Jocelyne Porcher dans les méandres de la maltraitance animale

, par  Pierre Le Bec , popularité : 0%
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Jocelyne Porcher titrait récemment son livre cause animal : cause du capital. Son argumentation se basait sur le fait que l’agriculture cellulaire prenait une ampleur très importante.

Dans son pamphlet, la chercheuse et ancienne éleveuse dresse un constat alarmant sur le fait que l’agriculture cellulaire commence à prendre une ampleur démesurée. On constate qu’il y a une volonté très importante de sa part à amplifier un mouvement qui ne sera commercialisée que dans la décennie qui arrive.

Pourtant, il y a une volonté de recherche visant à la question de produire une « viande éthique ». On pense évidemment à la « communication positive » des différents lobbys sur le sujet. Un élevage respectueux entraînera de façon logique un abattage en douceur. Il s’agit manifestement d’un mythe. Que cela soit dans les abattages considérés comme faits à la ferme ou dans les abattages industrielles, les animaux non-humains terminent de la même manière. Pourtant dans l’imaginaire collectif des consommateurs de viande, un animal non humain qui aura été élevé dans les conditions incroyables finit tôt ou tard de la même façon. On peut également dire que cela représente une très forte minorité. Il n’existe aucune « viande heureuse ».

La population mondiale s’accroît progressivement et devrait atteindre les 13 Milliards d’habitants à la fin du siècle. Pour de nombreuses personnes, le fait d’accéder à la viande se résume à un nivellement par le haut concernant le statut social. Or progressivement, les pays en voie de développement ont une condition progressive qui augmente la qualité du mode de vie lorsque les pays ne sont pas gangrenés par la corruption. Toutefois, il s’agit d’un autre débat.

Là où Jocelyne Porcher tombe dans un panneau particulièrement dangereux est qu’elle considère l’ensemble de la « cause animale » comme un mouvement protéiforme. Pourtant le monde a largement évolué ces dernières années. Tous les courants politiques sont représentés dans le mouvement animaliste. De ce fait, tous les animalistes, antispécistes ou même véganes ne partagent pas l’idée de mettre en avant l’agriculture cellulaire comme une alternative durable. On ne sait d’ailleurs pas l’impact écologique que cela peut prendre, ni les conditions dans lesquels les cellules seront prélevées à l’animal d’origine. Pour beaucoup d’antispécistes, manger de la viande de « synthèse » reviendrait tout simplement à manger de la viande « tout court ». Il s’agit d’un argument majeur qu’elle ne développe pas.

La problématique de la viande au-delà qu’il faille abattre l’animal en l’égorgeant consciemment ou inconsciemment fait qu’il y aura tôt ou tard une nécessité d’augmenter la surface pour que les animaux puissent se nourrir, mais aussi de la surface destinée à l’alimentation de ces animaux. Or, la déforestation reste une problématique très importante sur l’ensemble du globe. À l’heure du réchauffement climatique, il semble plus que cohérent que la viande est un moteur majeur de ce réchauffement, mais aussi de la déforestation. Continuer dans cette voie n’est-ce pas soutenir d’une certaine manière la logique capitaliste ?

À contrario de la thèse qu’elle semble défendre dans son pamphlet, il s’avère que la « cause animale » reste belle et bien l’antithèse du capitalisme. Là où le capitalisme néolibérale impose toujours moins de normes, le bien-être animale impose des normes toujours plus draconienne. Toutefois, ne nous leurrons pas, face à de tel lobbys que correspond l’industrie de la viande, on peut dire que cette branche du capitalisme est bien défendue par des « idiots utiles » du capital qui n’hésitent par à publier chez Valeurs Actuelles.