnaître la constitution comme légitime pour dans un « État de droit », l’impôt n’est pas facultatif, il reste obligatoire. Par ce caractère obligatoire, cela ne signifie en aucun cas qu’il y a un soutient de ceux le paye vers une reconnaissance de la constitution [14].

On peut en déduire que pour Lysander Spooner : « l’Impôt c’est du vol ! ».

Les procédés de ces voleurs et assassins qui se font appeler « le gouvernement » sont exactement à l’opposé de ceux qu’utilise le bandit isolé. [15]

Ainsi Lysander Spooner [16] défendaient le droit de propriété partout où il était possible. La théorie du contrat social [17] laisse place à la théorie générale du contrat [18] appliquée à l’ensemble d’une société.

Depuis près de deux siècles — depuis 1677 — il existe dans le Code des lois de l’Angleterre un loi — et la même loi, pour la substance sinon exactement pour la lettre, a été répété, et est maintenant en vigueur dans presque tous les Etats de l’Union sinon tous — dont la teneur générale consiste à affirmer qu’on n’entreprendra aucune action visant à faire appliquer un contrat de la catégorie la plus important s’il n’est pas mis par écrit, et signé par les parties qui seront liées par ce contrat [19].

[1Gosseries, Axel. « Libertarisme de gauche et hobbesianisme de gauche », Raisons politiques, vol. no 23, no. 3, 2006, pp. 47-67.

[2Vallentyne Peter. Le libertarisme de gauche et la justice. In : Revue économique, volume 50, n°4, 1999. pp. 859-878.

[3Audier, Serge. « La gauche réformiste et le libéralisme », L’Économie politique, vol. 40, no. 4, 2008, pp. 83-100.

[4Strauss, Léo. « Le droit naturel », Archives de Philosophie, vol. tome 79, no. 3, 2016, pp. 453-484.

[5« Parmi les « droits naturels et imprescriptibles de l’homme » proclamés par le texte de 1789, la résistance à l’oppression ou la libre communication des pensées et des opinions ­ déclarée un des « droits les plus précieux de l’homme » ­ lient nécessairement le sujet à d’autres sujets. [...] Prise au sérieux, la croyance en l’éternité des droits ne peut avoir pour effet que de nourrir une insatisfaction proprement religieuse face à l’irrationalité de l’histoire où les droits naturels de l’homme sont constamment bafoués et le réel ne se conforme jamais à l’idéal. Marx ne cesse de dénoncer ce point de vue « sentimental » qu’il voit à l’œuvre dans les versions juridiques du socialisme, qui dénoncent l’injustice du capitalisme sans comprendre la nécessité historique de cette soi-disant injustice. » in Lacroix, Justine, et Jean-Yves Pranchère. « Karl Marx Fut-il vraiment un opposant aux droits de l’homme ? Émancipation individuelle et théorie des droits », Revue française de science politique, vol. vol. 62, no. 3, 2012, pp. 433-451.

[6Valentin, Vincent. « Sur les fondements du libéralisme. Évolutionnisme et droit naturel chez Bastiat et Hayek », Revue Française d’Histoire des Idées Politiques, vol. 17, no. 1, 2003, pp. 49-71.

[7La Gestation Pour Autrui soulève de nombreuses critiques provenant de toute part de la société contre la marchandisation du vivant. Mais, cette appréciation se retrouve très vite confrontée aux différents êtres sentients.

[8Jean-Christophe Angaut. Stirner et l’anarchie. Agard, Olivier ; Larillot, Françoise. Max Stirner,L’Unique et sa propriété : lectures critiques, l’Harmattan, pp.205-223, 2017. halshs-01685183

[9Les Belles Lettres, 1991

[10Ibid., p. 29

[11Ibid., pp. 29-31

[12Idem

[13Ibid., p. 37

[14Ibid, p. 51

[15Ibid, p. 54

[16Eric Millard. Notes sur une lecture de la loi naturelle. Pouvoir et liberté, Etudes en l’honneur du Professeur Jacques Mourgeon, Bruylant, pp.67-80, 1998. halshs-00125701

[17Adair Philippe. La Théorie de la justice de John Rawls. Contrat social versus utilitarisme. In : Revue française de science politique, 41ᵉ année, n°1, 1991. pp. 81-96.

[18Belley Jean-Guy. Max Weber et la théorie du droit des contrats. In : Droit et société, n°9, 1988. Max Weber. Réception, diffusion de sa sociologie du droit. pp. 281-300

[19Lysander Spooner, Op. Cit, p. 69