Un regard croisé sur la cause animale

Le libéralisme philosophique et l’autorégulation des espèces

lundi 27 avril 2020 par Pierre Le Bec

L’autorégulation de la nature intervient dans le cadre d’un certain « appel de la nature ». Or, les écosystèmes dans leur grande majorité sont modifiés par la présence de l’être humain. Dès lors, on peut considérer que les différentes propositions visant à rendre totalement indépendant des écosystèmes, dont la teneur ne survit que par l’être humain. Il semble nécessaire de faire intervenir le RWAS afin de protéger certaines espèces. L’« appel de la nature » intervient dans de nombreuses conversations. La nature au XXIe siècle sauf dans le cadre des forêts primaires n’est plus en mesure de se réguler par elle-même. L’impact de l’être humain est tellement puissant qu’il a modifié les écosystème au fil des siècles au point de devenir un des piliers de régulation de la nature. On peut se poser la question assez simple : la nature, peut-elle s’autoréguler par elle-même ?

Les théories libérales battent la campagne à plein régime. La question de l’autorégulation sous forme d’« appel à la nature » et des « droits naturels » deviennent légion par les temps qui courent. Le libéralisme politique et économique devrait mettre au pas les personnes se réclamant de ce courant philosophique. Si la nature devient la norme pour les relations entre les êtres humains entraînant d’une certaine manière la disparition totale de la chasse. Le libéralisme puisant dans ses dogmes la notion de la nature et de la faune, notamment dans le cadre « proies/prédateurs ». La notion de la survie dans une « jungle » dépend particulièrement des différentes normes qui parcourent la « loi du plus fort ». Or, les chasseurs nous expliquent de façon claire que la nature ne peut s’autoréguler elle-même. L’être humain selon ces derniers a le devoir d’influencer sur la nature. Sauf qu’il y a manifestement une contradiction entre le désir libéral d’un côté et le désir de régulation de l’autre. Ce paradoxe important les conduit à mettre en avant la question du « spécisme » comme source d’argumentation.

La régulation de « la faune et de la flore » a un enjeu particulièrement important dans le cadre de la « transition écologique ». Au moment où le réchauffement climatique s’accélère et que la sixième extinction massive des animaux non-humains est en cours, l’écologie devient un pilier important des différentes politiques étatiques. L’écologie est devenue un sujet majeur pour les jeunes générations. Les gouvernements successifs ne peuvent se leurrer, les politiques écologistes influencent le corps électoral. Pourtant, le greenwashing semble être la solution pour une « écologie ultralibérale ». Or, l’écologie n’est pas compatible avec le libéralisme comme nous allons le voir.

Pourtant, le libéralisme dans ses fondements philosophiques du « laisser-faire » tant mise en avant par les partisans du néolibéralisme devrait s’ancrer dans une logique de ne pas intervenir sur la nature puisque la nature se régule elle-même comme l’Humanopolis est capable de s’autoréguler selon la « doxa du marché » et des intérêts individuels. La somme des intérêts des individus ne fonde-t-elle pas l’intérêt d’une nation ? L’intérêt de la nation survient dans une logique où être humain serait profondément « égoïste ». Nul doute que nous sommes des êtres vivants qui se conduisent par un certain animal. Dès lors, la nature fonde la notion de l’« égoïsme éclairé ». Il semble nécessaire que cette forme d’« égoïsme » prend une vision où il ne s’agit pas d’un « égoïsme intégral ». Si l’égoïsme devient le propre de la nature, la question de la loi de jungle fait intervenir une autre forme de règle. La solidarité devient un fondement propre à la nature [1]. La question de la coopération défie les idées du libéralisme [2]. Dès lors, s’il existe « deux lois de jungle », la question de l’« appel à la nature » (sic) se trouve confronter à certains paradoxes.

Il semble nécessaire de voir que la notion du « laisser-faire » comme nous venons de l’expliquer se confronte à une logique particulièrement ambiguë. Il incombe à questionner « laisser-faire quoi » ? Mais il y a une logique assez imparable qui démontre que si le libéralisme philosophique demeure la doxa dominante alors sa matérialisation sur la question de la nature rend la chasse elle-même caduque par définition. En effet, les libéraux ne peuvent d’un côté faire des « appels à la nature » et vouloir absolument la contrôler et la réguler. De facto les Zoopolis sont à même si l’on poursuit leurs différents raisonnements à maintenir une régulation par elles-mêmes. Sauf que les libéraux le savent très bien : leurs théories ne s’appliquent pas à la nature, mais uniquement à l’Humanopolis. Il faut le dire que la majorité des espaces naturels, c’est-à-dire des écosystèmes sont entretenus par l’être humain. Dès lors l’Humanopolis détermine les Zoopolis. Dans les conditions actuelles, l’être humain détermine les différents espaces protégés comme des « parcs naturels ».

Or, si le libéralisme ne fonctionne pas dans le cadre de nos relations avec les animaux, la théorie visant à la réduction de la souffrance des animaux non-humains (RWAS) s’inscrit dans le cadre d’un interventionnisme de l’Homme sur la nature. Il y a une logique évidente qui horripile de nombreuses personnes, dont des antispécistes. Bien que je ne cautionne pas intégralement cette théorie. L’impact de l’être Humain apparaît comme inhérent à notre volonté. Si nous sommes dans une société où chaque geste de l’être humain impacte « la faune et la flore ». L’entraide entre les différentes espèces apparaît comme cohérent avec ce que nous d’affirmer. Dès lors, la nature a besoin de l’être Humain pour qu’elle puise dans la défense des plus faibles.

L’autorégulation de la nature a ses propres limites. Dans certains cas, la nature n’est plus à même de s’autoréguler. Il y a une nécessité de créer un certain équilibre totalement artificiel. On peut dire qu’il n’existe que très peu d’endroits qui n’aient pas été domptés par l’être humain. La nature s’autorégule selon les différents axes que l’être humain orientent. La chasse devient une construction sociale du spécisme visant à « dominer la nature ». Il s’agit d’une certaine manière d’une vision très judéo-chrétienne du lien vis-à-vis des animaux non-humains.

[1« La loi du plus fort est un mythe », Alternatives Économiques, vol. 376, no. 2, 2018, pp. 97-97.

[2Sylvain Connac, « Servigne, P., Chapelle, G. (2017). L’entraide - L’autre loi de la jungle. Paris : Les liens qui libèrent. », Éducation et socialisation [En ligne], 48 | 2018, mis en ligne le 01 juin 2018, consulté le 16 janvier 2020. URL : http://journals.openedition.org/edso/2930


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